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29 juillet 2015 3 29 /07 /juillet /2015 12:47
photo dr
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Trois jeunes garçons âgés entre 14 et 17 ans entament des pas de danse au rythme de «apoèsè». C’est un titre chrétien en vogue. Nos trois amis ouvrent ainsi la partie folklorique de la cérémonie de remise des diplômes qui clôture les travaux de l’année académique 2014-2015.

Témoignages d’anciens enfants agressifs

S’en suivent des représentations théâtrales dénonçant les travers de certains leaders religieux. Les acteurs sont, eux aussi, de la même tranche d’âge que les danseurs. La scène se déroule ce 17 juillet, dans les jardins du centre Amigo Doumé, situé à Yopougon Lokoua. Ce n’est pas une école ordinaire. Il s’agit d’un centre de protection de l’enfance et d’initiation professionnelle pour les 13 à 18 ans. Les enfants victimes de la négligence des parents y sont admis. Il y a un an, par exemple, le jeune Y.U.K. subissait des conflits familiaux. «Mon père a deux épouses. Il n’y avait pas d’entente à la maison. La situation était intenable. Et cela me rendait agressif. J’étais un enfant impoli», témoigne l’ado de 17 ans. Il suit à présent des cours de ferronnerie dans le centre. Et sa situation paraît bien évoluer. Le regard a changé. «Avec les conseils que je reçois ici, je ne suis plus impoli avec les épouses de mon père. Et je suis aussi respecté parce que j’apprends un métier noble», est-il fier. Ici, on s’occupe aussi de la réinsertion des jeunes en difficulté avec la loi, des ex-délinquants. Et les résultats semblent bien des fois satisfaisants. Du moins, si l’on s’en tient au témoignage de Sodji Marcelle, parente d’élève. La bonne dame participe à la cérémonie du jour. Entre deux intermèdes, elle se confie. «Mon fils fréquente le centre depuis deux ans. J’ai décidé de l’envoyer ici parce qu’il refusait d’aller à l’école quand il était en classe de quatrième. Il suivait de mauvaises fréquentations, les jeunes brigands. Depuis qu’il est ici, son comportement a positivement changé à la maison», est-elle heureuse. A côté des cas d’enfants agressifs, Amigo Doumé n’est pas fermé aux déscolarisés. Mais il est difficile pour le visiteur d’établir la différence entre les pensionnaires déscolarisés et les ex- délinquants. Ce, parce que les enfants semblent joyeux et de bonne éducation. C’est notamment l’avis de Coulibaly Maïmouna, stagiaire dans le centre depuis un trimestre. «Quand on entend qu’il s’agit d’un centre d’enfants délinquants, a priori, on a peur de venir travailler ici. Mais quand on les côtoie dans leur quotidien, on constate qu’ils sont des agneaux. Grâce au suivi du centre, beaucoup arrivent à s’en sortir», félicite-t-elle. J.M.K., un pensionnaire âgé de 16 ans, abonde dans le même sens. «On ne sent pas qu’il y a des anciens brigands parmi nous. Si on ne vous dit pas qu’une telle personne vient de tel milieu, vous ne pouvez pas le deviner», remarque-t-il.

L’importance de la collaboration des parents

Déscolarisé dès la classe de 5ème, J.M.K. a dû passer trois années à vagabonder. L’ennui et le vice faisant bon ménage, le jeune garçon était exposé à toutes sortes de vicissitudes. Mais depuis qu’il est inscrit en menuiserie dans le centre, l’adolescent sent un changement positif dans sa vie. Les témoignages des anciens du centre sont également édifiants. Marlène Gnangba, 18 ans est un pur produit du centre. Elle travaille aujourd’hui dans une ferme. La spécialiste de l’agropastorale entend bientôt s’installer à son propre compte. Elle n’oublie pas les bons moments passés avec ses amis, d’où sa présence ce jour. «On s’entendait bien. Il n’y avait pas de palabres avec les garçons, même si les filles ne sont pas nombreuses dans le centre», commente-t-elle, joyeuse. Par ailleurs, les enfants victimes de l’exploitation et des pires formes de travail et ceux qui sont exclus de la société, potentielles victimes de la traite et de l’exploitation, y trouvent leur compte. Mais n’y entre pas qui veut. Le processus d’admission répond à certaines règles. Les enfants sont présentés par les parents ou encore par des ONG partenaires. C’est à l’issue d’une enquête sociale qu’ils sont acceptés. «Il est important de connaître les parents. Nous avons besoin de travailler avec eux pour mieux encadrer la vie des enfants afin de les aider à s’insérer dans la famille et dans la société», explique le Père Vincent Miguel, délégué de la Fondation Amigo Côte d’Ivoire et directeur du centre. «Cette année, nous avons remarqué une plus grande implication des parents dans l’encadrement des enfants, ce qui a favorisé des résultats excellents», salue-t-il. Le processus de réinsertion obéit à la pédagogie dite amigonienne. Elle tire son nom de Louis Amigo, fondateur de la congrégation amigonienne. La méthode existe depuis plus de 100 ans et elle est développée dans 23 pays au monde. Cette pédagogie se déroule en différentes phases. «Six mois avant la fin de la formation, le jeune est amené à prendre conscience de sa nouvelle situation et des dispositions qu’il doit prendre. Deux ans de stage de perfectionnement lui permettent de connaître la réalité du métier et de mettre en valeur les acquis de sa formation», ajoute le religieux. A ce stade, le jeune peut bénéficier d’un soutien pour réaliser un microprojet. Les éducateurs accompagnent chaque jeune aux niveaux personnel, familial et professionnel durant le processus. Un internat accueille à chaque session 26 enfants issus de familles démunies. Le centre Amigo Doumé célèbre ses 20 ans l’année prochaine. Les quatre métiers proposés pour la réinsertion sont la menuiserie, la ferronnerie, l’élevage et l’agriculture couplée du jardinage. Le centre a permis la réinsertion de plus de 70 jeunes depuis sa création en 1995.

Nesmon De Laure

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26 juillet 2015 7 26 /07 /juillet /2015 17:46
Dr Mathieu Wadja Egnankou pour une sensibilisation accrue des populations.
Dr Mathieu Wadja Egnankou pour une sensibilisation accrue des populations.

Dr Mathieu Wadja Egnankou, enseignant-chercheur à l’université Félix Houphouet-Boigny et président de l’Ong Sos forêts, prévient sur les risques de l’urbanisation galopante dans la périphérie d’Abidjan.

En allant à Bingerville, on ne traverse plus un paysage forestier comme par le passé. Aujourd’hui, on ne voit qu’une petite portion de forêt. C’est le même constat sur la route de Bassam. La forêt littorale disparaît de plus en plus. Cette réalité est identique à Angeledou, non loin de la prison civile d’Abidjan. De belles bâtisses ont remplacé les ensembles d’arbres à ces endroits. Dr Mathieu Wadja Egnankou, président de l’Ong Sos forêts et enseignant-chercheur à l’université Felix Houphouet-Boigny en est inquiet. Il indexe l’urbanisation galopante dans la périphérie d’Abidjan comme un risque environnemental. «L’urbanisation est l’une des causes de la dégradation de la forêt. Nous ne savons pas protéger nos forêts», s’indigne-t-il. Nous l’avons interrogé, le 22 avril 2015, en marge du lancement d’un concours à l’endroit des médias pour la préservation de l’environnement, aux Deux-Plateaux. A en croire le spécialiste, la déforestation a des impacts négatifs sur la santé de l’homme et son mode de vie. «De façon directe, on parle de plus en plus de cancer. Les arbres permettent d’absorber les gaz nocifs comme le gaz d’échappement des vieilles voitures. Or sans les arbres, ces gaz nocifs exposent les populations aux maladies comme le cancer et l’asthme», prévient l’expert. Il ajoute qu’avec le déboisement, il y aura de moins en moins de pluies. La productivité des plantations va en subir un triste sort. «L’état des lieux est catastrophique. Nous avons tout perdu. Or sans forêt, les ressources en eau vont être rares, les ressources en médicaments aussi», met en garde l’enseignant-chercheur. Pour accroître la sensibilisation, Sos forêts met en compétition les journalistes et leurs organes à travers ‘’Le prix Sos forêts’’. Il récompense les efforts de ceux ayant traité et favorisé la diffusion d’information sur la gestion durable. L’événement est à sa deuxième édition. Les candidats ont jusqu’au 5 mai 2015 pour s’inscrire, et les résultats seront sus courant juin. Les articles doivent porter sur l’exploitation illégale du bois. L’Ong Sos forêts s’implique pour la préservation de l’environnement, des ressources naturelles et des forêts en particulier. De 16 millions d’hectares de forêts en 1960, la Côte d’Ivoire possède aujourd’hui moins de 2 millions d’hectares.

Nesmon De Laure

(article publié le 23 avril 2015 dans Nord Sud Quotidien)

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26 juillet 2015 7 26 /07 /juillet /2015 17:37
Interview/ Jules Loukou Koffi, président de la commission développement durable de la Convention de la société civile ivoirienne (Csci) :« L’Etat doit faire respecter les normes du développement durable »

Comment expliquez-vous les inondations et les éboulements qui ont lieu ces derniers temps ?

Les inondations actuelles sont dues au changement climatique. Pour protéger les populations riveraines des sites dangereux, il faut une prévention. L’Etat peut penser que cela coûte cher mais ce n’est pas le cas. Ce qui veut dire qu’on ne doit pas attendre la saison pluvieuse avant d’agir. Il faut une planification pour reloger ces personnes. Cela doit être couplé avec la sensibilisation. Pendant la saison des pluies, il faut des dispositifs pour secourir ces populations et les mettre sur des sites ménagés. Cela participe du volet social. Ces personnes sont aussi des contribuables au budget de l’Etat même si leurs activités ne rapportent pas beaucoup dans bien des cas. Il faut prévoir des dispositions pour les secourir rapidement en cas de danger.

Pourquoi indexez-vous le changement climatique ?

Il pleut abondamment. Le sol n’a pas suffisamment le temps d’absorber l’eau. Cela va agir au niveau de la pente. Et il y a les inondations qui causent les dégâts sur nos maisons. Or lors de la construction de ces maisons, les dispositions ne sont pas toujours respectées. Ce qui justifie aussi les éboulements de maisons. C’est aussi le volet assainissement. Dans la plupart de ces zones dites à risque, l’assainissement n’est pas suffisamment pris en compte, sinon il n’existe même pas d’assainissement.

Cela a-t-il un impact sur la santé ?

Bien sûr ! Cela impacte la santé. Les populations côtoient les eaux usées. Elles sont exposées à tout type de contamination comme les maladies diarrhéiques. Il y a donc un lien entre le changement climatique et la santé, entre le changement climatique et les catastrophes auxquelles nous assistons également. Il y a aussi des catastrophes liées à des raisons anthropiques.

Qu’est ce que cela veut dire ?

Ce sont les catastrophes liées aux activités de l’homme. Lorsqu’on creuse du sable vers Port-Bouet par exemple, ce n’est pas bien. A cause de l’érosion, on ne devrait pas creuser du sable de ce côté-là. A cause du changement climatique, si les glaces tombent dans la mer, elles augmentent le volume de l’eau. Automatiquement Port-Bouet sera envahi d’eau. L’homme par son action aura facilité l’augmentation du volume de l’eau. Quand vous détruisez la forêt aussi, il ne va plus pleuvoir et cela a des conséquences sur la sécurité alimentaire.

Peut-on dire que c’est la problématique du développement durable qui est posée ?

Oui. Le développement durable dont nous parlons ne doit pas rester un slogan ou une mise en scène. Il y a le volet environnemental, le volet social et le volet économique. Le volet environnemental, c’est de protéger les ressources naturelles comme la forêt du banco. Si cette forêt est détruite, Abidjan sera exposée. Il faut que les trois volets du développement durable soient mis en pratique dans toutes les activités humaines. Les décideurs doivent prendre leurs responsabilités. L’Etat doit faire respecter les normes du développement durable.

réalisée par Nesmon De Laure

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6 juillet 2015 1 06 /07 /juillet /2015 17:29
L’addiction à la drogue est un problème de santé mentale. (photo dr)
L’addiction à la drogue est un problème de santé mentale. (photo dr)

Le renforcement de la politique sanitaire en faveur des usagers de la drogue est plus que jamais nécessaire, la toxicomanie étant un sérieux problème de santé mentale.

Hervé Serèle, ancien usager de la drogue est membre de l’ONG le Foyer du bonheur. Cette structure aide à la prise en charge sanitaire et à la réinsertion des consommateurs de la drogue. A l’occasion de la célébration de la journée mondiale de la lutte contre le fléau,le 26 juin 2015, Hervé accepte de témoigner. Nous échangeons avec lui au siège de l’Union des radios de proximité de Côte d’Ivoire (Urpci) à Adjamé. Ce, en marge d’un séminaire dédié à la synergie d’actions pour la lutte à travers la campagne : « Soutenez, ne punissez pas ». Après dix années d’addiction, Hervé est au fait du drame sanitaire que vivent les usagers de la drogue. « Ces personnes s’exposent à plusieurs maladies. Quand je fréquentais encore les fumoirs, certains amis là-bas, souffraient de la tuberculose et de la syphilis. Je connais de nombreuses filles qui sont toujours dans l’addiction dont certaines sont contaminées au Vih/Sida », témoigne-t-il. A l’en croire, pour se procurer la substance nocive, certaines filles dépendantes, sont obligées de se prostituer. Ce qui les rend davantage vulnérables sur le plan sanitaire. Il cite aussi les échanges de seringues. Vu ces réalités, Hervé Serèle milite, plus que jamais, pour la multiplication de centres spécialisés. « J’ai pu bénéficier d’une bonne prise en charge car à l’ONG le Foyer du bonheur, j’ai rencontré des personnes qui m’ont épaulé psychologiquement. On m’a même parlé de Dieu et aujourd’hui, je suis un chrétien engagé. Je suis reconnaissant à cette ONG », indique-t-il. Pour notre interlocuteur, il ne faut pas condamner le drogué, il faut plutôt le prendre en charge.

Le plaidoyer de MDM

Un avis partagé par l’ONG Médecins du monde (MDM). « Aujourd’hui, MDM essaie d’apporter un appui considérable en termes de prise en charge des usagers de drogue souffrant de problèmes sanitaires. C’est dans le cadre d’un projet qui est actuellement en cours de réalisation avec des partenaires locaux, que nous travaillons. Il s’agit plus précisément d’aller au contact de ces usagers dans les fumoirs et de leur apporter la réponse nécessaire pour ces problèmes sanitaires », précise Soro Aboudou Nabiéhoua, chargé de plaidoyer. Présent au séminaire, il souligne qu’à côté de l’appui sanitaire, sa structure planifie des activités de sensibilisation afin d’aider les victimes à mieux se contrôler. Il soutient que la toxicomanie a des conséquences sur la santé de l’individu. Une enquête réalisée l’année dernière par MDM démontre des cas de Vih/Sida, d’hépatite C, de syphilis chez les consommateurs de drogue. « Des personnes qui souffrent de ces maladies ne peuvent pas facilement quitter ce milieu pour une structure sanitaire publique et bénéficier d’une prise en charge réelle. C’est en cela qu’il est important aujourd’hui, non seulement de trouver des approches qui vont faciliter la prise en charge de ces maladies et l’ouverture de centres spécialisés où l’on pourra facilement les prendre en charge », préconise le chargé de plaidoyer.

Les résultats préliminaires de l’enquête conduite par MDM estiment le nombre de fumoirs dans le district Abidjan à un peu plus de 400. Fofana Inza, psychologue-clinicien est aussi consultant pour la prévention et le traitement de la dépendance de drogue. Intervenant au cours d’un atelier à l’intention des médias à Treichville, en 2014, il estime que « les services de désintoxication de drogues, de traitement résidentiel des usagers de drogue et d'experts qualifiés et formés existent mais restent insuffisants et coûteux pour la majeure partie de la population. Et la qualité des soins et services varient d'un contexte à l’autre ». Toutefois, il pense que la situation connaît un début de solution avec la dissémination des outils qui pourraient être plus vulgarisés. Il propose aussi une augmentation du budget alloué aux services de santé mentale.

« Soutenez, ne punissez pas »

« Le plaidoyer que nous essayons de supporter que ce soit au niveau national comme international, c’est de dire qu’il ne faut pas punir les usagers de la drogue mais il faut plutôt les supporter », soutient Soro Aboudou Nabiehoua, chargé de plaidoyer à l’ONG Médecins du monde (MDM). Pour lui, la meilleure manière de les supporter, c’est de développer des approches qui faciliteront une prise en charge sanitaire. Cette démarche épouse la campagne : « Soutenez, ne punissez pas », lancée en 2013. Cette initiative mondiale appelle à investir dans une approche rentable et efficace de réduction des risques envers les usagers de drogues. « La campagne appelle à la dépénalisation de ces substances, ainsi qu’à certaines lois qui entravent les services de santé publique », explique Bamba Sindou, point-focal de la Plateforme de politique en matière de drogue en Côte d’Ivoire. Pour lui, comme pour Karamoko Bamba, président de l’Union des radios de proximité de Côte d’Ivoire (Urpci), il faut plutôt pénaliser les trafiquants et non les consommateurs, considérés comme des victimes.

Nesmon De Laure

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6 juillet 2015 1 06 /07 /juillet /2015 17:09
(crédit photo: Dr)
(crédit photo: Dr)

Le baccalauréat scientifique est de tout temps considéré comme une affaire d'hommes. Pour la session 2015, nous avons rencontré des filles en course pour la série C à Gagnoa et à Guibéroua, au Centre-Ouest de la Côte d'Ivoire.

L’épreuve de mathématiques meuble la deuxième journée de composition du baccalauréat 2015. Nous sommes au centre Lycée municipal de Guibéroua ce 30 juin 2015. Ahou BrigitteYao, Aïssatou Assane et Manéhi Christelle Kassé sont les seules filles parmi 38 candidats du baccalauréat série C. Comme leurs camarades de l’autre sexe, ces impétrantes restent concentrées sur les feuilles du sujet. Le top départ vient d’être donné et il faut bien comprendre les libellés des différents exercices avant de les résoudre. Les trois jeunes filles sont des élèves du Lycée qui tient lieu de centre d’examen. Comment se sont-elles aventurées dans une série scientifique, considérée dans l’opinion comme une affaire d’hommes ? Pour ne pas perturber les candidates en pleine composition, nous avons posé la question à leur éducatrice de niveau. Gallo Diane Gobéhia explique la situation. « Les jeunes filles ont peur des séries scientifiques à cause des mathématiques. L’année dernière, nous n’avions qu’une seule candidate au bac C », constate-t-elle. A l’en croire, c’est à l’issue d’une méthode d’incitation que le nombre de candidates a triplé. « Nous avons ouvert des classes d’excellence pour les filles, histoire de les motiver. Ce sont la 3ème 1 et la 3ème 15. Nous les encourageons à s’intéresser aux mathématiques », dévoile Mme Gobéhia. Le centre compte au total 436 aspirants au bac.

"Les mathématiques n'ont pas de sexe"

Au niveau de l’enseignement privé, on enregistre aussi des candidates du bac C. Mais le nombre reste en-deçà de dix. Nous le constatons au Collège catholique Roger Duquesne (Ccrd) de Gagnoa. C’est le seul établissement privé qui ouvre une classe de Terminale C dans la ville. Cette année, il présente six candidates sur 17 au baccalauréat C. Leur âge moyen est de 16 ans, la plus jeune ayant 15 ans. « Ecole d’excellence, nos élèves sont majoritairement performants. Nous avons mis en place une politique particulière pour encourager les filles », justifie l’abbé Marcellin Adji, chef de l’établissement. Il détaille que des rencontres sont organisées avec les élèves de sexe féminin pour les mettre en confiance. Ces dernières, ajoute-t-il, sont suivies méthodiquement. Pour les mathématiques, l’établissement leur fait comprendre qu’il s’agit d’une matière comme les autres, qu’on peut dompter. « Ce n’est pas la mer à boire. Il suffit d’étudier les théorèmes comme on le fait pour les autres disciplines et de les appliquer. Les mathématiques sont accessibles à tous », croit fermement l’abbé.

Les candidates que nous croisons paraissent être l’exception. C’est que, peu d’élèves s’intéressent à la série C, encore moins les filles. Au Lycée municipal de Ouragahio, à quelques 15 km de Gagnoa, par exemple, aucun candidat n’est en lice pour cette série. Lesson Silué, inspecteur général de l’éducation nationale, a enseigné les mathématiques durant de longues années. Il est le vice-président du jury du bac dans ce centre. Pour lui, ni la série scientifique, ni les mathématiques n’ont de sexe. « Je connais des filles brillantes en math sans qu’il n’y ait eu de dispositions particulières prises par les parents. Par contre, il est possible qu’il y ait un aspect de bagage génétique », soutient-il. Citant son propre exemple, l’inspecteur affirme que son épouse est ingénieur agronome. Selon lui, sans avoir mis de pression particulière sur leurs enfants, la majorité a opté pour des études scientifiques. L’une de ses filles a même été lauréate au concours de miss mathématiques. Il n’exclut pas qu’elle ait de son propre chef, eu envie de faire comme son père. Pour le spécialiste, l’environnement familial compte. « Beaucoup de personnes ont un passé négatif avec les maths. Elles ont tendance à conditionner leurs enfants en transmettant un sentiment négatif », estime l’expert. Les deux sexes bénéficiant des mêmes enseignants, notre inspecteur pense qu’il y a un plus à faire. Pour intéresser davantage les filles aux matières scientifiques, il préconise des mesures incitatives. Entre autres, offrir des livres, organiser leur travail et multiplier les concours comme miss mathématiques. Par ailleurs, le baccalauréat se déroule sans incidents dans ces centres d’examens. C’est le constat de Djétouan Ayémou, inspecteur général, conduisant une équipe de supervision venue d’Abidjan. « La journée de mathématique est redoutée par les candidats, donc la tentation de tricher est grande. Nous avons appelé tous les acteurs à la vigilance et tout se passe correctement », note-t-il. Ce mercredi est dédiée à la composition de Philosophie.

Nesmon De Laure, envoyée spéciale

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22 juin 2015 1 22 /06 /juin /2015 16:30
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Kyria Rosemonde Deborah Kodjo, première femme bishop (équivalent d'évêque chez les catholiques) de Côte d'Ivoire est aussi la devancière des femmes-pasteurs dans le pays. Membre-fondateur de la mission évangélique La Source, elle est aussi conseillère à la congrégation des églises évangéliques. (Republication d'une interview réalisée en 2010)


En tant que pionnière des femmes-pasteurs, comment s'est opérée votre intégration au sein de la communauté ?
Je prêche depuis plus de 17 ans. C'était difficile parce qu'il n'y avait pas de modèle. Aucune femme ivoirienne n'osait prêcher l'évangile publiquement. J'ai débuté en qualité d'évangéliste. Mais j'étais persécutée et combattue par des pasteurs. Ils trouvaient que ce n'est pas biblique. Pour eux, les femmes doivent rester dans l'assemblée sans jamais prendre la parole.

Vous rappelez-vous d'une anecdote particulière au sujet des brimades subies ?
On m'a traitée de Sirène des eaux (un démon séducteur) et cela m'a beaucoup persécutée. On a même dit que j'étais possédée par un esprit de divination et non un esprit sain.

D'où est venue votre motivation?
Ce n'est pas une motivation. C'est un appel que j'ai reçu. C'est une vocation de Dieu. Il m'a convaincue et je me suis levée pour enseigner sa parole. Selon sa parole, il a besoin des femmes. A la résurrection du Christ, les femmes étaient présentes. Quand Dieu vous appelle, vous le suivez avec conviction. Même quand vous êtes martyrisé, vous ne sentez ni douleur ni affront. C'est ce qui s'est passé dans mon cas.

Comment avez-vous vécu l'époque des persécutions ?
En même temps que j'étais vilipendée, j'étais un objet de curiosité. Les gens venaient de partout pour voir comment une femme prêche. Ceux qui doutaient, venaient à mes programmes pour vérifier si le message était juste. Après des séances d'évangélisation, ils m'approchaient pour se confesser. C'était un moment fort. Il n'y avait personne pour m'encourager, à part mon époux (le bishop Jean-Marie Kodjo).

Quel rôle a-t-il joué?
J'ai commencé à prêcher en même temps que mon époux. Il me soutenait. Le fait que nous débutions tous les deux, ensemble, m'a certainement simplifié la tâche. Ce qui a, peu à peu, conduit les autres pasteurs à lâcher du lest, en acceptant les femmes au pupitre. Et, cela a changé positivement l'image de l'église évangélique en Côte d'Ivoire.

Aujourd'hui, de nombreuses-femmes pasteurs s'identifient à vous. Que vous inspire cette estime ?
Je suis réconfortée car les femmes sont libérées dans le ministère. En plus, cela signifie que je suis sur la bonne voie. Avant, de nombreuses appelées restaient clouées sur les bancs. Mais aujourd'hui, plusieurs hommes de Dieu travaillent de concert avec leurs épouses. Parmi elles, on dénombre un taux important de pasteurs. Ce qui veut dire que les femmes commencent à être acceptées, en tant que ministre de Dieu. Désormais, le couple travaille ensemble pour l'église. Mais l'épouse d'un pasteur ne devient pas forcément pasteur. Tout dépend de la vocation.

Combien de femmes-pasteurs y a-t-il en ce moment?
Je ne connais pas le nombre exact. Mais depuis ces cinq dernières années, de nombreuses femmes sont devenues pasteurs. J'en ai formé également. Mais je ne me souviens pas du nombre. Dans la pratique, elles exercent aussi bien que les hommes.

Peuvent-elles prêcher pendant la période des menstrues ?
Elles le peuvent. C'est l'ancienne loi qui l'interdisait. Avec la nouvelle alliance, c'est désormais possible.

17 ans après, le regard inquisiteur envers les femmes pasteurs s'est-il amélioré?
Officiellement, le regard a changé dans le bon sens. Mais dans la pratique, les femmes-pasteurs sont toujours persécutées. Il y a des bâtons dans les roues des ministères de femmes. Quand la femme doit servir Dieu, elle est confinée dans le rôle d'évangéliste ou de prophétesse. Quand elle veut devenir docteur ou apôtre, on fronce les sourcils. Quand elle aspire à être bishop, il y a encore des réticences. Les hommes estiment toujours que l'autorité leur revient de droit dans l'église.

Comment êtes-vous devenue bishop ?
Je suis devenue bishop en 2008. Le bishop est un titre honorifique. Le bishop correspond à l'évêque des catholiques. Lorsque vous faites vos preuves dans le ministère, ou que vous bénéficiez d'un bon témoignage, vous avez plusieurs temples, vous êtes bishop. En tant qu'ancienne, nous avons la charge de conduire l'église dans la vérité, la consécration et la sanctification. Mais les femmes deviennent bishop difficilement. J'ai appris récemment qu'une autre femme est devenue bishop. En ce qui me concerne, cela n'a pas été facile. Il y a quatre années de cela, j'ai subi des persécutions liées aux jalousies. Il y a eu des infiltrations dans l'église pour combattre mon ministère. Je me suis mise à l'écart dans la prière et les choses sont revenues à la normale. Mais je ne compte pas m'étendre sur ces affronts. Car, sans épreuves, on ne peut pas vivre de grands événements.

Quelle est votre opinion au sujet des églises évangéliques où prêcher n'est pas libéralisé ?
Les femmes commencent à travailler dans tous les domaines de la vie. Si Dieu permet qu'elles soient pilotes, il faut que ces églises-là libèrent les femmes également. L'heure est avancée et nous ne devons pas aller qu'au seul rythme des hommes. Les femmes veulent compléter le travail. Mais elles ne cherchent pas à prendre la place de l'homme.

Ressentez-vous de la culpabilité, en tant que pionnière, lorsque des couples divorcent parce que la femme s'engage à être pasteur ?
S'il y a des cas de divorces, c'est que, certainement, l'époux en question n'est pas prévu dans le plan de Dieu. Sinon quand Dieu unit, c'est pour consolider et non pour diviser. Jusqu'à présent, des hommes n'acceptent pas que leurs femmes fréquentent l'église, encore moins qu'elles deviennent pasteur. S'ils ne les traitent pas de nonnes, c'est l'?uvre du diable. Il aveugle les hommes. Ces derniers utilisent leur titre de chef de famille pour éloigner la femme de Dieu. Or, avoir une femme chrétienne ou pasteur est plus avantageux que d'avoir une femme fourrée chez les charlatans. Quand une femme s'engage pour Dieu, il y a la bénédiction dans son foyer. La femme est la gardienne de l'univers spirituel du foyer.

Votre position semble radicale en faveur des femmes. N'est-ce pas le discours féministe qui s'invite à l'église ?
Il ne s'agit pas de position radicale ou féministe. Mais je communique la réalité. Le diable conduit des hommes à user du titre de chef de famille pour éloigner les femmes de Dieu. Même en dehors de l'église, les hommes qui s'entendent avec leur épouse, réussissent facilement.

Belles et élégantes à l'autel, les femmes-pasteurs ne sont-elles pas exposées aux courtisans ?
Il doit y avoir des tentations. Mais quand on ne laisse pas le diable faire, on s'en sort. Les femmes qui prêchent, doivent fermer la porte au diable. Ainsi, il va se contenter d'admirer et rien de plus.

N'est-ce pas également fermer la porte à celles qui aspirent au mariage ?
La femme-pasteur ne doit pas se mettre avec n'importe qui. Il faut que le compagnon soit quelqu'un qui travaille pour Dieu. La femme qui sert Dieu, ne craint rien. Le Tout Puissant mettra celui qu'il veut sur son chemin. Ce n'est pas à elle de faire des clins d'?il. Enfin, j'interpelle les femmes. En tant que mères, c'est à elles que revient la restauration de leur foyer et de leur Nation. Que les femmes aient un regard spirituel particulier en cette année du jubilé qui coïncide avec les élections sans se laisser distraire.

Entretien réalisé par Nesmon De Laure

Article paru le 31 juillet 2010

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16 juin 2015 2 16 /06 /juin /2015 17:10
(credit photo: Dr)
(credit photo: Dr)

Le conseil des ministres a adopté, le 3 juin 2015, un projet de loi portant ratification de l’ordonnance du 8 avril 2015, portant création de l’Agence nationale pour l’insertion et l’emploi des jeunes dénommée « agence emploi jeunes ». Cette nouvelle entité répondra-t-elle efficacement au besoin du moment ?


Le concept de l’emploi jeune varie en fonction des pays selon les orientations politiques. Ceci, de même qu’en fonction de la prise en compte de la durée moyenne du chômage. On est considéré jeune au sortir de l’adolescence jusqu’à 24, 30,35, voire 40 ans. « C’est une notion variable selon les contextes », indique Hamoud Abdel Wedoud Kamil, chef du projet emploi jeune à la Banque mondiale (Bm). Nous l’avons rencontré le 3 juin 2015 au siège de la structure à Cocody. Ce dernier explique qu’en ce qui concerne la Côte d’Ivoire, la structure financière mondiale a admis la tranche de 18 à 30 ans comme éligible à l’emploi-jeunes. « On peut faire une extension compte tenu du contexte ce qui permet d’ouvrir certains projets aux 35, 40 ans », note l’expert. Selon les statistiques nationales, la population de la Côte d’Ivoire est à plus de 80% jeune. Mais cette jeunesse se plaint des difficiles conditions d’accès à un emploi durable. Pour accompagner les jeunes dans leur quête, les structures privées et publiques proposent des programmes de formation et d’insertion. Malgré cela, les résultats ne satisfont pas toujours. Soit il est reproché aux jeunes de ne pas concevoir des projets bancables, soit on note des disparités d’autres ordres. Par exemple, pour le premier semestre 2012, seulement 1200 postes ont été offerts pour 20.000 demandes d’emplois sur un objectif annuel de 222.224 demandeurs. Une étude réalisée en 2013 révèle que les secteurs de l’agriculture et du commerce embauche plus de 65 % de personnes tandis que près de 6 525 838 de jeunes sans emploi ou en sous emploi souffrent dans le secteur informel avec tous son lot d’illégalité et d’injustice sur le travailleur. Par ailleurs, de grands travaux et des projets de développement sont annoncés d’ici à décembre 2015. Ils sont censés fournir 1 637 326 d’emploi. À cela s’ajoutent les programmes ciblés d’insertion qui prévoient 140 000 emplois. Comment mieux structurer le secteur de l’offre pour les jeunes ? Comment mutualiser les efforts ?

Une dynamique internationale

Devant ces questionnements, et aussi pour atteindre ses objectifs en matière d’emploi-jeunes, le gouvernement décide de la création de l’Agence nationale pour l’insertion et l’emploi des jeunes dénommée « agence emploi jeunes ». Il s’agit de créer un cadre unique, un guichet unique qui permettra de gérer toute la problématique de l’emploi en particulier l’emploi jeune. «Jusqu’à maintenant, il y avait un grand nombre d’initiatives dans différents ministères et tous cela ne permettant pas d’avoir une claire visibilité sur l’évolution en matière d’emploi en Côte d’Ivoire », déclare Bruno Nabagné Koné, porte-parole du gouvernement. Cette nouvelle agence aura pour mission d’accélérer la dynamique de création d’emplois, « de mieux organiser l’action des différents acteurs du gouvernement, permettra de fédérer et de fortifier tous les efforts menés actuellement, créer plus de synergie entre les acteurs des différents programmes et initiatives en faveur de l’insertion professionnelle », précise-t-il. Il est conscient que la problématique de l’emploi n’est pas réglée car les chiffres de personnes sans emploi ou sous employées sont encore importants. «Tout est mis en œuvre pour réduire leur nombre et c’est cette mission confiée à cette structure », previent Bruno Koné. Ce dernier a par ailleurs rassuré que cette agence viendra en appoint à l’Agepe. Le Président de la République avait déjà annoncé les couleurs le 1er mai dernier. « En ce qui concerne notre jeunesse, j’ai fait prendre une série de mesures afin de rendre plus efficace notre combat pour le plein emploi des jeunes. Pour ce faire nous avons créé une Agence pour l’Emploi, qui consolidera en son sein, les ressources tant humaines que financières existantes », précise le chef de l’Etat à l’occasion de sa première fête de travail depuis son accession au pouvoir. Autrement dit, il s’agit de la fusion des fonds existants en un seul fonds. Ce qui devrait permettre l’éligibilité de plusieurs bénéficiaires, des stages obligatoires pour les jeunes diplômés, la mise en place de politiques fiscales souples. Alassane Ouattara s’engage également à allouer des ressources supplémentaires à cette Agence. « Dans ce contexte, la réforme de la formation professionnelle, couplée à la mise en œuvre d’une série de projets, va permettre d’intégrer, dès cette année, plus de 50 000 jeunes dans la vie active », prospecte-il. Selon nos informations, c’est cette volonté du chef de l’Etat qui a suscité la création d’un ministère spécialisé récemment. Ce ministère qui priorisera l’emploi jeune, serait à pied d’œuvre pour mieux définir ses orientations. Qu’en pensent les bailleurs de fonds ? Hamoud Abdel Wedoud Kamil, l’expert de la Banque mondiale, ne veut pas se prononcer sur les décisions ivoiriennes quand nous sollicitons son avis sur ce guichet unique de l’emploi. Toutefois, il pense que la déperdition n’a jamais été une bonne chose. S’appuyant sur la déclaration de Paris au sujet de l’efficacité de l’aide au développement, M. Kamil estime qu’il s’agit d’une mise en œuvre des recommandations des partenaires. La déclaration de Paris, rappelons-le, insiste sur la mutualisation des efforts et invite à l’unicité d’action. « Beaucoup de pays comme le Maroc, la Tunisie ou le Sénégal sont déjà dans cette dynamique pour l’emploi-jeune. La Côte d’Ivoire est sur la bonne voie », a-t-il commenté.

Des jeunes encore en attente

Le Projet emploi jeune et développement des compétences (Pejedec) enregistre plus de 11480 bénéficiaires depuis 2012. L’Agence d’étude et de promotion de l’emploi note plus de 3792 bénéficiaires, de plate forme de service pour 4525 jeunes pour la même période. Plus 3654 jeunes ont bénéficié de programme d’insertion et de formation de l’Agence nationale de la formation professionnelle. Fort des avancées du Pejedec, par exemple, la Banque mondiale qui le pilote concomitamment avec l’Etat ivoirien, a décidé d’un accompagnement additionnel. Il s’agit d’un décaissement de 50 millions de dollars américains effectué le 1er avril 2015, soit 25 milliards de F Cfa. Ceci, en faveur de l’emploi et des programmes de formation professionnelle à l’intention des jeunes. « Le crédit fournit une aide financière au pays pour instaurer un revenu temporaire à l’intention d’une jeunesse vulnérable et lui offrir des débouchés », indique la note d’information de la structure. Le crédit accordé va permettre de développer davantage le " projet pour l’emploi des jeunes et le développement des compétences en Côte d’Ivoire" lancé en 2011 et financé à hauteur de 25 milliards de F Cfa.

Malgré ces initiatives, la demande reste forte. David Konan, président du collectif des handicapés diplômés sans emploi, est toujours sur sa faim. «Cela fait bientôt quatre ans que moi et d’autres personnes en situation de handicap avons postulé en vain. Au fait, c’est le système lui-même qui est fait ainsi. Quant à l’idée d’une structure pour s’occuper de l’emploi-jeune, je souhaite qu’elle ne soit pas étatique. Qu’elle soit issue de la société civile. Et elle pourra prendre en compte les préoccupations de tous, y compris les handicapés », réagit-il. Soloman Sanogo, président du Conseil des jeunes du district d’Abidjan (Cojeda) salue le guichet unique de l’emploi. Il pense qu’il doit s’axer sur des résultats concrets. « La création d’une agence de l’emploi est une bonne chose. Mais on ne va pas toujours rester dans la théorie, le chômage est une réalité, même s’il est vrai que dans aucun pays du monde on n’a pu résorber le chômage à 100%. Mais il faut que tout ce que nous sommes en train de faire soit accompagné d’une réelle volonté politique », souhaite le jeune leader. A bon entendeur.

Nesmon De Laure

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16 juin 2015 2 16 /06 /juin /2015 17:02
Focus santé/ Céphalées, perte de mémoire…  Quand les troubles du sommeil gâchent la vie

Les insomnies sont à l’origine de diverses maladies chez l’homme. Les spécialistes que nous avons contactés donnent des conseils pour bien dormir.

«Je dors à 21 heures, mais vers 2 heures du matin, je me réveille et je tourne en rond pendant une heure de temps pour me rendormir vers 4 h.» Jean-Martial Tah-Bi, étudiant en master1 de Droit est tout triste lorsqu’il nous livre son témoignage ce 20 mai. Le pauvre étudiant se plaint également de céphalées, de mal de tête et de douleurs au niveau des tempes. Son cas n’est pas isolé. Les insomnies sont des raisons récurrentes de consultation à l’hôpital. C’est ce qu’indique le Dr Cissé Lamine, généraliste. Nous l’avons rencontré le 22 mai dernier à l’hôpital de Bingerville. «Nous confirmons la recrudescence de ces cas. C’est un phénomène qui est très urbain», renseigne-t-il. Il développe que contrairement à la campagne où tout est calme et reposant, en ville, les nuisances sonores jouent contre «la qualité et la quantité du sommeil».

Rêver, c’est bien dormir

En effet, selon le praticien, on a bien dormi quand on a fait au moins huit heures de sommeil par jour. Il insiste pour dire qu’on a bien dormi lorsque ces heures n’ont pas été entrecoupées. «Il ne s’agit pas de se coucher pendant 10 heures et d’avoir le sommeil entrecoupé, se lever toutes les deux heures pour s’assoir au bord du lit et se recoucher après une heure ou deux heures», éclaire-t-il. C’est ce qu’il appelle la «quantité» du sommeil. Revenant sur la qualité, le médecin estime que le meilleur sommeil est celui pendant lequel l’on rêve. «Mais en même temps, la qualité du sommeil est importante, car celui qui a dormi profondément, rêve», ajoute le spécialiste. Pour lui, c’est seulement en ce moment qu’on peut dire qu’on a bien dormi. Le sommeil ne permet pas seulement de reprendre des forces, il est indispensable au développement cérébral ou encore pour assurer certaines fonctions métaboliques. «Quand on dort bien, on rêve et c’est ce rêve qui permet à l’organisme de bien se régénérer», éclaire-t-il. Autrement dit, quand on ne dort pas bien, c’est grave. «Quand vous ne dormez pas bien le cerveau ne se régénère pas,et quand le cerveau ne se régénère pas, à la longue vous avez ce qu’on appelle une dette de sommeil. Vous commencez à avoir des confusions, des troubles de la mémoire, des céphalées», avertit le Dr Cissé. Dr Abonga Félix, un autre généraliste rencontré dans une clinique à Treichville, au cours de la même journée, abonde dans le même sens. Il développe que «les nerfs qui entourent le cerveau prennent un coup, puisqu’ils n’ont pas assez d’oxygènes, donc pas assez d’énergies.» Il ajoute que le cerveau étant le centre de la mémoire, vous perdez les informations que vous aviez emmagasinées. C’est pourquoi, il proscrit aux élèves en classes d’examen les révisions tard dans la nuit. Un rapport sur la santé produit par des spécialistes de Harvard et publié récemment par le site du huffingtonpost insiste sur les effets néfastes du manque du sommeil. Ainsi, le rapport n’écarte pas l'hypertension artérielle, l'athérosclérose (des artères bloquées par le cholestérol), les insuffisances cardiaques et les infarctus. De même, une étude publiée en 2013 et portant sur 953 jeunes hommes du Danemark, a démontré que ceux qui présentaient des troubles du sommeil importants avaient une concentration de spermatozoïdes inférieure de 29%. Autrement dit, le manque de sommeil affecte directement la fertilité. Pourquoi dort-on mal et comment y remédier ?

Insomnie: attention aux pertes de mémoire

Nos spécialistes citent, entre autres, l’abus des stupéfiants et des excitants au nombre des causes de l’insomnie. Ils intègrent aussi la cyber-dépendance et le stress parmi les raisons des troubles du sommeil. C’est pourquoi, le Dr Cissé pense qu’il faut agir de cause à effet pour y remédier. «Toute addiction est nuisible, si vous aimez trop le jeu, si vous avez une addiction de l’internet, arrêtez. Si vous êtes toujours devant la télé, jusqu’à des heures indues, cela est aussi mauvais. Il y a toujours un juste milieu. L’hygiène de vie, c’est savoir s’arrêter» Il déconseille l’abus de stupéfiants. Et recommande de planifier son temps, en ayant à cœur de bien dormir. Pour ce qui est de la prise en charge médicale, les médecins recommandent des tranquillisants. «Quand vous prenez des somnifères, c’est trop puissant. Vous vous réveillez la bouche pâteuse. Les tranquillisants sont préférables.» Mais il faut tout faire pour ne pas dépendre des médicaments, en adoptant une bonne hygiène de vie.

Nesmon De Laure

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2 juin 2015 2 02 /06 /juin /2015 20:50
Nicolas Castellano regrette l’absence de politique migratoire entre la Côte d’Ivoire et l’Espagne. (ph: Francis Taki)
Nicolas Castellano regrette l’absence de politique migratoire entre la Côte d’Ivoire et l’Espagne. (ph: Francis Taki)

Nicolas Castellano est un journaliste espagnol qui travaille sur les migrations depuis quinze années. Nous l'avons rencontré au cours d'un séminaire sur les migrations africaines à Abuja les 28 et 29 avril 2015 . Il livre son témoignage sur l’arrivée des immigrants sur les côtes espagnoles.

Quelles sont les nationalités récurrentes parmi les migrants africains qui accostent en Espagne?

En 2014, il y avait 606.000 personnes qui sont arrivées par la mer. Les migrants sont pour la plupart des Maliens, des Sénégalais, des Guinéens. Il y a d’autres qui viennent de la Côte d’ivoire, du Burkina Faso aussi. Mais les plus importants restent les Maliens, les Sénégalais et les Algériens. Il y a une autre route pour entrer en Espagne par le nord du Maroc. Chaque jour, il y a des groupes de migrants qui essaient de passer à l’arrière, c’est une route très difficile. Il y a eu l’année dernière 15 morts à cet endroit. Quand un groupe de migrants a essayé de passer à l’arrière, la police les a abattus. Il y avait un problème de respect des droits de l’Homme à la frontière Espagnole et les Nations unies ont enquêté en Espagne pour ce type d’épisodes. Les chiffres au niveau de l’Italie l’an passé indiquaient 170.000 personnes.

Est-ce uniquement pour des raisons économiques qu’ils prennent tous ces risques ?

Ce n’est pas seulement pour des raisons économiques. La plupart des gens qui accostent en Italie et en Espagne, sont souvent des réfugiés, des gens qui fuient les guerres et les conflits, par exemple, au nord du Nigéria, au nord du Mali ou par exemple, l’instabilité en Lybie, en Somalie, etc.

Que ressort-il de vos échanges avec les migrants Ivoiriens?

En effet, j’ai rencontré des Ivoiriens qui ont fait la traversée. Beaucoup d’Ivoiriens arrivent sur les côtes espagnoles dans de mauvaises conditions. Et quand ils arrivent en Espagne, la situation se complique. Parce que ce n’est pas évident d’arriver en Espagne et de trouver du travail, vu qu’il est quasiment impossible d’obtenir les papiers. Normalement, pour obtenir les papiers, les Ivoiriens et autres Africains doivent patienter au moins trois années. Donc pendant les trois années, la vie est très difficile. Ces immigrés ne peuvent pas envoyer de l’argent à leurs parents chez eux en Afrique. Souvent, on leur envoie même de l’argent à partir de l’Afrique.

Comment sont-ils pris en charge dans les centres d’immigrés?

Il y a deux types de centre. Les premiers centres où les migrants arrivent s’appellent centres d’internement de migrants. Ils doivent rester là-bas pendant 70 jours. C’est comme en prison. Ils ne peuvent pas parler au téléphone, ils ne peuvent pas sortir, ils ne peuvent rien faire. Si l’Espagne avait un accord avec le gouvernement ivoirien, ce serait aisé de les rapatrier. Par exemple, les migrants Sénégalais et Marocains sont détenus pendant 60 jours et peuvent être rapatriés convenablement, selon les accords entre l’Espagne et leur pays. Le Mali, la Guinée et le Niger ont aussi des accords avec l’Espagne. Dans ce cas, on peut rapatrier leurs citoyens par avion.

Quelle est la seconde étape, après les centres dits d’internement ?

Ceux qui sortent des premiers centres, peuvent passer en centre d’accueil. Là-bas, ils peuvent faire trois mois maximum. Après cela, ils sont à la rue, sans rien. Ils ne peuvent pas travailler puisqu’ils n’ont pas de papiers. Mais il y a des gens qui ont fait tous les sacrifices, qui supportent et finalement, après trois années, ils ont leurs papiers et peuvent travailler. Mais il y a aussi des personnes qui sortent de l’Espagne pour la France. Parce que l’Espagne c’est la porte d’entrée de l’Europe. C’est comme l’Italie. Normalement, les anglophones vont au Royaume Uni et les francophones vont généralement en France. Si c’est un cas de réfugiés, ils vont au nord de l’Europe, parce que là-bas c’est plus facile d’accueillir les réfugiés.

réalisée à Abuja par Nesmon De Laure

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2 juin 2015 2 02 /06 /juin /2015 20:33
L'examen oral est un face à face comme illustré ici. ( crédit ph:Dr)
L'examen oral est un face à face comme illustré ici. ( crédit ph:Dr)

Le sujet n’est pas nouveau. Mais il prend des proportions de plus en plus inquiétantes. Le racket aux épreuves orales et physiques des examens à grand tirage est en passe de s’institutionnaliser. Notre constat.

Les épreuves orales du Brevet d’études du premier cycle (Bepc) débutent ce 2 juin 2015. Elles prennent fin le 5 juin prochain. Et déjà, certains enseignants se frottent les mains. Cette période est considérée comme une « traite ». D’après les témoignages recueillis, c’est le moment idéal pour faire prospérer le racket. De quoi s’agit-il ? La composition orale se déroule entre l’élève et l’encadreur. Ils s’asseyent face-à-face dans une salle de classe aménagée pour la circonstance.

2000 FCfa pour obtenir 16/20 à l’oral d’anglais

L’élève est sensé répondre aux questions de l’enseignant dans la langue programmée. Pour ce qui est du Bepc, c’est l’anglais. Il s’agit là, de la règle. Mais dans la réalité, ce simple rituel connaît d’autres déviations. C’est très souvent que les enseignants exigent de l’argent aux impétrants pour leur rétribuer de bonnes notes. La conséquence est que les candidats fournissent moins d’efforts pendant que les enseignants s’enrichissent frauduleusement, entachant ainsi les examens. Et la pratique décriée au fil des ans, résiste. On est tenté d’écrire qu’elle s’institutionnalise. Les élèves ayant composé l’année dernière et que nous avons approchés sont unanimes. Les notes sont arrimées à des prix précis. Pour obtenir une note de 16/20, par exemple, il faut payer 2000 FCfa. En tous cas, c’est la somme déboursée par trois candidats au Bepc, aujourd’hui en classe de seconde. HK, l’un d’eux, a composé au Lycée moderne de Port-Bouët. Il se souvient : « je suis un élève brillant en anglais. En classe, mes camarades m’avaient surnommé Shakespeare. Mais le jour de mon passage, l’examinateur a exigé 2000 F. Il était nerveux quand je lui ai dit que je n’avais pas d’argent. J’ai compris qu’il fallait faire quelque chose pour sauver ma peau. Un ami a accepté de me prêter de l’argent », se remémore le jeune élève. Au baccalauréat également, ce type de tricherie est courant. Pour obtenir de bonnes notes à l’oral de français, d’anglais, d’espagnol ou d’allemand, les candidats payent également 2000 F. Un tarif confirmé par un enseignant de français joint par téléphone à Gagnoa. On le voit, la pratique se rencontre d’un examen à un autre, comme si on avait affaire à un tarif homologué. L’ampleur du phénomène plonge les candidats dans l’angoisse. Certains se confient même à Dieu. Cela paraît cocasse, mais c’est une réalité. Deux fidèles d’une église évangélique à Abobo, précisément au Plateau-Dokui ont demandé « d’intenses prières » pour ne pas être confrontés au racket. Ces derniers devaient composer pour les épreuves physiques du Bepc. « Le responsable de l’église lisait les bouts de papiers déposés à l’autel par les fidèles à la fin du culte un dimanche en début mai, quand tout d’un coup il est tombé sur la demande d’intercession de nos deux frères », raconte Irié-Bi Béda, fidèle de ladite église. Il précise que les devanciers de ces derniers leur ont rapporté que les notes sont vendues à partir de 500 FCfa. Nos investigations permettent de certifier le prix imposé. C’est le même tarif qu’ont déboursé la semaine dernière pour lesdites épreuves, certains candidats.

L’angoisse des candidats

Les élèves contactés à Abobo et à Yopougon avancent avoir payé 500 FCfa. « Je n’avais pas le choix. On nous a demandé de payer 500 F pour obtenir de bonnes notes. J’ai donc payé », confie Mariam Bamba, élève à Yopougon. A Gagnoa, les candidats ont payé plus. « Dans la plupart des centres, le tarif est généralement de 2000F », témoigne notre contact sur place. Nous l’avons interrogé le 23 mai, alors que les épreuves physiques avaient cours. Un enseignant d’Education physique et sportive qui requiert l’anonymat, accepte de lever un coin du voile sur la méthode utilisée pour échapper à la vigilance : « l’enseignant n’encaisse pas directement l’argent. Le chef de classe dresse une liste avec les noms des candidats qui sont partants pour la magouille. S’il y a dix noms, il est sûr d’empocher 20 mille F et sa journée est gagnée ». C’est que, d’emblée, les élèves savent dans quel centre ils vont composer. Le professeur demande alors à ceux qui doivent passer avec lui d’attendre sur le terrain de volley-ball, par exemple. Le temps qu’il arrive, il a au moins quinze à vingt minutes pour conclure le marché avec le chef de classe. C’est ce dernier qui collecte l’argent et le remet à l’encadreur. TB Saint-Clair, enseignant dans le privé à Cocody-Angré avec qui nous avons échangé le 1er juin 2015, reconnaît que le racket s’institutionnalise. Il condamne la pratique et pense que les enseignants du privé sont les plus impliqués. « Il est connu que les enseignants du privé n’ont pas un bon traitement salarial. Alors, quand approchent les vacances scolaires, ils sont dans le tourment. Comment aborder les mois de juillet, août septembre ? En rackettant les candidats, ils se préparent à vivre les mois de la déprime avec moins d’acuité », justifie-t-il. Pour endiguer ce genre de fraude, notre interlocuteur pense qu’il faut payer les enseignants du privé au Smig. Pour lui, il faut également revoir les affectations des profs dans les centres d’examen. « Pour ne plus payer les frais de mission, les enseignants ne font plus de rotation de ville en ville. Ils restent sur place, dans un environnement qu’ils maitrisent le mieux. C’est un risque de fraude massive », prévient TB Saint-Clair. Même s’ils connaissent une revalorisation salariale, les enseignants du public n’échappent pas aux critiques. Siaka Traoré, secrétaire général du Syndicat national des enseignants du second degré de Côte d’Ivoire (Synesci) reconnaît l’existence de brebis galeuses dans leur rang. « Nous ne nions pas la pratique, mais sachez que c’est une minorité qui jette l’opprobre sur la corporation », avoue-t-il, joint par téléphone. Il se désolidarise des arguments liés au traitement salarial. « Rien ne justifie le racket. C’est un problème d’éthique et de moral », condamne M. Traoré, les adeptes. « Les autorités semblent ignorer ou du moins accorder peu d’intérêt aux épreuves physiques et orales alors que la sécurisation des examens doit commencer à ce niveau », peste O. Kouamé, un parent d’élèves excédé.

La Deco se défend

Ce dernier dénonce également certains complices parmi les parents d’élèves. « Souvent, ce sont les parents qui donnent un pourboire à leur enfant afin qu’il le remette à l’enseignant », s’indigne-t-il. Aka K. Edouard, vice-président de l’Union nationale des parents d’élèves et étudiants de Côte d’Ivoire (Unapeeci), dédouane ses pairs. « C’est parce que la pratique s’est installée que certains parents se laissent entrainer. Ils ont peur de voir échouer leur enfant par défaut d’argent », note-t-il, sans toutefois approuver la démarche. Prenant la mesure des faits, Aka K. Edouard, propose l’utilisation des caméras de surveillance dans les centres pour les examens oraux. « Ce serait une bonne chose de dégager trois ou quatre salles de classe munies de caméras de surveillance pour les épreuves orales », recommande-t-il.Le secrétaire général du Synesci estime que ce ne sera pas efficace : « s’il y a des caméras dans les salles, les mauvais enseignants trouveront le moyen de racketter en dehors de la salle », est-il pessimiste. Pour lui, il faut mettre l’accent sur la sensibilisation et la sanction. Il a peut-être raison. Nombre des enseignants interrogés pensent que le dispositif sécuritaire aux écrits permet de mettre en déroute davantage de fraudeurs qu’aux oraux. Pour l’entrée en sixième, par exemple, ceux des instituteurs qui avaient l’intention « d’aider » leurs élèves n’y sont pas parvenus. Cependant, une source à la Direction des examens et concours (Deco), jointe également le 1er juin par téléphone, ne partage pas l’idée d’une porosité de la sécurisation des examens oraux et physiques. « Nous maintenons le même dispositif tant à l’écrit qu’à l’oral. Les inspecteurs, le ministère et tous les acteurs de la sécurisation font leur travail.» Cependant, notre interlocuteur reconnaît des difficultés sur le terrain. « Lorsque nous interrogeons les élèves, ils ne disent pas qu’ils ont été rackettés, soit pour protéger leurs notes, soit par peur de dénoncer les enseignants. Or, il faut que les fautifs soient pris la main dans le sac car il est difficile de parler de racket si nous n’en avons pas les preuves », indique notre interlocuteur. Toutefois, ce contact insiste pour dire que des tricheurs sont souvent appréhendés lors de ces examens. « A l’écrit, les copies sont physiques. Il est donc difficile de nier la fraude. Du coup, on appréhende facilement les tricheurs », analyse le travailleur de la Deco. Par ailleurs, cette source n’est pas opposée à l’idée d’une réglementation spéciale pour les épreuves orales et physiques. Pour rappel, 293 726 candidats au Bepc, sont repartis dans 533 centres à travers le pays. Quant au baccalauréat, ils sont 220 557 candidats à courir derrière le sésame dans 375 centres.

De la nécessité d’une réglementation spéciale

Les différents cas de figure mis en exergue par la Direction des examens et concours (Deco) au sujet des fraudes sanctionnées, semblent le plus concerner les épreuves écrites. Ceci, même si notre source dans cette administration s’en défend. Selon les dispositions de la Deco, l’absence de la signature du surveillant de même que l’absence de sticker sur la copie du candidat correspondent à un ajournement doublé d’une interdiction de trois ans au même examen ou concours. Pour deux copies conformes, il est prévu l’ajournement en plus de l’interdiction de deux ans au même examen ou concours. Des écritures différentes constatées sur la même copie, de même que, deux copies pour le seul candidat dans la même épreuve correspondent à un ajournement et une interdiction de cinq ans de composition au même examen ou concours. Les enseignants que nous avons interrogés s’accordent à constater plus de rigueur à l’écrit qu’à l’oral. « A l’oral, nous arrivons à passer entre les mailles du dispositif», avoue K.J., enseignant à Divo, joint par téléphone le 25 mai dernier. « Nous sommes dans un face-à-face avec les élèves, ce n’est pas évident d’être pris pour tricherie », semble-t-il confiant. Si la surveillance parait moins dure à l’oral et à l’épreuve physique, le code pénal, lui, ne laisse pas de doutes planer. Il sanctionne bel et bien la tricherie et la fraude aux examens et concours en ses articles 275 et 277. Se fondant sur ce code, les autorités en charge de l’éducation, pourraient pencher pour une réglementation spéciale, prenant en compte la spécificité des examens oraux et physiques.

Nesmon De Laure

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