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17 décembre 2015 4 17 /12 /décembre /2015 19:32
Nguebla Makaila, journaliste et blogueur tchadien, s’inquiète des dégâts climatiques subits par le lac Tchad.
Nguebla Makaila, journaliste et blogueur tchadien, s’inquiète des dégâts climatiques subits par le lac Tchad.

Après avoir été expulsé en 2013 du Sénégal vers la Guinée Conakry,Nguebla Makaila, journaliste et blogueur tchadien a bénéficié d’une forte mobilisation et a obtenu l’exil politique en France. Nous l’avons rencontré le 8 décembre 2015 sur le site de la COP21 dans le Bourget à Paris.

Quelle est l’actualité du célèbre bloggeur tchadien en exil que vous êtes?

Je continue à animer mon blog sur le Tchad et sur l’Afrique en lien avec la démocratie, les droits de l’homme et les questions sur la liberté.

Vos sujets de prédilection sont en général la politique. Que faites-vous à la 21ème conférence des parties (COP 21) sur le climat ?

En tant qu’Africain qui vit en France, j’ai observé depuis un certain temps que le continent africain est victime d’une pollution massive surtout du fait des grandes puissances, notamment les Etats unis, la France et aussi l’Inde. Il était urgent pour moi de participer à cette rencontre et d’observer ce qui est en train de se passer. Je suis venu voir comment l’accord contraignant qui est le vœu des pays africains sera acquis.

Quel est votre regard sur les discussions qui ont lieu ?

On a l’impression qu’il y a une volonté effectivement des Africains de venir s’exprimer car les précédentes COP n’ont pas résolu leurs attentes. Cette fois-ci, ils ne sont pas venus en ordre dispersé, mais plutôt en harmonie. J’espère que la communauté internationale va tenir compte de la volonté de l’Afrique. Quand vous voyez la situation au Congo ou au lac Tchad, c’est alarmant.

En tant que tchadien, comment ressentez-vous la menace d’assèchement qui plane sur le lac Tchad ?

Cela fait pratiquement dix années que le lac Tchad s’amoindrit. D’une superficie de 15 mille km2, il en reste aujourd’hui 2000 km2. La situation du lac Tchad est catastrophique. Ce lac nourrissait le Cameroun, le Tchad et le Niger, mais aujourd’hui les populations riveraines sont obligées d’être déplacées. Ce qui crée un chômage pour les jeunes. Cela a aussi une conséquence sécuritaire. La communauté internationale ne prend pas la mesure de la gravité de la situation. La COP est une occasion d’exposer cette gravité.

Quelle est selon vous la faille du leadership africain, vu que les engagements restent toujours en deçà des attentes du continent au fil des COP?

Depuis la disparition de Nelson Mandela, le leadership africain a des failles. On remarque que le continent n’est pas écouté. Un homme public du niveau de Mandela n’émerge pas pour interpeller l’occident. On impose au continent un ordre qui ne reflète pas sa volonté. Il est temps que l’Union africaine prenne la résolution d’imposer à ses partenaires sa vision, ses ambitions. Sans cela, l’Afrique risque de disparaître. Nous avons besoin de préserver notre jeunesse. Vous voyez que tous les bateaux convergent de l’occident vers la Mauritanie, vers le Sénégal, en somme vers les pays où on peut trouver du poisson. Ce qui crée la sècheresse, l’exploitation des ressources naturelles. Tout cela est à l’origine de la migration irrégulière.

Voulez-vous dire que protéger le climat, c’est également lutter contre la migration clandestine des jeunes africains vers l’Europe ?

Oui. La précarité causée par le dérèglement climatique est à l’origine de l’immigration clandestine des africains vers l’ Europe. Et ceci par les voies les plus dangereuses. Ils rêvent d’un eldorado et une fois ici, ils sont confrontés à des situations délicates. La responsabilité est aussi européenne puisque ce sont ces pays du Nord qui polluent. Ils doivent donc s’engager pour supporter les conséquences.

Quand on parle de responsabilité, les africains indexent les occidentaux. Ne croyiez-vous pas que les pays africains devraient eux aussi prévoir dans les budgets une part importante pour le climat ?

Je suis d’accord qu’il y a une responsabilité interne. Il s’agit de la transparente de nos ressources. Les africains doivent penser leur développement sans toujours tendre la main à l’occident. La démocratie doit donc être établie et l’alternance respectée.

Quand comptez-vous mettre fin à votre exil ?

Cela fait quatorze ans que je vis à l’étranger.J’ai fait sept ans en Tunisie, cinq au Sénégal et deux ans en France. La France m’a accordé l’asile politique mais malheureusement elle continue de soutenir le président Idriss Déby au Tchad. Je me retrouve dans un piège des relations internationales entre le Tchad et la France. Du point de vue des Français,Idriss Déby est nécessaire dans la lutte contre le terrorisme, or la lutte contre le terrorisme est une chose et le processus démocratique en est une autre. L’opposition tchadienne et les voix indépendantes estiment que ces deux entités doivent être séparées. Il faut qu’à l’échelle continentale, on ait une force africaine capable de lutter contre le groupe islamique au Nord du Mali ou même en Lybie. La fin de l’exil dépendra duchangement politique dans mon pays.

Interview réalisée à Paris par Nesmon De Laure, envoyée spéciale.

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17 décembre 2015 4 17 /12 /décembre /2015 19:16
Commandant Yao Marcel, négociateur ivoirien à la COP21 soutient l’activisme des africains.(ph Dr)
Commandant Yao Marcel, négociateur ivoirien à la COP21 soutient l’activisme des africains.(ph Dr)

Vous êtes le coordonnateur national du programme changement climatique de Côte d’Ivoire et négociateur à la COP21. A quel niveau se situent les négociations ce lundi 7 décembre 2015 ?

Nous avons fait un grand pas par rapport aux années dernières. Nous avons déjà un jet d’accord en cours de validation. Il reste certains points à clarifier tel que le financement et le transfert de technologies aux pays africains.

Que dit le premier jet au niveau de la finance et du transfert des technologies pour que ces points soient à clarifier?

Nous attendons jusqu’au jeudi 10 décembre 2015 pour avoir une vision claire de ces textes. Mais toujours est-il que le financement des 100 milliards de dollars par an est l’un des objectifs que se fixe le groupe africain. Nous souhaitons aller au-delà pour permettre à nos pays de changer nos modes de développement et de nous industrialiser tout en utilisant des technologies propres qui vont moins polluer la planète.

Quelles sont les perspectives immédiates ces deux jours ?

Lundi et mardi, les ministres peaufinent le texte qui sera remis à la France qui préside ces négociations avant validation par tous les pays.

De manière pratique, comment se déroulent les négociations ?

Les négociations ne datent pas d’aujourd’hui. Elles ont commencé depuis la fin de la dernière COP qui s’est tenue en 2014 à Lima. Il y a eu plusieurs réunions intermédiaires en Allemagne pour proposer un texte et ce texte a été travaillé par notre négociateur en chef jusqu’à maintenant. De manière pratique, les discussions se passent dans une salle. Mais il y a plusieurs salles avec des jets thématiques. Les experts de chaque pays se retrouvent pour s’accorder sur des paragraphes qui concernent telle thématique. C’est à l’issue de tous ces travaux qu’on fait une compilation et on se retrouve en plénière pour la valider. Si elle est validée, on dit qu’on a obtenu un accord. En marge des négociations, il y a des « sides events » (Ndlr : événements parallèles).

Quelle part active prend la Côte d’Ivoire aux « sides events » ?

Le pays négocie des financements avec les partenaires de manière bilatérale.

Y a-t-il déjà des promesses fructueuses ?

On peut dire que nous avons obtenu beaucoup de promesses au niveau de l’adaptation surtout. Nous sommes en train de construire des stratégies nationales d’adaptation de notre agriculture au changement climatique et ce type de promesse est important pour nous.

réalisée par Nesmon De Laure, envoyée spéciale à Paris.

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17 décembre 2015 4 17 /12 /décembre /2015 19:05
Les activistes africains en pleine action le 7 décembre 2015 sur le site de la COP21 (photo: Nesmon De Laure)
Les activistes africains en pleine action le 7 décembre 2015 sur le site de la COP21 (photo: Nesmon De Laure)

Des sonorités africaines attirent l’attention du visiteur ce lundi 7 décembre 2015, début de la semaine décisive de la COP21 à Paris, dans le Bourget. Le son du tambour, les cris, et les chants en patois interpellent plus d’un à la rencontre de la Convention cadre des Nations unies sur le changement climatique. Un groupe d’activistes africains occupe environ quatre mètres carrés d’une esplanade contiguë à la salle des négociations. En plus de la voix qu’ils donnent, on peut lire sur les écriteaux d’alerte traduits de l’anglais, « pas plus de 1,5 degré d’engagement, attention ! » ou encore « pas plus de 50 milliards de dollars ». Les ressortissants d’Afrique de l’ouest, de l’Est, du Centre et du Maghreb se succèdent au centre d’un demi-cercle. Nafissata, la quadragénaire venue du Ghana est de ceux-là. Elle lance un appel de mère : « Nos enfants sont en danger. Certains tombent malades à cause du climat. L’Afrique n’émet pas beaucoup de CO2 mais l’Afrique est en train de subir les effets du changement climatique. Nous n’allons plus nous taire », met-elle en garde. « Nous voulons une justice climatique, donc un accord contraignant », scande de son côté un défenseur du climat venu du Cameroun. Les rares journalistes du continent accrédités et leurs confrères européens semblent intéressés par les messages véhiculés. Caméras, dictaphones, et appareils photos en main, ils captent ce moment avec concentration. En effet, les alertes des manifestants font référence au document pré adopté par les 3.000 négociateurs samedi dernier. Si pour certains observateurs, les discussions sont en train d’aboutir, ces délégués africains pensent qu’il faut maintenir la pression alors que les ministres de l’Environnement du monde entrent en scène dans les négociations. Pour eux, les premières conclusions sont en deçà de l’attente exprimée par l’Union africaine ou encore les organisations de la société civile. En tous cas, le financement du Fonds vert pour soutenir l’adaptation reste un enjeu majeur pour bon nombre d’Africains. Et ils ne sont pas les seuls à soutenir cette position. Une demi-heure avant, nous échangeons avec Martin Kaiser de Greenpeace international, une association engagée pour le climat, dans le hall de la salle de presse. Dressant le point des négociations au sujet des finances, il commente ainsi la position africaine : « (…) l’autre aspect important est que l’Afrique voit en l’aboutissement d’un accord contraignant, une occasion de mieux organiser son développement en utilisant par exemple, l’énergie solaire ». Par ailleurs, le membre de Greenpeace international n’est pas si optimiste que cela. « A ce stade des pourparlers, il semble difficile de pouvoir parvenir à un accord qui corresponde aux ressources réclamés par de nombreux pays africains », estime-t-il.

En tous cas, les pays qui subissent le plus de dommage climatique espèrent beaucoup de la COP de Paris. C’est une grosse pression pour les ministres qui ont à finaliser le document avant jeudi prochain.

Nesmon De Laure, envoyée spéciale à Paris

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29 novembre 2015 7 29 /11 /novembre /2015 17:50
Le professeur Sanogo veut que la jeune fille s’intéresse aux sciences.(ph: dr)
Le professeur Sanogo veut que la jeune fille s’intéresse aux sciences.(ph: dr)

Professeur Tidou Abiba Sanogo, présidente de l’Association de femmes chercheurs de Côte d’Ivoire et, par ailleurs, présidente de l’université jean Lorougnon Guédé de Daloa milite pour que la jeune fille s’intéresse aux sciences. Nous avons échangé avec elle, lors de la célébration de la journée mondiale des sciences, le 10 novembre 2015 à la Riviéra-Abidjan.

La lutte contre le changement climatique est l’actualité scientifique du moment. Que font les femmes chercheurs de Côte d’Ivoire pour sauver le climat ?

Les femmes chercheurs ont fait le travail de base. En tant que chercheurs nous avons tous les éléments necessaires. Si vous voyez aujourd’hui que nos gouvernements vont à la COP, c’est parce que les scientifiques ont fait le gros boulot, et tous les résultats sont à notre disposition. Ces résultats ont été traduits en action de développement, et en réponse aux questions de nos gouvernants qui vont donc les exposer à la COP21.

En tant qu’écotoxicologue, vous évoluez dans le domaine de l’environnement. Comment expliquez-vous le changement climatique ?

Je travaille sur les questions de pollution. Qui parle de Pollution parle de pollution de l’eau, de l’air, les polluants sont divers. Les polluants jouent un rôle important dans le changement des climats. Vous savez que lorsque l’atmosphère est chargée de polluants, d’aérosol, le climat local peut changer. Donc dans un endroit où il ne pleut pas, il peut se mettre à pleuvoir. Dans un endroit où il y a un changement variable de température, il y a les facteurs chimiques qui agissent sur la température et la modifient, vous avez ainsi une action sur le climat. Les effets du changement climatique se remarquent dans tous les domaines de notre vie. Cela peut être dans le domaine agricole, cela peut être dans la vie quotidienne. Etant un pays en développement, notre développement s’est fait d’abord par l’agriculture. Donc la Côte d’Ivoire se préoccupe de ces phénomènes de changement qui ne sont plus à dessiner et qui sont des réalités aujourd’hui. Les scientifiques sont toujours là pour alerter. Les femmes scientifiques agissent toujours, elles montrent les changements. J’ai parlé des laboratoires. Ils nous permettent de faire des simulations. Tout ce que vous voyez aujourd’hui dans notre vie quotidienne, les changements de saison, tout cela a été éprouvé d’abord dans les laboratoires avant qu’aujourd’hui, les hommes que nous sommes nous ressentions les effets de ce changement de température. La température surtout, est un élément écologique important dans le changement climatique.

Combien de membres revendique l’association des femmes chercheurs de Côte d’Ivoire que vous présidez ?

Aujourd’hui nous pouvons atteindre 300 femmes.

Dans quels domaines scientifiques évoluent ces femmes ?

Les domaines sont assez variés. Nous avons des physiciennes, des mathématiciennes, des biologistes, beaucoup plus de biologistes et médecins, et même les femmes des domaines littéraires, des sciences sociales, la géographie, un peu moins en droit quand même. Par contre on a une femme chercheur en droit qui est membre, et en science économique également.

Vous soutenez que les domaines scientifiques dans lesquels les femmes excellent le plus sont portés vers les choses de la vie. Pourriez-vous étayer votre idée?

Oui. Comme vous le savez, le rôle reproducteur de la femme est beaucoup mis en exergue. La femme c’est celle qui donne la vie et l’éducation. Donc la femme a tendance à choisir les sciences qui puissent lui permettre de mieux s’exprimer dans le domaine de la vie. C’est ce qui fait que vous verrez beaucoup plus de femmes en médecine, en biologie. Même quand elles choisissent les sciences dures, leur choix est lié au fait que les statistiques sont venues adoucir les mathématiques, qui font d’habitude peur aux femmes. La physique est venue adoucir un peu les mathématiques également. Pour mettre en pratique ses recherches sur la cristallographie, le Professeur Yao Rita, la physicienne, fait des expériences souvent qui utilisent des structures biologiques, si bien que nous nous trouvons parfois sur des recherches communes. C’est pour cela que j’ai parlé de pluridisciplinarité dans la recherche.

Quelles sont les relations entre les femmes scientifiques et leurs collègues hommes ? Subissent-elles la stigmatisation ?

Au laboratoire, il n’y en a pas vraiment. Au début puisqu’il n’y avait pas de nombreuses femmes, l’atmosphère n’était pas toujours au beau fixe. Ce n’était pas vraiment de l’animosité, mais c’était surtout la peur de l’autre qui pouvait se ressentir. Mais au fil du temps et comme vous le savez, la femme a besoin de prouver tout le temps qu’elle sait faire et qu’elle peut faire. A force de constater qu’elles sont capables, les hommes finissent toujours par accepter. Je me réjouis aujourd’hui d’avoir de très bonnes relations avec mes collègues.

Une certaine opinion veut que ce soit la femme sans féminité qui s’intéresse aux sciences. Ce discours se justifie-t-il ?

Ce discours ne tient plus et n’est plus d’actualité. Aujourd’hui vous avez des femmes scientifiques très belles, très coquettes, qui savent prendre le temps de se faire belles et en même temps de prendre du temps pour travailler sur le sujet qui les intéresse.

Quelles sont vos initiatives pour motiver les jeunes filles à s’intéresser aux sciences ?

Au niveau de l’association, nous avons une journée que nous faisons tous les trois ans. C’est vrai qu’au départ avec la crise qu’a connue la Côte d’Ivoire, nous avons mis du temps. La première édition avait eu lieu vers la fin des années 90. Et la deuxième édition nous l’avons faite en 2014. Au cours de ces journées, c’est l’occasion pour nous de montrer le savoir-faire des femmes chercheurs que nous sommes, et créer une émulation entre nous, entre les générations. Cette année nous avons eu l’occasion d’inviter quelques femmes chercheurs d’origines ivoiriennes de la diaspora, qui sont venues partager leurs connaissances avec nous. Et ensemble, nous avons fait des sessions de transfert de technologies ou de connaissances entre le supérieur et le secondaire. Donc nous échangeons avec les élèves comme nous l’avons fait ce 10 novembre 2015 avec les lycéennes à l’ambassade des Etats-Unis à la Riviéra. Ce sont des échanges assez pratiques. Il nous est arrivé de donner des cours de génétiques et des cours d’astro physique.

Les chercheurs se plaignent souvent du sous-équipement des laboratoires. Avez-vous un plaidoyer spécifique dans ce sens ?

Les laboratoires se fréquentent à la fois dans les universités et les centres de recherche, des endroits qui ont été très éprouvés par la crise post-électorale. Fort heureusement, le gouvernement a procédé à la réhabilitation des bâtiments. Il est entrain d’amorcer le rééquipement. C’est vrai, nous sommes impatients. Nous aurons souhaité que le gros matériel qui reste à faire venir au niveau des laboratoires puisse arriver assez vite pour ne pas que nous prenions du retard vis-à-vis de nos collègues de l’extérieur. Parce qu’il y a une compétition au niveau de la science. Lorsque les années passent et que les choses vont très vite, si vous n’avez pas des résultats à produire, vous êtes un peu en retard.

Avez-vous un message particulier à adresser aux jeunes filles qui ont peur des sciences ?

Aux jeunes filles qui ont peur des sciences, je leur dis de ne pas avoir peur. Toutes les sciences se valent. Aujourd’hui je suis éco toxicologue, je travaille avec des sociologues, je travaille avec des littéraires. La science comme j’ai l’habitude de le dire ne s’écrit pas en mathématique, mais s’écrit en langue. En langue, c’est le français, l’anglais, l’espagnol, l’arabe, etc. Donc un bon scientifique doit être un bon littéraire.

Réalisée par Nesmon De Laure

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26 novembre 2015 4 26 /11 /novembre /2015 16:26
La baleine morte le 14 novembre 2015 en train d’être enterrée par les services du Ciapol.(ph: Dr)
La baleine morte le 14 novembre 2015 en train d’être enterrée par les services du Ciapol.(ph: Dr)

Une baleine s’est échouée sur la plage d’Assouindé, le14 novembre 2015, portant à trois le nombre d’accident du même genre, en l’espace d’un trimestre, sur le littoral est ivoirien. Un environnementaliste nous donne des clés pour comprendre le phénomène et ses conséquences.

Une baleine mesurant 25 mètres et pesant 20 tonnes s’est échouée sur la plage d’Assouindé, précisément au Km 17, le 14 novembre 2015. Ce qui porte à trois le nombre d’accidents du même genre, en l’espace d’un trimestre, sur le littoral est ivoirien. En effet, le 20 octobre dernier, c’était un cachalot qui s’immobilisait au large de Grand-Bassam. Le cétacé pesant près de cinq tonnes était déjà mort en mer. Le 21 août dernier, le même accident s’est produit. Une baleine de 11,40 m pesant près de 10 tonnes termine sa nage sur la plage du village de Mangoasse à Assinie. Comment s’explique ce phénomène ? Pour en savoir davantage, nous avons joint, hier, par téléphone, le professeur Yapo Ossey, sous-directeur du laboratoire central de l’environnement du Centre ivoirien antipollution (Ciapol). Sa réponse est mesurée. «Nous ne pouvons pas donner de façon exacte les causes de la mort tant qu’on a pas fait d’autopsie sur les baleines. Jusque-là, aucune autopsie n’est effectuée car la Côte d’Ivoire ne dispose pas d’expertise en la matière. Nous faisons un rapport puis nous les enterrons», indique-t-il. Toutefois, compte tenu du taux de la mortalité de ces baleines, il pense qu’on peut associer les causes à leur environnement. Le professeur établit un lien entre cette progression et les activités pétrolières. «Devant cette progression, nous sommes en train d’établir un lien avec les activités pétrolières. C’est la seule justification que nous pouvons donner pour le moment.» A l’en croire, c’est lorsque l’activité pétrolière a commencé à prendre de l’ampleur sur le littoral est que ces accidents sont survenus. «Le littoral a certainement changé en termes de qualité des eaux. En attendant des recherches plus poussées, c’est l’activité pétrolière qu’on peut incriminer». Pour le scientifique, il existe certainement des polluants dans les eaux au niveau du littoral est du pays. «Les pollutions déversées du fait de l’activité pétrolière intoxiquent ces baleines».

Notre personne ressource n’écarte pas des conséquences écologiques. Lorsque le milieu se modifie, il n’agit pas uniquement sur les baleines. Selon l’expert, la modification du milieu agit aussi sur les autres mammifères et les petites espèces. Il ajoute même que l’homme n’est pas épargné. «La baignade peut devenir dangereuse à un certain stade», s’inquiète-t-il. Comment faire pour éviter cette catastrophe écologique ? Existe-t-il des moyens de prévention ? L’environnementaliste répond par l’affirmative. «Oui. On peut éviter cela. Il y a des méthodes écologiques à utiliser pour mener l’activité pétrolière. Les études d’impact permettent de réduire ce taux de mortalité. Lorsqu’on fait des forages dans la mer, on prend des dispositions spéciales. Mais souvent, les dispositions ne sont pas respectées», croit-il. Selon des statistiques recueillies auprès des services de pêche, en 2010, un cas de mortalité a été enregistré, il en a été de même en 2012, toujours aux larges de Grand-Bassam. En 2013, on a eu deux cas de mortalité tandis qu’en 2015, on enregistre trois cas. La Côte d’Ivoire compte plus de 560 km de littoral du Ghana au Liberia.

Nesmon De Laure

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11 novembre 2015 3 11 /11 /novembre /2015 17:25

L’ambassade des Etats-Unis donne le goût des sciences à une centaine d’élèves ivoiriennes. Ces filles venues de quatre établissements scolaires d’Abobo et de Yopougon ont partagé la passion de trois femmes scientifiques, le 10 novembre 2015, au centre de documentation et d’information de l’ambassade à la Riviera. Cette rencontre marque la Journée mondiale de la science au service de la paix et du développement. Les savants «Einstein», «Newton», «Marie Curie» ou encore les termes «électron», «proton» et «infiniment petit» ont dominé les exemples des conférencières, à l’applaudimètre de l’assistance. C’était au cours d’une conférence sur «les filles et les sciences». A cette occasion, le professeur Tidou Sanogo, présidente de l’Université Jean Lorougnon Guédé et, par ailleurs, membre de l’Association des femmes scientifiques de Côte d’Ivoire, a encouragé les filles à s’intéresser aux mathématiques et à la science en général. «Toutes les filles peuvent devenir des scientifiques et rester coquettes. Mais sachez que les activités cognitives demandent de la concentration et une aptitude à gérer ses émotions», les a-t-elle prévenues. Comme le professeur Sanogo, les autres intervenantes ont boosté les participantes en insistant sur les avantages des découvertes scientifiques dans la vie de l’homme. Les intervenantes ont également mis en garde contre la science sans conscience. "il ne faut pas utiliser son génie pour détruire", a recommandé le professeur Tidou Sanogo. Enthousiastes, les lycéennes ont confié des inquiétudes, notamment le sous-équipement des laboratoires dans les écoles et la stigmatisation des filles qui s'intéressent aux sciences. Marie Laure N'Goran, responsable de la bibliothèque de l'ambassade, a indiqué que des équipements sont disponibles au sein de la représentation diplomatique, en vue d'épauler les filles scientifiques. Des cours de coaching et de leadership leurs sont également reservés. Elles sont invitées à fréquenter le centre.

Nesmon De Laure

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11 novembre 2015 3 11 /11 /novembre /2015 16:56
Légende : Les éboulements  enregistrés  en Côte d’Ivoire sont l’une des conséquences du changement climatique (ph: Dr)
Légende : Les éboulements enregistrés en Côte d’Ivoire sont l’une des conséquences du changement climatique (ph: Dr)

Le changement climatique n’est pas seulement un concept à la mode. Ses conséquences néfastes se ressentent déjà auprès des populations. Pour éviter le pire, les autorités fondent beaucoup d’espoir sur la 21ème conférence des partis (Cop 21) sur le climat prévue à Paris du 30 novembre au 11 décembre 2015.

« On parle de changement climatique parce que nous émettons certains gaz qui bloquent la traversée de la lumière. Lorsque la lumière repart, elle réchauffe la température. Lorsque la température est réchauffée, nous avons la fonte de la glace. Tout est perturbé. La pollution que nous provoquons par l’émission de ces gaz a un impact négatif sur le climat. » Colonel Dibi Niagne Martin, directeur du Centre ivoirien anti-pollution (Ciapol) , interviewé par Nord Sud Quotidien en septembre dernier, développe ainsi les perturbations subies par le climat. Le phénomène de changement climatique devient problématique parce qu’il a des conséquences sur la vie des hommes et leur environnement. La Côte d’Ivoire n’échappe pas à la donne. Les arbres qui permettent d’absorber les fameux gaz nocifs, sont en train de disparaître. De 16 millions d’hectares de forêts en 1960, le pays en possède aujourd’hui moins de 2 millions. En allant à Bingerville, on ne traverse plus un paysage forestier comme par le passé. Aujourd’hui, on ne voit qu’une petite portion de forêt. C’est le même constat sur la route de Bassam. La forêt littorale disparaît de plus en plus. Cette réalité est identique à Anguédédou, non loin de la prison civile d’Abidjan. Des bâtisses remplacent les ensembles d’arbres à ces endroits. Dr Mathieu Wadja Egnankou, qui constate cette déforestation due à l’urbanisation, est enseignant-chercheur à l’université Félix Houphouet-Boigny. Il est aussi le président de l’ONG SOS forêts.

16 à 20 mille nouveaux cas de cancer par an

A en croire ce spécialiste, la déforestation a des impacts négatifs sur la santé de l’homme et son mode de vie. «De façon directe, on parle de plus en plus de cancer. Les arbres permettent d’absorber les gaz nocifs comme le gaz d’échappement des vieilles voitures. Or sans les arbres, ces gaz nocifs exposent les populations aux maladies comme le cancer et l’asthme», prévient l’expert. Selon Dr Raymonde Goudou Coffie, « comme dans la plupart des pays africains, le cancer est aujourd’hui un gros problème de santé publique en Côte d’Ivoire(…). Selon les dernières statistiques dont nous disposons, le cancer du sein est le premier cancer en Côte d’Ivoire. Viennent ensuite celui du foie, de la prostate, puis celui du col de l’utérus », révèle-t-elle chez nos confrères de Jeune Afrique. Le pays enregistre 16 à 20 mille nouveaux cas par an et Dr Mathieu Wadja Egnankou y voit une conséquence de la déforestation. Il ajoute qu’avec le déboisement, il y a de moins en moins de pluies. La productivité des plantations en subit un triste sort. «L’état des lieux est catastrophique. Nous avons tout perdu. Or sans forêt, les ressources en eau vont être rares, les ressources en médicaments aussi», met en garde l’enseignant-chercheur. Un autre expert que nous avons interrogé revient sur le dérèglement des pluies. Souvent, il pleut abondamment alors que l’on s’y attend le moins. Ce qui provoque les inondations et les éboulements. « Ces inondations sont dues au changement climatique. (…) Il pleut abondamment. Le sol n’a pas suffisamment le temps d’absorber l’eau. Cela va agir au niveau de la pente. Et il y a les inondations qui causent les dégâts sur nos maisons. Or lors de la construction de ces maisons, les dispositions ne sont pas toujours respectées. Ce qui justifie aussi les éboulements de maisons », se désole Jules Loukou Koffi, président de la commission développement durable de la Convention de la société civile ivoirienne (Csci). Ce dernier abonde dans le même sens que le précédent intervenant. Il est catégorique. Cela impacte la santé. « Les populations côtoient les eaux usées. Elles sont exposées à tout type de contamination comme les maladies diarrhéiques », indique le spécialiste. Ces catastrophes sont liées aux activités de l’homme, dénoncent les spécialistes. Ainsi, lorsqu’on creuse du sable vers Port-Bouet par exemple, on s’expose à un risque d’inondation. « A cause de l’érosion, on ne devrait pas creuser du sable de ce côté-là. A cause du changement climatique, si les glaces tombent dans la mer, elles augmentent le volume de l’eau. Automatiquement Port-Bouet sera envahi d’eau. L’homme par son action aura facilité l’augmentation du volume de l’eau », avertit l’expert.

Selon les experts, la modification des paramètres climatiques de ces trois dernières décennies a occasionné une inadéquation entre les calendriers de la météorologie et des saisons culturales. Des études de la Sodexam montrent que la saison des pluies s’est raccourcie en moyenne de 10 à 27 jours sur le littoral avec un retard de démarrage de deux semaines en moyenne. A l’intérieur du pays, on observe une réduction de la longueur de la saison de 10 à 20 jours dans le Nord, de 20 à 30 jours dans le Sud intérieur et de 10 à 28 jours au Centre. Les retards de démarrage de la saison varient d’une à deux semaines selon la localité. Une étude indique aussi qu’en Côte d’Ivoire les perturbations pluviométriques ont eu un impact significatif sur la production du cacao dont le rendement peut chuter de plus de 20 %. L’inadéquation entre les calendriers météorologiques et les saisons culturales pose un réel problème au niveau des productions agricoles. Début octobre dernier, des producteurs de café se plaignaient de l’effet du changement des saisons sur les productions, au cours d’une conférence de presse à Abidjan. Selon Allah Kouadio Remi, ministre de l’Environnement, actuellement, la Côte d’Ivoire produit 15 900 kilotonnes équivalent CO2.. Si jusqu’en 2030 rien n’est fait, met-il en garde, les générations futures seront exposées.

La solution pour Jules Loukou Koffi de la Csci est le développement durable. « Cela ne doit pas rester un slogan ou une mise en scène. Il y a le volet environnemental, le volet social et le volet économique. Le volet environnemental, c’est de protéger les ressources naturelles comme la forêt du banco. Si cette forêt est détruite, Abidjan sera exposée. Il faut que les trois volets du développement durable soient mis en pratique dans toutes les activités humaines. Les décideurs doivent prendre leurs responsabilités. L’Etat doit faire respecter les normes du développement durable. »

Les regards tournés vers le fonds vert

Mais comment financer le développement durable ? Comment gérer les effets du changement climatique ? Pour répondre à ces questions parmi tant d’autres, la Côte d’Ivoire, comme de nombreux pays africains, prend part à la conférence de Paris sur les changements climatiques du 30 novembre au 11 décembre prochain. Elle est à la fois la 21e conférence des parties (COP21) à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (Ccnucc) et la 11e conférence des parties siégeant en tant que réunion des parties au protocole de Kyoto (CMP-11). Chaque année, les participants de cette conférence se réunissent pour décider des mesures à mettre en place, ceci dans le but de limiter le réchauffement climatique à seulement 2 °C. Cette convention reconnaît l'existence « d'un changement climatique d'origine humaine et donne aux pays industrialisés le primat de la responsabilité pour lutter contre ce phénomène ». Plusieurs pays africains à l’exception du Nigéria, ont déjà fait parvenir leurs propositions de contribution à la réduction des émissions de gaz à effet de serre avant la date limite du 1er octobre 2015. Il s’agit maintenant de mobiliser les financements requis. L’Afrique, première victime, milite pour qu’un fonds vert soit alimenté à hauteur de 100 milliards de dollars par an jusqu’en 2020. Ce fonds permettra aux pays de juguler les effets du réchauffement climatique.

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Cop 21 : ce que la Côte d’Ivoire va défendre à Paris

Apres plusieurs mois de préparation, la délégation ivoirienne prépare ses valises pour la Cop 21. La stratégie nationale appelée également « contribution » dans le jargon, est disponible dans un document remis aux organisateurs. Elle prend en compte la lutte contre les gaz à effet de serre et les prévisions à long terme. La part des énergies renouvelables passera de 2 à 16% à l’horizon 2030. Il s’agira à ce niveau de faire la promotion des énergies propre comme la biomasse et surtout le solaire à travers une politique de défiscalisation des équipements. Le gouvernement s’appuiera sur ce mécanisme pour accélérer l’électrification en zone rurale mais aussi l’éclairage public des grands centres urbains. Il est prévu, entre autres, d’accentuer le projet "agriculture zéro déforestation’". L’un des objectifs affichés par les autorités est de faire en sorte que le fonds vert soit approvisionné. « La Côte d’Ivoire place un grand espoir dans la conférence de Paris qui se tient en décembre. Nous espérons que la rencontre débouchera sur un accord pour contenir le réchauffement de la planète. (…) Notre pays est disposé à contribuer aux efforts en cours. L’union africaine a estimé que le fonds vert devrait être doté d’une contribution de 100 milliards de dollars ou d’euros », s’est engagé le chef de l’Etat, Alassane Ouattara. La Cop 21, c’est également en moyenne quatre ateliers par jour. Une centaine de sessions basées sur des débats scientifiques, des études de cas, prenant en compte le genre et la jeunesse, sont prévues. Des thèmes spécifiques sont dégagés selon les sensibilités des régions. Une lucarne est prévue pour les opportunités de partenariats et d'actions dans les pays en développement. Un atelier est consacré à l’importance d’un accord sur le climat pour la santé publique. L’Accès à l’énergie et l’égalité entre les sexes sont, entre autres, à l’ordre du jour. « Viande: la grande omission dans les discussions sur les émissions », fait partie des sujets attendus, au regard de la dernière sortie de l’Organisation mondiale de la santé. La Côte d’Ivoire fait partie des pays qui organiseront les discussions du troisième atelier au cours de la journée du mercredi 9 décembre. Ce sera autour du theme: « Addressing Near-term Climate Change with Multiple Benefits ».

Nesmon De Laure

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22 octobre 2015 4 22 /10 /octobre /2015 10:47

Partisane de la cause féminine, je reconnais que nos deux candidates ne sont pas à la hauteur du débat politique. Elles ne sont pas suffisamment préparées vu les difficultés qu'elles ont eues à défendre leurs projets de société. Mais il ne faut pas s'arrêter à leurs prestations pour les vilipender. Au milieu de cette panoplie de femmes intellectuelles , femmes politiques engagées auprès des hommes dans ce pays, ces deux ont le mérite de s'être "courageusement" présentées. Dans les salons,on reproche aux femmes leur manque de courage. Dans un pays post-crise en quête de réconciliation , où les femmes ont tant souffert, elles auraient pu renoncer à intervenir dans la sphère politique. Sur ce volet, elles ont marqué des points. Mais encore, souvenons-nous. En 2010, nous avions dans l'arène, une certaine Jacqueline Oble, Dieu seul sait combien elle est audible, combien elle manie la langue de Molière. Et plus, combien son programme était attrayant. Mais diantre, quel pourcentage a-t-elle obtenu au premier tour? Même pas 1%! La toile fait vite de conclure que la Côte d'Ivoire n'a pas sa Hilary Clinton. Une autre lecture nous fait considérer les choses autrement. La candidature féminine a doublé entre deux scrutins. Cela est à saluer. Une femme chef de parti politique est dans le jeu. Cela est également à encourager. Ne désespérons pas des femmes. Non. Il leur faut juste un peu de coaching. Le reste suivra. Je pense que Claire le comprend. Elle qui anticipe en disant "nous nous préparerons mieux la prochaine fois, si nous ne sommes pas élue". Ainsi soit-il.

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14 octobre 2015 3 14 /10 /octobre /2015 17:18

Au milieu de l’ambiance plus ou moins festive de la campagne, les électeurs doivent rester vigilants sur les programmes de gouvernance. Au niveau des services sociaux de base, les propositions des candidats sont similaires en divers points. Pour ce qui est de la santé et de l’éducation, la plupart des représentants d’aspirants à la Présidence de la République, joints le 13 octobre 2015 par téléphone, comptent augmenter les infrastructures d’accueil. Ceci, pour que ces infrastructures soient plus proches des populations. Sur ce point, les candidats indépendants, Kouangouan Jacqueline et Gnangbo Kacou se rejoignent. Yao Kra Hyacinthe, représentant de la première citée, milite pour un accroissement des centres de santé. « Dans des villages de plus de 5000 âmes, il n’existe pas encore de centres de santé. Souvent les centres de santé n’ont pas de personnels soignants suffisants. Ce n’est pas normal. Nous allons changer la donne », promet-il. Par ailleurs, il fait remarquer que la politique de soins gratuits prônée ces cinq dernières années, n’était qu’un « leurre ». Pour combler cette « lacune », le représentant de Kouangouan Jacqueline affirme qu’une fois au pouvoir, sa championne approvisionnera les hôpitaux en médicaments de première nécessité. Kouao Julien, représentant du candidat Gnangbo Kacou, soutient aussi qu’« il faut combler le déficit de personnels et l’insuffisance des infrastructures en construisant de nouveaux Centres hospitaliers universitaires ».

Ce qui fera la différence

Là où se distingue son candidat, c’est qu’il compte rendre obligatoire les soins des gouvernants dans les hôpitaux publics. Ces derniers ne seront plus autorisés à se faire soigner à l’extérieur : « Si nous sommes au pouvoir, le président de la République, les ministres et les élus seront obligés de se faire soigner dans les hôpitaux publics pour vivre les mêmes réalités que les populations », estime le représentant. Il n’a pas manqué de tancer le candidat président sortant. « Si Alassane Ouattara se soignait au CHU de Cocody, on n’aurait pas connu les mécontentements qu’il y a eus dans le temps », ironise Kouao Julien. Il ajoute qu’ « aller dans un hôpital privé pour les visites médicales des candidats à la présidentielle est un mépris pour le service public. Avec nous, tout cela va changer », s’engage-il. Notre interlocuteur ne change pas de ton quand il aborde la question de l’éducation. Il soutient mordicus que les gouvernants seront contraints par une décision étatique d’envoyer leurs enfants que dans les écoles publiques. Le proche de la candidate Jacqueline-Claire Kouangoua pose, quant à lui, des préalables à l’école obligatoire. «L’école obligatoire est une bonne chose. Mais elle serait mieux si l’école était réellement gratuite déjà au primaire», fait-il remarquer. Il fonde son point de vue sur «le retard dans la distribution des kits scolaires et les cotisations parallèles instaurées dans certains établissements». Hyacinthe Yao Kra indique que sa candidate va instaurer l’anglais à partir de la classe de CE1 et réduire les effectifs pléthoriques.

Dans l’antre de la tendance du Front populaire ivoirien (FPI) conduite par Affi Nguessan, on entend corriger une injustice au niveau du préscolaire. «Aujourd’hui dans de nombreuses régions, dans de nombreuses communes, il n’y a pratiquement aucun village où il existe le préscolaire. Il n’y a pas d’école maternelle. Nous estimons que c’est une injustice. Il n’y a pas de raison que les enfants d’Abidjan puissent aller au préscolaire alors que dans de nombreuses communes, cela n’existe pas. Il faudra corriger cette injustice en instituant donc le préscolaire partout en Côte d’Ivoire», note d’emblée Kouadio Jean, représentant du candidat Affi N’Guessan. Il ajoute que son candidat apportera un changement dans le secondaire en dotant les lycées et collèges de laboratoires de physique et de chimie et de salles d’informatique. Il compte également baisser le coût des frais d’inscription. Pour le FPI, les constructions d’universités, de CHU, de CHR et d’aéroports régionaux se feront dans le cadre du transfert des compétences, c'est-à-dire, en s’appuyant sur les conseils régionaux.

Emile Konan Fréjus, membre du staff du candidat Konan Kouadio Siméon nous a fait parvenir un mail sur le projet de société de ce dernier. Dans ses engagements, Konan Kouadio Siméon dit ceci en ce qui concerne la santé : «je ferai reculer la maladie et je confinerai la mort dans sa proportion naturelle. Je rapprocherai davantage les structures sanitaires des populations et j’inciterai celles-ci, par des dispositions rassurantes, à y aller. Je ferai des hôpitaux des centres de guérison et non des lieux où l’on va à la rencontre de la mort». Par ailleurs, il propose des états généraux de l’école. «Dans cette perspective, je veillerai à faire redéfinir les objectifs du système éducatif. Je veux une école au service de tous les secteurs d’activités. Les programmes devront être en adéquation avec les besoins du marché. Je veux une école qui favorise l’insertion socioprofessionnelle de nos enfants», affirme-t-il. Les représentants des autres candidats joints n’ont pas donné suite à notre requête.

Nesmon De Laure

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13 octobre 2015 2 13 /10 /octobre /2015 17:10
Le Festival du hip hop d'Abidjan garde son public malgré tout (ph:Dr)
Le Festival du hip hop d'Abidjan garde son public malgré tout (ph:Dr)

Mouvement populaire dans la décennie 90-2000, le hip hop ivoirien bat de l’aile. Enquête sur une expression culturelle en quête de renaissance.

Plus de deux heures que nous sommes assises dans ce bar des Deux-Plateaux. Nous sommes au secteur Bleu marine, un point chaud du quartier. Nombreux sont les habitués qui se retrouvent dans la zone pour savourer des mets prisés. Mais aussi pour savourer la musique distillée dans les maquis et les bars environnants. Ce samedi du mois d’août 2015, le disc-jockey (DJ) de la gargote où nous devisons semble camper sur le titre «akobo-poussière». Cette chanson tradi-moderne, en vogue, sert d’intermède entre deux titres du coupé-décalé ou du zouglou. C’est la troisième fois que la chanson passe en boucle. N’empêche, les clients se laissent aller. Ils rivalisent de pas de danse, rient, s’éclatent. Puis, vient le tour de la sélection RNB. C’est un mélange de blues, de rap, de soul et de la musique pop. Dans ce style musical dansant, on retrouve également des ballades (de petits poèmes rimés comme refrain). A peine le premier titre lancé que des plaintes fusent des différents salons à l’endroit du DJ. «On veut du coupé-décalé» «Il faut mettre du zouglou», entend-on.

Un public sans espaces

Et pourtant, trois jeunes gens semblent aimer cette sélection musicale. Ils ont l’air déçus lorsque le DJ cède aux plaintes. La sélection Rnb fait partie du vaste mouvement hip hop. D’un point de vue étymologique, le «hip» signifie en argot américain la débrouillardise intelligente et le «hop» signifie aller de l’avant. En conséquence, le mouvement hip hop est un mode de vie qui consiste à évoluer sur le plan social d’une manière pertinente et positive. C’est l’explication fournie sur le site du rappeur français Nunsoko. Ce mouvement culturel s’exprime à travers, entre autres, le rap, la soul, le slam, les graffitis, le break dance. Selon les derniers chiffres du Bureau ivoirien des droits d’auteur (Burida) auxquels nous avons eu accès, sur environ 70 000 œuvres musicales enregistrées, seulement 350 sont du volet hip hop. Soit 0,8% des œuvres musicales. Yves Kalé, directeur de la répartition au Burida avec qui nous avions échangé, le 21 septembre, estime que le hip hop ne décolle pas. «C’est au cours de la décennie 90-2000 que les artistes du hip hop ont encaissé le plus d’argent en termes de droits d’auteur. Mais après ces années de gloire, ce n’est plus le cas», évalue-t-il la baisse de rentabilité.

En plus de ces données alarmantes, ce mouvement n’a pratiquement pas d’espaces pour s’exprimer. Les adeptes du zouglou, de la rumba, ou du reggae ont aujourd’hui des bars et des maquis spécifiques où se divertir. Ceci, aussi bien à Abidjan que dans certaines villes de l’intérieur. Par contre, le constat reste inquiétant. Il n’existe pas d'espace spécial pour le hip hop. Hervé Poosson, journaliste people, habitué des endroits branchés de la capitale depuis plus de dix ans, ne dit pas le contraire. Nous discutons avec lui autour d’un café dans l’après-midi du 4 septembre, à Angré. Son témoignage est sans appel. «J’ai remarqué cette absence d’espaces. Un bar situé à Marcory a tenté de s’ouvrir au RnB l’année dernière. La sélection était jouée à partir de 14 heures. Quand le bar a fermé, c’était fini pour les matinées RnB.» Comment expliquer ce vide ? Contacté trois jours après la rencontre avec notre confrère, la rappeuse Priss K donne son avis. Pour elle, les espaces de reggae, de zouglou et autres n’ont pas été créés par des artistes, mais plutôt par des fans de ces musiques. «Cela ne veut pas dire que si eux ne le font pas, nous, acteurs du hip hop, ne pouvons pas le faire. Mais c’est avant tout un business, monter un espace. Donc il faut que des personnes aient envie d’y investir», justifie-t-elle. A côté de ce handicap, il est reproché aux DJ de ne pas suffisamment jouer cette musique. On évoque une concurrence déloyale du coupé-décalé dont les faiseurs sont la plupart du temps, des DJ. C’est ce que pense Eric Bédy, producteur du rappeur actuellement en vogue, Guyzo le Choco et promoteur de spectacles vivant à Paris. «Les DJ qui faisaient la promotion du hip hop ne le font plus comme il se doit. Une musique s'impose en la jouant. Si elle n'est pas jouée à la bonne fréquence, elle se meurt», se désole-t-il, joint par mail le 8 septembre dernier. Hervé Poosson, lui, pense qu’il ne faut pas accuser les DJ. «Il ne faut pas en vouloir aux DJ. Ils sont employés pour faire acheter de la boisson avant tout. Ils mettent la musique qui accroche la clientèle afin de mieux vendre», dédouane-t-il. En tous cas, le diagnostic révèle que des ex-rappeurs comme Mulukuku DJ, Janot H et Ras Goody Brown se sont reconvertis dans d’autres genres musicaux. Même le groupe de rappeurs, Tour 2 Garde, surfe désormais sur le coupé- décalé. Et depuis, tout semble aller comme sur des roulettes pour ces garçons.

Nostalgie d’une ère de gloire

Qu’est ce qui explique cette traversée du désert vécue par le hip hop? Nous avons rendez-vous avec Anastaz le 22 septembre, aux Deux-Plateaux. Il est le gérant de la maison de production Otentik Label créée par son défunt frère, l’icône du hip hop, Almighty. «C’est parce que le hip hop n’a pas de mécènes qu’il est à la traîne. Les devanciers ne sont pas des décideurs aujourd’hui. Il faut des mécènes pour qu’un art tienne la barre», diagnostique notre interlocuteur. Anastaz fait aussi remarquer qu’en Côte d’Ivoire, le marché des œuvres musicales est saturé. «Au Sénégal, le hip hop a toujours une influence parce qu’il n’y a pas de nombreux genres musicaux dans le pays. Ce qui n’est pas le cas ici. La concurrence est rude chez nous», estime-t-il. Eric Bédy, lui, a une autre explication. Il affirme: «Le hip hop a pris du plomb dans l'aile quand des icônes telles que Almighty et Stézo ont quitté la Côte d'Ivoire pour l’Occident au début des années 2000». A côté de l’exil des devanciers, l’ancien organisateur des «sound systems» (des castings publics pour détecter des talents à produire) évoque le piratage. «Les producteurs ne se sont pas découragés seulement qu'après le départ des icônes. Un producteur est un investisseur. Le piratage des œuvres musicales en est la raison fondamentale. Si vous n'avez aucune garantie de rentabilité au niveau de votre investissement, ce n’est pas sûr que vous poursuiviez l’investissement. Et le rap n'est pas seul sur la touche. Des icônes du zouglou n'ont pas de producteurs. Pourtant elles ont déjà fait salle comble au palais de la culture», relativise-t-il. Son opinion est partagée par Anastaz. Priss’K soutient, elle, que le rap n’a pas déraillé. «Les faiseurs de hip hop de l’époque sont devenus pour bon nombre des fonctionnaires et vivent leur passion autrement. Le plus important aujourd'hui n’est pas la quantité mais on doit miser sur la qualité de notre rap et son exportation sur les grandes scènes du monde.» En tout cas, quelques artistes comme Guyzo le Choco, Kiff No beat ou Nash tiennent la barre. Leur présence n’est pas à négliger. Cependant le hip hop n’occupe plus les premières places dans l’espace musical. Et pourtant, le rap ivoirien a fait son chemin. Il a même révélé des talents. C’est le cas de Dembélé Mohammed alias Elfuego du groupe de rap «Wara gang» au Mali. Installé à Bamako, il reste nostalgique de son adolescence à Abidjan dans les années 97-98. «C’était l'effervescence avec l'opposition entre le ministère du Coast to Coast et la Flotte impériale. C’était des discussions à longueur de journée entre potes dans les quartiers et la course à l'achat du nouvel album», se remémore-t-il au cours d’un entretien via facebook le 27 août dernier. Elfuego n’oublie pas non plus le style vestimentaire décalé. Il se souvient des jeans dénommés, «les bagui». Ce sont des jeans assez larges. Ils sont censés représenter la tenue des esclaves. Ceux qui les portent sont obligés de les retrousser ou de marcher dessus. Ce qui fait dire à une certaine opinion que les rappeurs sont des drogués. A ceux là, Elfuego donne la réplique: «Les rappeurs sont un peu des poètes de la rue parce que les textes sont rimés donc mûrement pensés. Alors cela demande un travail intellectuel pour qu’ils puissent captiver». Il poursuit pour dire que les rappeurs adeptes de drogue ou d’alcool, le sont par éducation et non du fait du mouvement. Pour lui, si le hip hop ivoirien n’est plus vivant comme à l'époque, il y a toutefois un effort d'adaptation à saluer. Cet effort d’adaptation ou d’originalité se retrouve également dans le style vestimentaire. C’est le cas de Billy Billy qui s’habille en tenue traditionnelle locale, sans se séparer de son coq. «Le style de nos artistes hip hop a radicalement changé. Regardez les émissions ou clips des nouveaux artistes, vous verrez qu’ils sont de plus en plus originaux», commente Eric Bédy.

Le combat des pionniers

Les têtes d’affiche du mouvement persévèrent pour tenir le flambeau. Elles multiplient les initiatives pour relancer le hip hop. Otentik Label organise des showcases (ce sont des concerts de présentation d’albums devant des professionnels ou dans un lieu public, couplés de séances de dédicaces) dans des boîtes de nuit de la place. Ceci, afin de rapprocher les artistes du public. Anastaz évoque, entre autres, le Peace and Love Tour et le Festival international de hip hop. A l’édition 2015, ce festival a fait de la place à toutes les composantes du mouvement, dont le break dance. Cette danse est axée sur le rythme. Les B- boy (nom attribué aux danseurs de break) s’expriment à travers des formes acrobatiques debout et même au sol. «Le public répond à ces rendez-vous. Nous pensons que c’est positif», estime le cadet de Almighty. Rentré au pays après la récente crise politique, Stezo, de son côté, goupille un concours de téléréalité dénommé rap académie. La lutte contre la drogue, les grossesses en milieu scolaire et la sensibilisation au vivre ensemble, sont entre autres, les thèmes abordés. Pour les emmener à entamer une bonne carrière, les candidats sont évalués sur la diction, la ponctuation, l’interactivité avec le public et la tenue scénique. Kajeem, artiste reggae, ancien rappeur et slameur, organise, quant à lui, un concours dénommé «rime scolaire». La rappeuse Nash, elle, est à l’origine du festival «hip hop enjaillement». A côté des artistes, des animateurs de radios et de la télévision offrent, eux aussi, des lucarnes sur leurs plateaux. C’est le cas d’Ozone, de Mohamed Kanté ou encore de Jean Michel Onin. Si les artistes et les animateurs tentent de faire renaître la flamme du hip hop, la rappeuse Priss’K, elle, fait une autre analyse de la situation. Elle est d’ailleurs catégorique: «Je n ai pas de solution pour faire revenir le rap sur les rails (…). Il faut juste accepter que les choses évoluent, des musiques naissent. A certains moments, des musiques sont plus populaires que d’autres et c’est tout.» Eric Bédy, lui, interpelle la Maison des artistes. «Nous souhaitons que le Burida fasse la formation de toutes les composantes du système musical. Ce qui permettra de savoir davantage comment rester professionnels, connaître nos droits, que nous soyons artistes, producteurs, managers ou agents d'artistes.» Notre interlocuteur pense que le Burida devrait copier sur sa jumelle française, la Sacem qui forme les artistes à la gestion de carrière. Un travailleur du Burida qui requiert l’anonymat laisse savoir que cette formation fait partie des prévisions. «La gestion de la carrière est en projet. Nous prévoyons des ateliers de formation des managers et autres. Mais pour l’instant, nous mettons l’accent sur le renforcement de capacités en rapport avec la qualité du musicien», indique cette source. Autrement dit, la priorité est d’outiller les musiciens pour qu’ils lisent et écrivent dans le solfège et pour qu’ils jouent à un instrument de musique. Que fait l’Etat pour promouvoir les genres musicaux ? Pour en savoir davantage, nous avons joint par téléphone le 25 septembre dernier, le ministère de la Culture et de la francophonie. Nous sommes reçue à l’autre bout du fil par Koffi Bilé Yapo, directeur de la promotion des arts et de la culture. Selon ses explications, le ministère n’adopte pas de politique spécifique par genre musical. Il procède plutôt par une approche globale. «Nous promouvons tous les genres. Avant tout, il faut savoir que les œuvres musicales sont privées. Si le hip hop semble en retrait, c’est parce que la production n’est plus au niveau de ce qu’elle était. Sinon les porte-étendards comme Nash essaient de tenir le cap», plante-t-il le décor. Et d’ajouter : «nous soutenons les initiatives privées à but communautaire comme les festivals. Nous recevons des centaines de dossiers. Après analyse de la pertinence, le ministère donne son appui institutionnel mais il ne peut pas seul trouver des fonds. Il appartient aux organisateurs des festivals de chercher des mécènes en se fondant sur cet appui institutionnel», développe Koffi Bilé Yapo. Un appel qui ne devrait pas laisser insensibles les fans. Pour éviter qu’il floppe, soutenez le hip hop. Big up !

L’histoire du hip hop ivoirien

L’histoire du hip hop ivoirien rime avec l’histoire de l’animateur vedette Yves Zogbo Junior. Alors étudiant ivoirien en France, ce dernier revient au bercail en 1985 avec ce style nouveau. Il lance l'émission Zim Zim Flash sur la RTI. Le groupe ACB (Abidjan City Breaker) est le premier à enregistrer dans le genre. Mais le hip hop prend une importance vers la fin des années 1990 avec en têtes d'affiche Almighty et Stezo. Les deux icones conduisent le mouvement à un niveau inégalé, grâce à la qualité de leurs paroles et de leurs flows. On assiste plus tard à l'émergence du rap féminin avec Priss’K. Aujourd’hui on en dénombre moins d’une dizaine connue. Ce sont, entre autres, Nash, Angela Mc et Dosky. L’émission de variété de son orthographe fantaisiste MAXXIMUM, animée par Baba Cool, contribue largement à la vulgarisation du mouvement. La majorité des clips diffusés sont orientés vers la black musique américaine. Les phénomènes de société, le chômage, l’amour, la vie, la drogue, la mort, sont entre autres les thèmes développés dans le hip hop ivoirien. Cet art de rue est né dans les années 1970 aux Etats-Unis dans la ville de New York. Il est la conséquence du précaire contexte économique et social des communautés afro et latino-américaines. Des groupes identitaires se forment progressivement dans les ghettos revendiquant l’égalité des droits, la reconnaissance d’une identité noire et luttant pour l’abrogation de la ségrégation raciale institutionnelle. Le hip hop découle de la soul et du funk, une musique revendicative conduite par James Brown ou encore Stevie Wonder. Il se veut porteur de valeur telle que la non-violence à une époque où la bataille des gangs faisait rage dans les ghettos. Aujourd’hui, le hip hop reste une identité musicale aux Etats-Unis.

La montée du slam à Abidjan

Devant ce qui paraît comme une époque de stagnation, le mouvement hip hop se métamorphose. Aujourd’hui, c’est le slam qui gagne peu à peu du terrain.

Ce 11 septembre, un beau public vibre à la soirée à thème : «penser et ‘’sciencer’’ ça fait 2». Le thème réunit sur la même scène des slameurs en langue nouchi (l’argot ivoirien) et des slameurs en français familier et soutenu. Nous sommes à la galerie Lebasquiart à la Riviera 2. Dans la salle, on peut distinguer des célébrités dont l’artiste reggae Kajeem, ancien rappeur et slameur. Il est un peu plus de 20 heures. A l’affiche, Kapegik et l'Etudiant de la rue. Ce sont deux slameurs du collectif «au nom du slam». C’est un groupe composé d’une dizaine de jeunes. Le collectif a été révélé à l’issue d’un concours international organisé par l’Institut Goethe à Cocody, l’année dernière. Les dix finalistes décident de se mettre ensemble pour promouvoir ce genre. Le dernier samedi du mois, les slameurs prestent également à lInstitut Goethe. Les déclamations en nouchi, et en style français cohabitent au sein du groupe. «Le nouchi ou l’ivoirisme sont une identité nationale. Cela fait partie du processus de la création axée sur la culture», défend l’Etudiant de la rue, de son vrai nom David N’Guessan. Il accepte de répondre à nos questions à la fin de sa déclamation.

Le rap sans le beat

David s’est donné ce sobriquet parce qu’il se veut le porte-parole des diplômés en quête d’emplois. C’est ce qu’il fait ressortir dans sa verve lyrique. Il est plus attiré par l’aspect littéraire du slam. L’Etudiant de la rue reconnaît des similitudes entre le slam et le rap. «Nous écrivons tous de la poésie. Mais le slam est particulier. C’est un mouvement littéraire. Nous l’avons adapté à notre culture pour trancher avec le slam français. C’est un art méconnu pourtant porteur de valeurs», estime-t-il. La plus noble des valeurs qu’il défend est didactique: emmener les jeunes à lire et à écrire. Ce qui demande un effort intellectuel. Et le collectif tient à accomplir sa mission. «Si l’opinion a le sentiment que nous damons le pion au rap, c’est le résultat de nos efforts. Et nous constatons que depuis un bon moment, le public du slam s’agrandit», félicite-t-il. La rappeuse Priss’K ne partage pas l’idée selon laquelle le slam s’impose au détriment du rap. Pour elle, il s’agit de la même famille. «Le slam découle du rap. Nous dirons même que c’est du rap tout court. Le rap, c’est de la poésie, c’est l’art de l’écriture et il en est de même pour le slam», croit-elle. La différence, selon elle, est que certains slameurs n’utilisent pas de musique. Pour elle, si on constate que la plupart des slameurs sont présentés comme d’anciens rappeurs, c’est que le slam n’est pas un nouveau genre. Autrement dit, c’est le rap sans le beat. Kajeem abonde dans le même sens. «Dans le rap, les textes sont scandés, dans le slam les textes sont plus parlés. Il y a peut-être un peu plus de rythme dans le rap, mais pour moi le slam et le rap sont des frères», explique Le fils de Jah.

«Une manifestation de la poésie néo-oraliste et urbaine»

Le slam est une forme de lecture poétique considérée comme un mouvement d'expression populaire. Initialement en marge des circuits artistiques traditionnels, il est aujourd’hui reconnu mais moins médiatisé en Côte d’Ivoire. C'est un art du spectacle oral et scénique, focalisé sur le verbe et l'expression. La percée du slam n’échappe pas aux styliciens et autres scientifiques de la littérature. Dr Paul-Hervé Agoubli, assistant à l'Université Félix Houphouet-Boigny, est spécialiste de poésie française à la faculté des Lettres modernes. Adepte du mouvement hip hop, il a eu à écrire des textes pour des faiseurs de la soul musique dans le pays, quand il était lycéen. Nous échangeons avec ce dernier à la mi-septembre. Pour lui, si on considère leur origine américaine commune, le rap et le slam sont frères parce qu'ils sont l'un et l'autre, une manifestation de la poésie néo-oraliste et urbaine. Par contre, de son point de vue, «le slam est plus ouvert à la poésie et à la société alors que le rap s'est trop emmuré, trop spécialisé et donc trop ghettoïsé». Poursuivant son développement, notre spécialiste précise. «La poésie est la façon usuelle de parler. C'est cette magnifique vérité oubliée que rappelle le slam car cet art- dont les spécialistes existent- montre que tout le monde est capable de poésie», conclut Dr Agoubli. Derrière la montée du slam, se cachent des mécènes qui offrent des salles. L’artiste Jacob Bleu, propriétaire de la galerie d’Art Lebasquiart, est de ceux-là. Il nous explique ses motivations: «Nous organisons les soirées slam le deuxième vendredi du mois. Nous avons voulu que ce mouvement, qui fait partie des arts assez importants en termes d’expression, puisse avoir cet espace pour pouvoir être vu, être connu et être suffisamment valorisé.» Le slam est né d'une idée du poète américain Marc Smith en 1986. Son but était de rendre les lectures de poèmes à la fois moins élitistes et moins ennuyeuses. Le slam prévoit des règles minimales, laissant une grande liberté au participant. Des poètes de la mouvance hip hop le revendiquent comme issu de la rue à l’image du rap à ses débuts. Il est toutefois pratiqué par des poètes de tous les styles et de tous les milieux sociaux.

Nesmon De Laure

Kajeem, artiste reggae, ancien rappeur et slameur:

«On espère que le slam donnera un second souffle au mouvement hip hop»

Kajeem, artiste reggae et écrivain, a débuté sa carrière musicale dans le mouvement hip hop. Il fait partie du public de Lebasquiart abonné aux soirées slam.

Kajeem déplore que le hip hop soit réduit au rap dans l’opinion.

Qu’est ce qui explique votre soutien aux spectacles slam?

Pour moi, tous les arts de la parole sont de la même et grande famille. Dans ma formation, j’ai fait du rap, j’ai fait du slam. Aujourd’hui, on me connaît plus comme chanteur de reggae. J’aime tout ce qui est bien écrit. On va dire que c’est un art qui est mal connu chez nous, alors que c’est quelque chose qui peut apporter un grand plus à la jeunesse et l’aider à ouvrir son esprit et à se cultiver. Donc c’est quelque chose à encourager et puis vous l’avez constaté vous-mêmes, les slameurs ont énormément de talents.

Un nouveau printemps du hip hop est-il alors possible ?

Le hip hop est réduit au rap dans l’entendement populaire. Sinon, en réalité, dans le hip hop, il y a différentes disciplines comme le slam, le graffiti, etc. Et je trouve que c’est dommage que chez nous il n’y ait qu’une ou deux disciplines qui aient été favorisées. Je trouve que c’est une très bonne chose que le slam vienne en force. On espère que le slam donnera un second souffle au mouvement hip hop. Et que toutes les autres disciplines vont se remettre en branle. Mais je pense que dans ce qu’on a appelé le ‘’printemps du hip hop ivoirien’’, dès que les gens ont vu qu’on avait atteint un certain niveau, ils se sont endormis. Aujourd’hui, il y a de plus en plus d’ateliers d’écriture, d’ateliers de slam. Les jeunes se forment de plus en plus pour que lorsqu’on reviendra au-devant de la scène, ce soit pour de bon. Que ça ne soit pas pour un petit bout de temps et que ce ne soit pas éphémère, comme cela a été le cas dans les années 2000. Et quand vous voyez tous ces jeunes, vous ne pouvez qu’être optimiste pour le mouvement hip hop.

Entretien réalisé par Nesmon De Laure

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Published by nesmondelaure
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