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22 décembre 2015 2 22 /12 /décembre /2015 14:06
 Jean Lebel, président du Crdi, rappelle l’expérience marocaine en matière d’adaptation à l’érosion côtière.
Jean Lebel, président du Crdi, rappelle l’expérience marocaine en matière d’adaptation à l’érosion côtière.

Jean Lebel est le président du Centre de recherches pour le développement international (Crdi) basé à Ottawa au Canada. Cette structure soutient la recherche dans plusieurs pays africains. Rencontré au cours d’une conférence organisée en marge de la COP21 à Saint-Denis, le président du Crdi donne des pistes aux agriculteurs ivoiriens pour l’adaptation au changement climatique.

A quel niveau est impliqué le Centre de recherches pour le développement international (Crdi) à la COP21 ?

Le Centre de recherches pour le développement international est une organisation canadienne qui fait partie des Affaires étrangères du Canada qui existe depuis 45 ans pour favoriser le développement de la recherche dans les pays où les besoins criants afin de trouver des solutions aux problèmes vécus par les populations. Le Crdi est à Paris pour s’assurer que les scientifiques qu’il soutient à travers le monde défendent les résultats de leurs recherches au cours des négociations. Nous ne sommes que des facilitateurs car il s’agit de leurs solutions. Nous ne jouons pas de rôle dans les discussions formelles du Canada. Nous sommes là dans le volet réseautage. Parmi les délégations de l’Afrique de l’Ouest et de l’Est, nous avons au moins 25 négociateurs en chef qui sont des récipiendaires du financement du Crdi et qui ont développé une expertise par notre accompagnement à travers des conférences préparatoires. Ils prennent une part active aux discussions dans les moindres détails. Nous avons également formé spécifiquement des femmes qui, elles aussi, sont présentes pour discuter du genre dans les changements climatiques.

Quel est le profil des chercheurs financés par le Crdi en général?

Nous donnons le financement et le support intellectuel aux chercheurs nationaux des pays à travers le monde, comme la Côte d’Ivoire ou le Benin, qui sont plus aptes à comprendre le contexte, à écouter les résultats et à définir des solutions, des innovations qui se traduisent dans les politiques publiques. Nous supportons des chercheurs qui ont à cœur de changer les choses. Il s’agit de recherches faites sur le terrain en collaboration avec les populations.

Pourquoi est-il important d’impliquer les populations locales ?

Parce qu’il s’agit de solutions qui sont applicables sur ces populations et de construire le leadership des pays concernés. Ce sont des solutions transposables au niveau local, régional et global.

Dans quels domaines de la recherche le Crdi est le plus impliqué en Afrique ?

Nous intervenons dans trois grandes problématiques de la recherche. Nous touchons les technologies et innovations, les politiques économiques, sociales et de santé et également la question de l’agriculture et de l’environnement.

Au sujet de l’agriculture et de l’environnement, que faites-vous concrètement sur le volet changement climatique ?

Sur ce volet, nous agissons sur les recherches qui concernent l’adaptation et le contrôle qui visent la réduction des gaz à effet de serre pour limiter l’augmentation de la température et son impact comme la montée des océans, la sécheresse, les crises climatiques extrêmes, les mouvements migratoires. Les impacts sont vécus par les populations et lorsqu’on arrive à ce stade, on sait que ces impacts seront présents sur au moins une centaine d’années. Alors nous sommes pour que les populations, les décideurs et les scientifiques trouvent des solutions d’adaptation. L’adaptation tient compte de la composante humaine. On doit travailler sur les deux fronts : réduction et adaptation. Car même si on réduit les gaz comme le veulent les négociations de la Conférence des parties (COP) pour des engagements fermes, et qu’on ne travaille pas sur l’adaptation, on s’en va à la catastrophe.

Le Crdi a financé des projets d’adaptation au Maroc face à l’érosion côtière. Comment cette expérience a-t-elle fonctionné ?

Nous avons effectivement soutenu des groupes de recherches au Maroc sur l’érosion côtière. Les personnes qui vivent sur place, côtoient les conséquences de la transformation des côtes au quotidien. Elles ont été impliquées et cela a donné lieu à la création des comités de surveillance côtiers. Ce sont des comités de citoyens, de scientifiques, qui observent des choses et vérifient si elles sont liées au climat ou pas. A partir des vérifications, ces comités font des recommandations pour limiter l’effet des vagues sur la côte, ils proposent des plans de réaménagement des plantes, etc. Au Maroc, ces comités sont reconnus par le gouvernement. Ils participent aux processus de décisions.

En Afrique de l’Ouest également, vous avez soutenu des projets dans l’agriculture. Comment ont réagi les agriculteurs face aux innovations qui leur ont été proposées ?

En Afrique de l’Ouest, on fait face à des sécheresses prolongées ou à des événements pluviaux extrêmes. On a également des problèmes d’érosion. Alors comment faire des aménagements pour obtenir l’entièreté des récoltes ? Nous avons financé des projets qui intègrent la production scientifique au savoir local. Ces projets ont mis l’accent sur la sensibilisation pour faire comprendre qu’on ne devrait pas planter tel type de plante à tel endroit. Lorsqu’on plante des bananiers sur des pentes, ça fonctionne tant qu’il n’y a pas d’érosion. Mais en cas d’érosion, on perd toute sa production, tous ses bananiers. On fait comprendre à l’agriculteur que son investissement peut être une perte à moyen ou long terme. Alors, on lui conseille, par exemple, du sorgho sur la pente à la place de la banane. Lorsque cela est expliqué, il comprend. Il faut donc l’accès aux variétés, la formation par rapport à l’utilisation de ces variétés.

N’y a-t-il pas eu de résistance au changement de méthodes ou de produits cultivables ?

Les agriculteurs sont très conservateurs. Que ce soit au Canada ou ailleurs, on peut vous garantir que cela ne fonctionnera pas dès le premier contact. Alors il faut sensibiliser de sorte qu’ils s’approprient les méthodes proposées par les chercheurs.

Quelles sont les dispositions à prendre par les agriculteurs ivoiriens pour bénéficier de l’appui du Crdi ?

Ils peuvent nous contacter directement à travers le service francophone de notre bureau de Nairobi via internet.

Par ailleurs, que faut-il pour obtenir une solution pérenne au changement climatique ?

D’abord, il faut réduire les gaz à effet de serre. Et pour avoir une solution pérenne, on doit faire constamment des recherches. Sinon, malgré les négociations de la COP tous les ans, les impacts se poursuivent. Il va y avoir de plus en plus de besoins et pas seulement pour les agriculteurs. Les changements climatiques, ce n’est pas seulement l’augmentation de la température. Ce sont les extrêmes. Il fait très chaud et il fait très froid. A Paris, en ce moment, il fait très froid. A Abidjan, il va faire l’été prochain 40 degrés au lieu des 38 degrés habituels.

Quelle est votre opinion sur le fait que les pays industrialisés et les pays en voie de développement se jettent la responsabilité des changements climatiques au cours des COP successives ?

Ce débat-là, nous n’y prenons pas part. Nous réalisons nos contributions avec le mandat que nous avons. C’est quand même 200 millions de dollars que nous avons investi dans la recherche pour le développement à travers le Crdi au cours des 16 dernières années en Afrique, en Asie et en Amérique latine. En Afrique concrètement, nous avons supporté 250 mesures d’adaptation au changement climatique. Nous allons publier en janvier prochain un compendium de ces résultats-là. Ce n’est pas rien. Mais ce n’est jamais suffisant. Nous allons continuer nos investissements et nous aimerions bien que les engagements se traduisent pour que le monde entier participe à la réduction des gaz. Il ne s’agit pas d’une dialectique entre les pays du Nord et les pays du Sud. Il s’agit d’une dialectique globale.

Quelles sont les perspectives immédiates du Crdi après la COP 21?

Nous continuerons notre travail en nous accentuant au niveau des problèmes que crée la forte densité des populations dans les villes que ce soit en rapport avec la planification ou la santé. Nous voulons aussi continuer à travailler dans l’agriculture. Au niveau de l’Afrique, nous allons poursuivre les formations pour booster le leadership local afin que les experts locaux aient leur mot à dire. Nous ferons en sorte qu’ils puissent prendre position pour que le développement respecte les règles environnementales.

Interview réalisée à Paris Saint-Denis, par Nesmon De Laure.

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Published by nesmondelaure
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