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18 mai 2015 1 18 /05 /mai /2015 17:08
 (photo: Dr)
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Dr Emma Usman Shehu, enseignant et activiste, est l'un des leaders du mouvement « Bring Back Our Girls » au Nigéria. Nous l’avons rencontré à Abuja le 30 avril dernier. Un an après l’enlèvement des lycéennes de Chibok, il plaide pour plus d’implication des Africains dans la lutte contre le terrorisme.

Comment a été mis en place le mouvement « Bring Back Our Girls » ?

Le 14 avril 2014, tout le monde a été alerté que des filles ont été kidnappées à l’école. L’opinion attendait que quelque chose soit fait. Les militaires ont promis de les libérer. Après, il y avait une contradiction. Il n’y avait pas de libération. Alors, les populations de Chibok attendaient des nouvelles. Deux semaines après, elles sont venues à Abuja, se sont mobilisées et ont vigoureusement protesté. En tant que citoyens, nous avons rejoint la protestation. Le 24 avril 2014, Hadiza Bala Usman, l’une des principaux fondateurs du mouvement, est rentrée en contact avec Maryam Uwais, une militante des droits des femmes ici au Nigéria. C’est ainsi qu’elles ont lancé un message invitant le peuple à se lever. Ce qui a été fait. Parallèlement, Oby Ezekwesili, un juriste qui travaille à Abuja a lancé le tweet « Bring Back Our Girls ». C’est comme cela que l’expression est née. Mais il y avait aussi d’autres groupes. Un autre activiste a écrit une lettre invitant les personnes sensibles à la question pour un meeting. Nous avons décidé de mener une marche ensemble.

Où ont lieu les manifestations ?

Le premier jour, nous nous sommes retrouvés au parc Fountain unity (Ndlr : fontaine de l’unité) du centre d’Abuja. Et cet endroit est devenu jusqu’à ce jour le lieu de la protestation. Nous n’avons plus arrêté. Sauf les deux jours de l’élection présidentielle. Cela fait 366 jours (Ndlr : au 30 avril 2015) que nous protestons à la même place. Quand nous nous retrouvons là, nous décidons de ce qu’il y a lieu de faire pour maintenir l’attention sur le sujet.

Pourquoi avoir choisi ce parc comme le principal lieu de la protestation ?

C’est un parc où se trouve également le drapeau de la nation nigériane. Nous l’avons trouvé symbolique parce qu’il s’agit d’une cause nationale. La plupart d’entre nous ne sont pas originaires de Chibok ni ne vivent à Chibok. Beaucoup ne connaissaient pas cette ville. C’est à partir de l’enlèvement que le nom est resté dans la conscience collective. Dans le passé, si j’avais des élèves originaires de Chibok, cela ne me disait rien. Mais aujourd’hui, le nom de la ville a une nouvelle connotation.

Êtes-vous en contact avec les familles des victimes ?

Bien sûr. Nous avons contacté les responsables de la communauté de Chibok d’Abuja. Certains étaient à la manifestation ce matin (30 avril). Et même hier, ils étaient encore avec nous. Avec l’annonce de la libération de certaines filles, les parents depuis, Chibok ont le regard tourné vers Abuja. Le 14 avril dernier, pendant l’anniversaire de l’an un de l’enlèvement, la communauté de Chibok est venue en masse.

Quel est l’état d’esprit des filles qui ont pu s’échapper des mains des terroristes ce jour ?

Lorsque nous avons commémoré les cent jours de l’enlèvement, nous avons remarqué que des otages étaient toujours entre les mains des terroristes. Pour nous, le gouvernement ne faisait pas assez pour leur libération. Il y avait pas mal de contradictions dans le discours du gouvernement à l’époque. Alors, nous avons décidé d’organiser un événement et nous avons invité Malala, l'adolescente afghane grièvement blessée par les Talibans pour être allée à l'école. Nous avons aussi invité quelques rescapées. Deux sont venues et ont rencontré Malala. Elles ont pu échanger avec cette jeune fille qui a vécu une expérience similaire et qui l’a surmontée. Cela les a encouragées. Quand les filles sont arrivées, nous avons constaté qu’elles étaient toujours effrayées. D’ailleurs, au début, elles ne voulaient pas venir au lieu du rassemblement parce qu’elles se sentent toujours menacées par Boko Haram. Elles se disent que les terroristes sont partout. Elles avaient un regard vague, en somme, elles sont toujours traumatisées. Nous avons découvert que depuis leur fuite, aucun membre du gouvernement n’est allé prendre de leurs nouvelles. L’armée n’a pas recueilli leur témoignage. Elles n’ont bénéficié d’aucune attention du gouvernement.

Discutez-vous avec le gouvernement ?

Bien sûr. Nous avons forcé une marche devant l’Assemblée nationale. Nous avons rencontré le président du Senat. Nous avons tenté de marcher jusqu’à la Présidence, mais nous avons été stoppés par un représentant du Président Goodluck Jonathan et certains ministres en cours de marche. L’envoyé du Président nous a dit que ce dernier ne pouvait pas nous recevoir compte tenu de son agenda chargé et qu’il nous recevrait bientôt. Nous avons insisté et la police nous a dispersés à coup de gaz lacrymogène. Alors, nous avons déposé un courrier contenant nos revendications, dont la mise sur pied d’un fonds pour la prise en charge des victimes et leur réhabilitation. Nous avons retenté de rencontrer le Président mais, il a une fois de plus refusé. Nous pensons qu’il devrait en tant que père de la nation, aller jusqu’à Chibok et échanger avec la population. C’est seulement quand Malala est venue et qu’il l’a reçue, qu’il a admis de rencontrer les gens de Chibok qui étaient présents à Abuja. Ce n’est pas juste. Les ressortissants de cette localité ont également trouvé cela injuste. En Afrique, nos coutumes veulent qu’on se déplace vers les populations en détresse pour leur apporter un réconfort. Ce n’est pas le sens inverse. Ce n’est pas un bon leadership.

On a également noté la visite de trois membres du congrès américain. cela a-t-il fait évoluer le débat ?

Effectivement, trois membres du congrès américain sont venus au Nigéria. Ils nous ont rencontrés et ont également rencontré le Président. Ils lui ont répété qu’il fallait un fonds pour la prise en charge des victimes du terrorisme. C’est seulement parce que des gens sont venus de l’extérieur qu’il a adhéré à cette proposition que nous faisions depuis. Vous voyez, nous faisons tous les efforts, mais nous sommes attaqués, traités d’opposants au régime d’alors. Il y a eu un temps, où nos manifestations ont été interdites, mais nous avons résisté parce que selon les lois nigérianes, les manifestations pacifiques sont autorisées.

Le 27 avril dernier, l’armée nigériane a annoncé la libération de 293 filles et femmes du fief de Boko Haram. Que représente cette actualité pour votre mouvement ?

Le 14 avril dernier, le gouvernement a promis qu’avant fin mai 2015, il sauverait des otages. Mais pour nous, l’armée doit faire un bilan hebdomadaire aux familles. Les familles des victimes doivent savoir ce qui est entrepris. Mais jusqu’à présent, nous n’avons pas de point clair pour savoir si effectivement des filles ont été libérées. Dans tous les cas, si elles le sont vraiment, c’est une bonne nouvelle. Nous pensons que le gouvernement a là l’opportunité de montrer que le cas Chibok l’affecte également. Il faut une solution. Je pense que c’est pour cette raison sécuritaire que de nombreux électeurs ont boudé le candidat, Président sortant, Goodluck Jonathan, pendant le scrutin. Sa défaite est un vote sanction.

Quelle est la suite de votre combat avec l’avènement de nouvelles autorités au lendemain de la présidentielle ?

Nous avons produit une déclaration aujourd’hui même (Ndlr : 30 avril) que nous allons acheminer vers les nouvelles autorités. Nous disons qu’en ce qui nous concerne, peu importe le parti auquel appartient le président de la République, il est de sa responsabilité de sauver les filles. Chaque Nigérian a le droit d’être en sécurité dans son pays. Si nous sommes en fin mai 2015 et que les filles ne sont pas libérées comme l’a promis le nouveau Président, Muhammadu Buhari, notre démarche ne va pas changer. Nous allons poursuivre nos manifestations. Seulement qu’il ne commette pas la même erreur que l’ex-Président Goodluck Jonathan qui nous traitait d’opposants. Il risque de subir le même sort que ce dernier. Nous maintenons la même pression, car on a le droit de savoir où se trouvent ces filles. Sont-elles en vie ? Sont-elles mortes ? On doit savoir. Elles ne doivent pas être mariées sans la permission de leur parent, ni sans leur propre consentement. C’est une violation flagrante de leurs droits.

En dehors des lycéennes, les enlèvements continuent par endroit au Nigeria. Comment la population appréhende-t-elle cette situation ?

La population est terrorisée par la situation. Les populations du nord sont dans le désarroi. Même ici à Abuja, il fut un moment où les gens avaient peur de sortir parce qu’il y a eu un attentat à la bombe. Si ici à Abuja, où il y a permanemment une sécurité maximum, les gens ont eu peur, imaginez ailleurs. Ce sont des emplois perdus avec les mouvements des populations. Vous connaissez bien les méthodes des membres de Boko Haram. Ils enlèvent les gens, les découpent, les violent, ils attaquent à la bombe. C’est terrifiant. Les gens ont peur de perdre leur business, spécialement dans les villes où des incidents ont eu lieu. Les gens ont peur de s’aventurer dans le nord.

On constate qu’en plus du Nigéria, le terrorisme prend de l’ampleur en Afrique. Il y a eu récemment l’attentat de la terrasse au Mali, puis celui d’une cité universitaire au Kenya. Quelle solution globale envisager pour sécuriser le continent ?

Quand nous avons entamé notre mouvement, la communauté internationale s’est mobilisée. Même les médias publics locaux ne couvraient pas nos manifestations parce qu’ils avaient peur de la réaction de l’Etat, déjà que nous étions traités d’opposants. Et pourtant, il s’agit d’un mouvement citoyen. Des filles enlevées à l’école, dans le nord où l’accès à l’éducation n’est pas évident pour les filles, c’est un grand problème. 276 lycéennes dont 57 ont réussi à s’échapper, cela devrait interpeller les medias locaux. Hélas. Aujourd’hui, le monde entier s’y intéresse grâce aux medias internationaux. Les Etats-Unis ont mis l’expertise américaine au service de l’Etat. Vous voyez, la solution est internationale. Nous poursuivons la pression et nous invitons la société civile africaine à se lever également pour que nos gouvernants prennent à bras le corps la question du terrorisme. La solution n’est ni locale, ni régionale. Elle est mondiale. C’est pour cela que lorsque des élèves ont été enlevés au Pakistan, nous avons exprimé notre indignation et notre soutien aux victimes devant l’ambassade pakistanaise à Abuja. Pendant l’événement de Garisa au Kenya, nous avons consacré l’une de nos manifestations journalières, à la solidarité avec les victimes kenyanes. C’est ce que nous pouvons faire à notre niveau. Nous pensons que c’est grâce à notre protestation que les chefs d’Etat africains ont été obligés de prendre part à un sommet en France sur le sujet.

Quel message particulier aimeriez-vous adresser à l’opinion africaine ?

Les Etats africains doivent réaliser que le terrorisme est une question sérieuse. Boko Haram agit au Cameroun, au Niger, au Tchad. Ils sont en relation avec les islamistes. Toute l’Afrique est menacée par le terrorisme. En Lybie, dernièrement, c’est un Sénégalais qui portait la bombe. Cela veut dire que nous avons des ressortissants ouest-africains qui s’entraînent en Lybie. Nos Etats devraient être interpellés. Les leaders africains ne doivent pas croiser les bras, au risque de voir tout le continent affecté par les pratiques macabres des groupes terroristes.

Interview réalisée à Abuja par Nesmon De Laure

et traduite de l'anglais par Nesmon De Laure

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18 mai 2015 1 18 /05 /mai /2015 15:28
Interview/Achy Seka, infirmier spécialiste à l’hôpital psychiatrique de Bingerville : « La déception amoureuse est une cause récurrente de la maladie mentale chez la jeune fille.  »

Achy Seka, est le surveillant général de l’hôpital psychiatrique de Bingerville. Dans cette interview, l’infirmier spécialiste énumère des causes de la pathologie psychiatrique et évoque la prise en charge médicale.

Qu’est ce qu’on appelle pathologie psychiatrique ?

La pathologie regroupe les affections qui touchent le comportement du malade. Il est perturbé tant dans son comportement que dans son raisonnement. Ce qui peut l’emmener à un délire et il peut devenir agressif en fonction de son délire.

A quelle proportion le centre est-il fréquenté ?

Nous enregistrons 4 à 6 mille consultations par an. Les consultants, c'est-à-dire ceux qui viennent pour la première fois avoisinent 1500 à 2000 cas par an. Les cas d’hospitalisation se situent entre 1100 à 1300 pour la même période.

Quels sont les cas qui se présentent très souvent à vous ?

Il y a les schizophrènes. Le malade qui n’est apparemment pas dangereux, qui n’est pas agité, qui n’agresse pas, peut le devenir subitement. Ce sont des gens que nous voyons avec des cheveux drus au bord des rues. Ils ne s’occupent de personne mais peuvent subitement réveiller leur délire et commettre des meurtres. Il y a des anciens malades, ceux-là ont une perturbation de l’humeur. L’humeur peut être gaie. Ce sont eux qu’on voit au carrefour en train de crier, de faire beaucoup de bruits. Il y a aussi des déprimés qui sont le plus souvent calmes. Ils sortent d’une rupture de mariage, rupture de passion. Ou même quelqu’un qui était heureux et qui rencontre un malheur. Un chef de cabinet démis de ses fonctions par exemple peut tomber dans la dépression. Les troubles de l’humeur prennent une grande part dans les consultations.

La maladie mentale n’est-elle pas également liée à la santé physique de l’individu ?

On a aussi des troubles mentaux organiques. A un niveau élevé, le Sida peut atteindre le cerveau. Le malade peut tremper dans un délire. La méningite peut aussi entrainer la perturbation du psychisme du malade. Les troubles névrotiques se présentent ici. Ce sont des situations post-crise. Quelqu’un qui sort d’un viol ou d’un accident est traumatisé. Quand il voit des personnes venir vers lui, il a peur. Mais il ne sait pas de quoi il a peur.

Quelle est la population la plus exposée ?

Nous ne recevons pas les enfants,(les enfants victimes de maladies mentales sont reçus dans un centre spécialisé au sein de l’Institut national de la santé publique d’Adjamé,ndlr) mais plutôt les adolescents à partir de 16 ans, les femmes et les hommes. Dans les statistiques, nous recevons plus d’hommes que de femmes. Mais il n’y a pas de raisons scientifiques qui l’expliquent.

Les crises politico-militaires survenues en la Côte d’Ivoire ont-elles gonflé les consultations dans votre hôpital ?

Bien sûr ! C’était la première fois que la population entendait des coups de canons et des détonations sans pareil. Nous avons reçu beaucoup de malades car ils étaient perturbés. Nous avons reçu des cas d’anxiété, des névrotiques. Ils viennent, ils ont peur mais ils ne savent pas de quoi ils ont peur. Cela est lié à la crise. La perte de l’emploi peut entraîner une dépression. L’individu ne sait pas où trouver des moyens pour s’occuper de sa famille.

Le travailleur qui ne perçoit pas son salaire peut-il développer des troubles psychiatriques ?

Oui. Les travailleurs sont aussi stressés. On leur demande souvent le rendement qui n’arrive pas. On lui exige des résultats. Cela entraine beaucoup de perturbations.

Quelles sont les causes récurrentes de la maladie mentale ?

La déception amoureuse est une cause récurrente de la maladie mentale chez la jeune fille. Elles fondent leur espoir autour d’un homme et quand la relation échoue, elles tombent dans l’anxiété, la dépression. Elles peuvent même développer les autres formes des pathologies psychiatriques. La prise de substances psychoactives que sont la drogue, l’alcool, est aussi une cause récurrente.

La crise d’adolescence est-elle une pathologie psychiatrique ?

La crise d’adolescence cache un peu la pathologie psychiatrique. Les schizophrénies débutent tôt. Or c’est à ce moment que se développe la crise de l’adolescent. Ce qui trahit un peu les parents. Puisque les parents ont du mal à accepter la maladie mentale, il pense tout de suite à une crise d’adolescence. Ce genre de cas se présente à nous. Le plus souvent, la crise d’adolescence n’est pas loin des états psychopathiques. Les psychopathes ont un comportement pervers. Les enfants qui fuguent, dorment dans les rues, développent ainsi des comportements psychopathiques. On a l’impression qu’ils le font d’eux-mêmes, mais c’est plutôt un comportement psychopathique. Ils peuvent aller voler, tuer sans remord.

Dans ce cas, peut-on inscrire le phénomène des « enfants microbes » dans le cadre des comportements psychopathiques ?

Oui. Le phénomène des « enfants microbes » est un comportement psychopathique.

Est-ce à dire que toutes les couches sociales sont concernées par la maladie mentale ?

Nous recevons tout le monde, toutes les catégories socio-professionnelles. Les sans-emplois, les diplômés, les cadres. Personne n’est épargné par les affections psychiatriques. C’est pour cela qu’on dit tant qu’on est en vie, on peut passer par l’hôpital psychiatrique de Bingerville.

A partir de quel signe doit-on s’inquiéter et venir en consultation ?

Dès que l’individu ne dort pas, cela doit vous interpeller. Le manque de sommeil est un premier signe. Ensuite, vient l’agitation. Le malade commence à tout casser dans la maison. Il change de comportement. Il a des hallucinations. Il rit seul, il pleure seul ou parle seul. Cela veut dire qu’il est dans son moi. Il converse avec un individu. Quand il n’arrive plus à se contrôler et qu’il n’a plus d’hygiène corporelle, et qu’il commence à s’isoler, il faut l’envoyer en consultation chez un psychiatre.

Cela a-t-il un impact sur la prise en charge ?

Non, cela n’impacte pas la prise en charge. Elle est la même. Le traitement est le même pour tous les patients. Sauf que nous avons des chambres VIP pour les gens de classe aisée en fonction des frais de séjour. Le séjour en hospitalisation dure. Nous avons l’habitude de faire un forfait de 20 mille F Cfa pour tous les malades.

Existe-t-il des moyens de prévention de la maladie mentale ?

La santé mentale est l’organe de prévention de toutes les pathologies psychiatriques. Mais des familles sont prédisposées à certaines pathologies. Un enfant qui se drogue, s’il n’arrête pas, peut développer une pathologie. Le côté héréditaire est très faible mais si les parents ont développé des affections psychiatriques, un ascendant peut le développer. Mais c’est rare. Pour revenir sur les moyens de prévention, il faut dire que la bonne santé mentale nécessite une alimentation équilibrée. Il faut éviter les excitants comme la drogue et le tabac. Il faut faire du sport et avoir des loisirs pour mieux être dans son corps et dans sa tête. Il faut rendre visite à ses amis, prendre de l’air, se détendre.

Qu’entendez-vous par l’estime de soi ?

Il faut avoir confiance en ses capacités. Il faut apprendre à se connaître, à accepter ses forces et ses faiblesses afin de pouvoir donner le meilleur de soi à chaque occasion. La santé mentale exige aussi qu’on soit réaliste dans ses besoins et qu’on fasse preuve de bon sens pour satisfaire ses besoins, ses envies, ses désirs. Il faut aussi gérer efficacement son argent, car les problèmes financiers sont source de stress. Autrement dit, pour les dépenses il faut privilégier les choses nécessaires et utiles en évitant celles souhaitées. Il faut maîtriser ses émotions, joie, amour, colère, tristesse, jalousie, et les exprimer dans le respect de l’autre. Accepter les critiques et conseils pour s’améliorer. Ne pas rester dans la solitude ni dans la souffrance en silence. Il faut briser l’isolement. Partager nos joies et souffrances avec l’entourage permet d’en limiter l’importance.

Pour revenir à la prise en charge des maladies mentales, quel en est le coût ?

Le coût n’est pas un problème. C’est plutôt l’acceptation de la maladie par les familles. Les parents préfèrent aller vers les guérisseurs traditionnels. On leur demande des choses à constituer pour traiter par canari. Quand ils finissent le tour des guérisseurs ou des « prophètes », ils se rendent compte qu’ils ont dépensé de fortes fortunes alors qu’ici, avec moins de 50 mille FCfa, on peut stabiliser le malade. Le suivi des pathologies psychiatriques est long. On ne peut pas déclarer le malade guéri subitement. On parle plutôt de stabilité.

Pour une certaine opinion, il y a un risque de dépendance aux injonctions et autres médicaments administrés à l’hôpital psychiatrique. Vous confirmez cet avis ?

C’est ce que disent ceux qui ne connaissent pas la psychiatrie. En fait, quand on va chez le guérisseur, quand le malade est stabilisé, on lui donne beaucoup de totems, et on croit que c’est parce qu’il a trahi à l’un des totems qu’il a rechuté. Tout ce qui est maladies psychiatriques est émaillé de rechute. Il y’a des maladies comme la dépression, qui peuvent être éphémères. Mais les cas de schizophrénie sont presqu’incurables. Le patient reste sous traitement, à vie.

Est-ce que le malade qui mange dans les poubelles, peut un jour être stabilisé ?

Nous avons reçu de nombreux cas qui ont pu être stabilisés. Personnellement, nous avons accompagné un patient stabilisé à Adiapé. Il était dans la rue, mangeait dans les poubelles mais nous l’avons stabilisé en moins de deux mois. Nous avons de hauts cadres de l’administration qui ont pu être stabilisés ici. Ils sont toujours en fonction. Si on ne vous dit pas que tel est malade, vous ne pouvez pas le savoir. Sous traitement, tous les malades peuvent se stabiliser. Certaines pathologies guérissent définitivement.

Est-il aisé pour le corps médical ici de côtoyer des malades parfois agressifs ?

Nous sommes une équipe dynamique mais nous n’avons plus de garçons de salle. Les agents d’hygiène sont en nombre réduit, si bien que nous avons des difficultés pour maîtriser certains malades. 80% de nos garçons de salle ont plus de 50 ans. Alors qu’il faut au moins trois jeunes de 70 kg chacun au moins pour maîtriser un maniaque. Nous avons un besoin en personnel de surface. L’Etat s’investit beaucoup. Nous avons deux bâtiments réhabilités récemment. Mais il y en a un en souffrance qui réduit nos capacités, de 40 lits. Que les gens de bonnes volontés viennent en aide à l’Etat. Que la population reste sensibilisée sur la pathologie psychiatrique.

réalisée par Nesmon De Laure

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10 avril 2015 5 10 /04 /avril /2015 19:44
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Louer leurs services aux marins russes est la nouvelle tendance chez les prostituées qui exercent à la plage Balmer de San Pedro. Les belles-de-nuit s’adonnent ainsi au plus offrant d’entre eux, à qui mieux mieux.

San Pedro, cité balnéaire située à 348 kilomètres d’Abidjan via la côtière, est réputée pour ses belles plages. L’une d’entre elle, dénommée La plage Balmer ne désemplit pas les jours de grand soleil. C’est sur ce rivage de rêve que de certaines professionnelles du sexe viennent faire la pêche aux marins russes. Mercredi 21 juin, le bruit des vagues résonne comme un tambour d'océan, sous un soleil couchant. Martine, une serveuse du bistrot où nous devisons après une journée marathon, introduit la causette. « Ici à San Pedro, c’est le ‘’mouvement’’ de marins qui marche. Surtout les marins russes. Ils payent en dollars, allant même jusqu’à 70 dollars pour une seule passe, ce qui avoisine les 40 mille F cfa. Alors que les autres marins donnent entre 5 et 10 milles F.cfa », détaille-t-elle. Elle fait savoir également que de nombreuses filles de la ville s’adonnent à cette pratique occasionnellement pour joindre les deux bouts. Pendant que Martine poursuit sa description du phénomène, un Blanc fait des exercices physiques sur un tapis de sable doux, le torse tout nu. De sa position située non loin de la buvette où Martine exerce, les filles devisant peuvent dévorer des yeux son corps d’athlète. Le sportif échange avec un jeune homme; ce dernier disparaît puis revient près d’une demi-heure après, en compagnie de cinq filles. Celles-ci sont toutes aguicheuses, avec de longues mèches de brésiliennes, comme si elles s’étaient passé le mot. Les filles vêtues également de tenues fines prennent place auprès du toubab qui arrête de faire ses exercices.

40.000 Fcfa la passe

Notre interlocutrice est convaincue que le jeune homme revenu avec le groupe de demoiselles sert d’intermédiaire entre cet Apollon et les filles. « Elles font leur gombo (ndlr : un business occasionnel pour se faire des sous). Ce n’est pas de la prostitution en tant que telle puisqu’ elles ne racolent pas sur le trottoir tous les soirs», justifie la serveuse. Qui a du mal à cacher son envie de se faire ‘’brancher’’, elle aussi, à un marin russe. « Si tu veux rentrer dans le ‘’mouvement’’ de marins, il faut passer par ceux–là. Ces jeunes parlent bien l’anglais ; c’est eux qui servent d’interprète entre les filles et les marins. Grâce à leur circuit, des filles qui ont plus de chance se trouvent aujourd’hui en Europe », croit savoir notre interlocutrice. Pour soutenir son propos, Martine montre du doigt un groupe de jeunes dont l’âge varie apparemment entre 25 et 35 ans. A les voir, nul ne peut s’imaginer qu’ils sont des entremetteurs. Pourtant, ils sont bien connus sur cette plage pour leur rôle capital, dans la rencontre entre les péripatéticiennes et leurs clients. Svelte, le teint noir et le regard jauni par la fumée de cigarettes, Laurent semble le plus âgé de ces entremetteurs. Ce dernier qui s’est joint à nous sans hésitation, se targue d’être polyglotte et de détenir le meilleur tuyau. Laurent affirme aussi que le sportif qui exposait son corps non loin de la buvette n’est autre qu’un marin russe. C’est ainsi que nous lui exprimons un besoin pressant d’être mise en contact avec un marin russe, pour en savoir un peu plus sur leur pratique

Le mode opératoire des entremetteurs

« Les marins russes sont mes amis. Ils m’appellent « Houra ». C’est l’appellation de Laurent en langue russe. En plus de parler l’anglais, je parle bien le russe et l’espagnol. Donc on m’appelle aussi Lorenzo sur la plage. Les filles de San Pedro me sollicitent beaucoup pour mon carnet d’adresses.», renseigne-t-il. Concernant le coût de la passe, l’entremetteur laisse entendre qu’il préfère que le Russe et la prostituée occasionnelle communiquent les chiffres par message téléphonique. « Certaines pensent qu’on veut se remplir les poches à leur place. Or, moi je suis un homme honnête », jure-t-il. Il ressort des confidences de Laurent que la période la plus rentable serait celle qui s’étend du mois de mai à juillet. A partir du mois d’août, les bateaux se font rares, à ses dires. L’entremetteur ajoute, sur un ton intimiste qu’un client plus exigeant peut être un adepte de partouzes. Dans ce cas, il peut choisir jusqu’à trois filles dans le lot pour une partie fine. « Il n’y a pas de jalousie. Chacune cherche un mieux-être », dixit le jeune homme. Lorenzo dit habiter la plage Balmer depuis une vingtaine d’années. En attendant d’aménager dans une maison décente, il partage une bâtisse en ruine et défraîchie avec les autres intermédiaires. La bicoque se trouve à une cinquantaine de mètres du bistrot situé non loin de la Maison des gens de mer. Selon lui, son business est rentable. « Je m’en sors bien. De nombreux marins viennent ici ; les russes sont les meilleurs payeurs. Quand tu leur apportes une fille à leur convenance, ils te donnent un pourboire conséquent. Je suis en même temps un guide pour eux. Quand on part en boîte, pour une boisson qui coûte 1000 F Cfa, je triple la facture. C’est mon business », se réjouit-il, en écrasant sa troisième cigarette. Néanmoins, il évoque les ennuis qu’il éprouve avec les filles censées lui reverser une somme forfaitaire, après la passe. Ainsi s’indigne-t-il que certains fassent des difficultés à s’exécuter, une fois l’argent en poche. Ce qui crée des malentendus allant parfois aux éclats de voix. C’est fort de ces mésaventures que Laurent se résout à ne plus « aider » n’importe quelle fille à avoir un Russe. Par contre, certainement grisé par les deux bières à lui offertes, Laurent jure de tenir la promesse de nous trouver un « bon » marin russe, avant le mois d’août. Hum, s’il savait !

Nesmon De Laure, de retour de San-Pedro.

Publié le 25 juin 2013

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9 avril 2015 4 09 /04 /avril /2015 19:29
Au marché de sandaga, une femme proposant des dessous en perles (ph: ND)
Au marché de sandaga, une femme proposant des dessous en perles (ph: ND)

Les corps nacrés qui se forment à l´intérieur de certains coquillages appelés perles ou « bayas » dans le jargon ivoirien sont un arsenal de séduction de premier plan au pays de la Teranga.

Fatou Gueye n’est jamais sans les perles. Ses boucles d’oreilles, son collier et ses bracelets sont tous emperlés. Depuis trois jours que nous avons pris nos quartiers dans un hôtel de Dakar centre, nous observons la trentenaire, épouse et mère, enchaîner ses parures de perles. Quand elle vous dépasse dans le hall du bar qu’elle dirige, vous entendez les cliquetis de ses perles depuis son boubou. Il s’agit des colliers au rein que nous appelons « baya » à Abidjan. Pourquoi ce fétichisme des perles ? Fatou Gueye répond sans ambages : « je dois rester belle et séduisante pour mon mari. Les perles, c’est la beauté. » Eh oui ! Les perles pimentent la vie de couple au Sénégal.

Une affaire de « djongué »…

C´est à partir de ces petites boules de bois, de métal ou de verre, percées d´un trou que les femmes maintiennent leur foyer ou encore se trouvent un compagnon. Fatim Niang, vendeuse de perles au marché de Sandaga en est convaincue. Ce mercredi 3 septembre, il est 19 heures mais le soleil brille encore sur Dakar quand votre reporter se pointe devant l´étal de la cinquantenaire. La commerçante vous aborde presque dans le creux de l’oreille comme pour vous confier un secret. « Viens ma belle, viens voir. Tu trouves de belles couleurs chez moi », insiste-t-elle. C´est vraiment l´embarras du choix ! Des perles de tout acabit scintillent. Il y en a en bracelet, en collier, et surtout des perles à nouer autour de la taille. La vendeuse présente ensuite ce qu’elle considère comme le meilleur des meilleurs. Il s’agit du « bine-bine ». Ce sont deux pièces de dessous de femme tissées avec des perles. « Pour garder ton homme, il te faut absolument ce « bine-bine » en string et en soutien-gorge. Tu le portes le soir avant qu’il ne rentre du boulot sous ton boubou. Tu prends ton temps pour laver ses pieds. Tu lui donnes à manger. Ensuite quand il entre se reposer, tu l’accompagnes. Fais tomber le boubou et tu verras le résultat», est persuadée Fatim Niang. Selon l’interlocutrice, le tintement de ces perles suscite le désir chez l’époux. Un véritable aphrodisiaque, commente une autre commerçante qui suit la conversation, juste à côté. Les deux dames présentent également des « béthios ». Ce sont de petits pagnes transparents tricotés à la main avec des perles sur les bords. Tous ces éléments, disent-elles, concourent à séduire. Pour que les perles aient plus d’effet sur l’homme, il faut y ajouter du « thiouraye ». Il s’agit d’un encens traditionnel réputé envoûtant. Et les noms attribués à cet encens parlent d’eux-mêmes : « bouges pas mon chou » ; « Ce soir, nous sommes ensemble », etc. Quelle ingéniosité !

Après la rencontre avec Fatim Niang, nous nous rendons le jour suivant au marché chinois, situé à quelques encablures de la Radiodiffusion télévision sénégalaise (Rts). Les perles sont encore au rendez-vous. Les marchandes proposent des variétés selon que vous êtes mariée ou pas. Et les femmes ne se font pas prier pour s’en offrir. La fourchette des prix dépend de la qualité du produit, mais aussi de la tête de la cliente. Waouh ! Quand vous ne parlez pas le wolof, c’est sûr que vous vous ferez avoir… Mais globalement, les tarifs varient de 400 F à plus de 2000 F Cfa selon le motif et les couleurs. Vous en trouverez de très lumineuses et de moins lumineuses. Les grosses perles, appelées « dial dial » contiennent des boules qui les font briller dans la nuit noire. « Quand elles s’allument, ton chéri est allumé aussi », vante une vendeuse. Selon les informations recueillies, les « dial dial » sont conçues pour les grandes dames au foyer. Ces femmes sont en général des « djongué ». C'est-à-dire qu’elles maîtrisent l’art de la séduction. « C´est grâce aux perles que mon mari m´aime encore plus. Même quand il part pour de longs mois à Paris pour cause de travail, il trouve toujours une occasion pour que nous nous retrouvions. Soit il m’envoie un billet d’avion express, soit c’est lui qui vient pour partager des moments avec moi », témoigne une Sénégalaise venue se procurer l’ingrédient de bonheur après une journée de travail.

A l’entendre, on constate qu’elle est une véritable « djongué » ! Sans commentaires! Même dans les dancings bars, les filles n’abandonnent pas l’arme de séduction massive. Cette nuit du samedi 7 septembre, le tintement des perles des demoiselles charme certainement les hommes au Nirvana, ce point show des Amaldies. Qui sait ? Il n’y a pas que les Sénégalaises qui s’intéressent aux perles. Le dimanche suivant, sur l’île de Gorée, les touristes se laissent emporter. Depuis la chaloupe Coumba Castelle qui relie Dakar à l’île historique, les vendeuses repèrent les potentielles clientes. Comment résister quand on vous explique le langage des perles? Qui ne veut pas être une « djongué » ? Ami Traoré, célibataire malienne, en court séjour au Sénégal, suit religieusement les conseils des dames. Une fois sur la plage ensoleillée, elle remplit son sac des pierres précieuses.

« Les femmes nous tiennent…»

Se procurer des perles, d’accord. Mais l’intention de séduire atteint-il réellement son objectif ? Des hommes avec qui nous échangeons acceptent de donner leurs impressions sans faux- fuyant. « Moi je les adore. Rien qu´à entendre le bruit des perles, je suis heureux. Cela me pousse à toucher les perles et même à aller plus loin. Et lorsqu’elle y ajoute son parfum de thiouraye qui envoûte la maison, je m’attends à une soirée spéciale », est satisfait Harouna Fall, fonctionnaire à la rue Félix Faure à Dakar-centre. Ibrahima Diallo, agent de communication à Mermoz Stele, quant à lui, inspire profondément avant de répondre. Il cherche certainement les mots pour se faire comprendre au mieux. « Elles nous tiennent par les perles. Quand une femme dit à son homme qui la verbalise en public qu´il va la trouver à la maison, ce dernier rentre aussitôt dans sa coquille, sans broncher. Ne vous demandez pas pourquoi. C´est l´effet des perles. Elles savent choisir le moment et les manières. Quand la femme se promène en « bine bine » dans la chambre et qu’elle te parle avec une certaine sensualité. Tu devines la suite des événements», est transporté Ibrahima Diallo. Et pourtant, un étudiant rencontré à la sortie de l’université Cheick Anta Diop dit préférer les chaînes autour de la taille de sa petite amie que les perles. Son camarade d’amphithéâtre qui l’accompagne n’est pas du même avis. Pour lui, les perles sont une identité culturelle à sauvegarder jalousement. Quant à Charles, gérant d´un hôtel à l’angle Lamine Gueye, il relativise. « C’est vrai que nous sommes gâtés par nos femmes. Mais je trouve qu’elles en font trop souvent. Même en dehors des perles, elles changent de tresses tous les quatre jours, elles s’achètent des mèches dites naturelles qui coûtent jusqu’à 200 mille F Cfa. Je pense qu’elles se donnent trop de peine pour nous. » Que peut Charles ? Depuis toute petite, la Sénégalaise est préparée à la séduction. Les tantes se retrouvent avec les nièces en âge de se marier pour présenter les atouts des perles. « Cette ampleur est sociologique et anthropologique », renseigne Dr Hadiya Tandja, sociologue sénégalais, rencontré à Dakar-Plateau, le 9 septembre. A son dire, on ne peut pas identifier l´année à partir de laquelle les Sénégalais ont commencé à utiliser les perles. « Nos grands parents et nos ancêtres les portaient. Les perles y compris les cauris avaient des fonctions de monnaie et d’échange. On les trouvait notamment dans la cour royale. Il y en a de toutes les formes, les grandes et les petites. Elles servaient de parure et aussi d´armure à certains objets comme le fusil ou le chéchia du roi et même les habits de la reine », rappelle le spécialiste. Il soutient qu’aujourd’hui, les perles ont une fonction esthétique et aphrodisiaque. On comprend alors pourquoi au pays de la Téranga, contrairement à ce que dit l'écrivain français Flaubert, ce sont les perles qui font le collier et non le fil.

Nesmon De Laure, envoyée spéciale à Dakar

Article publié le 27 septembre 2013.

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27 mars 2015 5 27 /03 /mars /2015 22:39
Reportage/ Mopti (Mali): une journée dans la falaise mystérieuse de Bandiagara

Située au Nord-Ouest de Mopti (Centre du Mali), la falaise historique de Bandiagara séduit immédiatement le visiteur qui s’y aventure. Reportage.

Séjourner à Mopti sans découvrir la falaise de Bandiagara ? Impensable ! Ce dimanche 1er mars, nous nous rendons sur ces lieux mythiques et forcément enveloppés de mystères. Le paysage dénudé, riche de plaines sableuses et entouré de ces murailles de pierres, fini de convaincre le visiteur. Rebrousser chemin sans embrasser ce décor, sans le pénétrer et le… démystifier, laisserait un goût de symphonie inachevée. C’est à cet exercice que nous nous employons, à 691 km de Bamako, la capitale malienne. Le Palais des Falaises est le seul complexe hôtelier qui accueille les touristes. C’est de cet abri que le voyageur peut s’offrir le tour de la ville. Pour mieux admirer l’objet de notre présence, il faut se diriger vers le Nord. Les 228 mille habitants de Bandiagara vivent au rythme d’un climat de type sahélien. Nous sommes en pleine saison sèche. Les points d’eau sont asséchés. Ce sera ainsi jusqu’en mai prochain, période des premières pluies. Des villages de pierres se dressent de part et d’autre du chemin. Ce sont des cases construites par un assemblage de cailloux. Au toucher, elles semblent solides comme du roc. Elles ne s’affaissent jamais, souligne le guide qui nous accompagne. Il n’est pas un professionnel, certes. Mais il est né ici. Il respire l’air de la falaise depuis une vingtaine d’années. Il connaît sa ville et en maîtrise les coins et recoins. Nous l’avons sollicité au pif, dès notre arrivée. S’il n’y a quasiment personne dans les villages traversés, c’est parce que tous se sont donné rendez-vous à la fête du centenaire de l’école primaire de la ville. Les réjouissances se déroulent en ce moment même. Les allocutions étaient ouvertes quand nous prenons le chemin de la falaise. La route est non goudronnée mais praticable. A moto, c’est encore aisé d’admirer le site. De rares passants saluent en langue Dogon. C’est l’ethnie majoritaire ici. On peut aussi féliciter le courage d’un peuple qui semble défier depuis des millénaires une nature hostile à l’agriculture.

Le refuge de l’empereur El Hadj Omar Tall

Quelques femmes reviennent des champs, malgré la rareté et la pauvreté du sol. Ici on cultive et on mange les céréales, entre autres, le fonio, le mil, le sorgho, et le riz. Avant de marquer un arrêt sur une roche de choix, on dépasse une caserne de la gendarmerie, abandonnée à 15 km de la ville. C’est un bâtiment presqu’en ruine. L’armée malienne a dû replier d’ici lors de l’avancée des rebelles Touaregs. Aucun soldat n’est revenu sur place même si les rudes combats n’ont pas touché Bandiagara. Toutefois, des témoins expliquent que des rebelles lourdement armés ont attaqué la localité de Dioura dans la nuit du 6 au 7 janvier dernier. Elle est située dans le cercle de Ténenkou, toujours dans la région de Mopti. N’empêche, l’armée régulière effectue des patrouilles de proximité. Les soldats au collier rouge circulent dans des véhicules de type pick-up. Ils ne possèdent que des kalachnikovs. Et saluent eux aussi au passage. La découverte se poursuit. Le soleil brûle comme du feu. Heureusement que le chapeau peuhl protège. Le reporter l’a acquis au cours d’une exposition artisanale à Koro, la ville voisine, il y a deux jours. Tiens ! Voici ces masses de pierres isolées en blocs. Elles ont la forme de grottes ou encore d’abris-sous roche. Certaines sont entourées de petites touffes d’herbes. Selon notre accompagnateur, ce sont des plantes médicinales qu’utilisent les guérisseurs de la région. Il est même convaincu qu’on ne peut être victime de vol sur les lieux. En tous cas, toute une mythologie se forge autour de la falaise dans l’imagerie populaire Dogon. Ce site est aussi un musée de l’histoire. L’empereur El Hadj Oumar Tall, fondateur de l’empire Toucouleur et résistant à la conquête coloniale, s’est réfugié dans l’une de ces grottes. C’était peu avant sa mort en 1864, à l’âge de 67 ans. Pour bien profiter de ces instants, il faut escalader l’un des monts. Pour atteindre le sommet, il est préférable de sauter de pierre en pierre. Alors que les flammes du soleil s’acharnent sur Bandiagara, dans la montagne de cailloux, le vent siffle. Les chants d’oiseaux bercent. Du haut de la montagne, on peut voir défiler en contrebas les animaux. Des chèvres, de belles biches et un troupeau de moutons errent çà et là. Un groupe d’enfants escaladent la montagne en face pour rejoindre leur village. Le guide sourit. Il apprécie notre intérêt pour cet endroit. «Nos compatriotes de Bamako ne viennent pas visiter la falaise. Ils se demandent souvent comment nous pouvons vivre dans des cailloux. Ils n’ont que des préjugés. Mais ils ne viennent pas voir», regrette-t-il, comme pour dénoncer la faiblesse du tourisme intérieur. A l’en croire, l’île de pierres est visitée en général par les Occidentaux. Mais depuis les événements au Nord, et les menaces d’enlèvement, ils ne viennent plus à Mopti. Et pourtant, Dieu seul sait quelle sensation c’est que de se retrouver dans ce sanctuaire ! Par ses caractéristiques géologiques, archéologiques, ethnologiques et ses paysages, Bandiagara est l'un des sites les plus imposants de l'Afrique de l'Ouest. C’est le constat de l’Unesco qui l’a inscrit sur la liste du patrimoine mondial depuis 1989.

Nesmon De Laure, envoyée spéciale

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26 mars 2015 4 26 /03 /mars /2015 16:07
Déblocage des avancements/ Ce que Kandia Camara a dit aux grévistes

Kandia Camara, ministre de l’Education nationale et de l’enseignement technique a demandé, hier, aux enseignants de lever leurs mots d’ordre de grève. Elle les a invités à surseoir à la rétention des notes et à poursuivre les cours et les évaluations. « Je vous demande de lever la grève. Le déblocage se fera. Ce n’est pas à nous de donner une date, mais je voudrais que nous nous donnions rendez-vous le 30 avril prochain pour faire le bilan (...) Ça ne sert à rien de prendre en otage nos enfants», a-t-elle suggéré à une cinquantaine de syndicats du secteur éducation formation à son cabinet au Plateau. Selon elle, le mode de paiement du déblocage des avancements est à l’étude. « Le Président n’a pas renoncé à sa promesse. (…). Mes collègues et le Premier ministre travaillent sur le sujet pour vous dire quelque chose de concret », a-t-elle tenté de convaincre. La patronne de l’éducation a également jugé « inutile » et « sauvage » le débrayage des instructeurs. « Le déblocage des avancements ne figure en aucun cas sur la liste des revendications des enseignants. C’est une promesse du Président de la République de son propre chef. Où est le problème ?», a-t-elle haussé le ton au cours de la rencontre dite de vérité. La ministre qui suspecte « un combat politico-syndical » des enseignants, a rappelé les acquis sous la gouvernance Ouattara. Ainsi, de 2011 à 2014, plus de 113 milliards de F Cfa ont servi à l’augmentation de leurs salaires, en considérant entre autres, la deuxième moitié de la bonification et l’indemnité contributive au logement. Par ailleurs, les associations de parents d’élèves présents à la rencontre, ont accablé les grévistes au sujet des violences. Ils ont notamment condamné la mort de deux élèves à Abobo et San Pedro. Interrogés au sortir de la rencontre, les leaders syndicaux entendent dans l’ensemble s’en remettre à leur base avant de répondre à la demande de la ministre. Mais déjà pour le Synesci, la responsabilité des décès est partagée entre les acteurs de l'école, l'Etat y compris. Dans la soirée, le Syndicat des instituteurs pour une nouvelle vision de l’école en Côte d’Ivoire (Sinoveci) a levé son mot d’ordre et a invité à la reprise des cours aujourd’hui, dans une déclaration dont nous avons reçu copie. Depuis le retour des congés de Noël, le ministère a reçu 9 préavis de grève regroupant 21 revendications. 27 syndicats sont impliqués dans ces mouvements.

Nesmon De Laure

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11 février 2015 3 11 /02 /février /2015 15:09
Revue de l’actualité ivoirienne  du 2 au 8 février 2015

Si la fin de la semaine du 2 au 8 février a été ponctuée par le sacre des Eléphants à la Can, elle a connu bien des chamboulements dans son courant sur le plan socio-politique. Au début, les commentaires se poursuivaient sur l’humiliation d’Affi N’Guessan, président du Fpi, à la veillée d’Abidjan de la mère de Laurent Gbagbo actuellement détenu à la Haye. Dans la foulée, des Chefs traditionnels présentés comme des Bétés et Wê, deux ethnies de l’Ouest du pays, sont allées dire des excuses à M. Affi pour, dit-on, lui demander pardon après l’incident. Alors qu’on croyait les clameurs tues, l’ancien Premier ministre de Laurent Gbagbo subira encore la furie de ceux de ses camarades qui continuent de voir en lui un « Judas ». Dans le camp Affi, on dénonce un coup monté du comité d’organisation chapeauté par Aboudramane Sangaré, vieil ami de Laurent Gbagbo et membre fondateur du Fpi. Les observateurs concluent à un échec de la médiation annoncée de l’internationale socialiste. La grosse surprise est que la Côte d’Ivoire s’est réveillée, mercredi dernier, avec des titres informant de la démission du président de la Cour constitutionnelle, Françis Wodié. La polémique reste enflée sur les raisons de son départ. Le concerné entend parler bientôt. En attendant, journaux proches du pouvoir et de l’opposition se contredisent entre une raison liée à l’article 35 et la minorité de Wodié lors de débats autour du vote d’un texte international. Le Pdci n’est pas resté muet. Son secrétaire général, Maurice Guikahué est en tournée en prélude au pré-congrès. Et sur le sujet il tente de tranquilliser les militants sur la survie du parti. Si KKB continue ses sorties le rapprochant de plus en plus dans le camp Gbagbo, Essy Amara reste la vedette de la semaine au Pdci. L’inauguration de ses bureaux a été annoncée en grande pompe. Les planteurs du Pdci sont même en campagne pour lui dans le cadre du congrès du parti. L’opposition a aussi obtenu le ok du gouvernement pour un financement exceptionnel des partis. Au plan social, la psychose liée à l’enlèvement d’enfants a conduit à un lynchage à mort d’un présumé coupeur de tête dans la commune Port-Bouet. Les autorités ont annoncé dans le cadre de la surveillance du phénomène, 1000 interpellations et la découverte d’organes humains séchés lors de perquisition. La grève des gardes pénitentiaires a également secoué le front social. Merci de suivre le point de l’actualité de la semaine sur www.nesmondelaure.over-blog.com. D’autres articles fouillés vous y attendent. A lundi prochain.

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2 février 2015 1 02 /02 /février /2015 18:46
La revue de la semaine du 26 janvier au 1er février 2015

La semaine démarre avec l'angoisse liée au phénomène d'enlèvement des enfants. Comme la semaine précédente, ce thème a encore dominé les Unes dans les kiosques ces sept derniers jours. Cette fois, la Première Dame a brisé le silence en dénonçant ces actes dégradants dans un communiqué. Par la suite, un comité interministériel présidé par le ministre de l'intérieur et de la sécurité a pris des mesures dont le déploiement de 1500 hommes sur le terrain, affichant la réponse gouvernementale réclamée par l'opinion. Les religieux de même que les politiques ont suivi le mouvement d'indignation après les interpellations d'internautes. La semaine a aussi connu des manifestations spontanées contre l'enlèvement et la mutilation des bambins. Pour les journaux proches de l'opposition, les mesures du gouvernement ne sont pas efficaces sur le terrain. Ils désapprouvent également l'argument d'une amplification de la rumeur par des "jaloux", mis en avant par le ministre de la Sécurité. Le sport , notamment le foot, est également l'attraction du week écoulé. Les Éléphants prennent une revanche sur Les Lions Indomptables, sonnant ainsi la réconciliation avec leur supporters. Ils remettront davantage de baume au cœur de leurs fans avec la qualification pour la demi-finale. La politique a été fortement marquée par le parti créé par l'ex président. Affi N'guessan, président en exercice du Fpi, a été empêché de prendre part à la veillée organisée à Yopougon à la mémoire de la mère de Laurent Gbagbo. La foule qui l'a hué, lui reproche de "dévier" des idéaux du parti. Toujours au Fpi, on a noté l'accord du président pour le principe d'un comité central extraordinaire. Mais les discussions achoppent sur le choix du calendrier. La présence de la représentation Afrique de l'Internationale socialiste a été constatée à travers les journaux. Même s'il a été évoqué dans une ou deux Unes dans la semaine, l'appel de Daoukro n'a pas dominé les titres. Par ailleurs, dressant le bilan de l'action gouvernementale,Kablan Duncan a salué une avancée. Au chapitre économique, on a félicité la baisse du coût du pétrole et celui du gasoil et du super à la pompe. Les recettes douanières ont été annoncées excédantes, soit une plus-value de 130 milliards de F cfa. En culture, le pays se réjoui d'avoir des candidats au Fespaco. Merci de suivre l'actualité de la semaine vue par De Laure. Bonne semaine.

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26 janvier 2015 1 26 /01 /janvier /2015 14:47

La psychose liée aux enlèvements d'enfants à Abidjan a dominé la Une des journaux la semaine écoulée. Selon la ministre de l'Enfant, les auteurs de cette nouvelle criminalité sont des jeunes dont l'âge varie entre 15 et 25 ans. Toute la semaine, les autorités et les acteurs sociaux ont appelé à la vigilance et les parents à plus de responsabilité. Je ne vous rappellerai pas les (scores) Nuls des Éléphants à la Can. Les observateurs leur reprochent , dans leur majorité, un manque de sursaut d'orgueil. L'économie maintenant. Vous avez entendu parler du forum économique ivoiro-marocain sur la terre chérifienne. Le Président serait revenu avec de bonnes nouvelles. Pourvu que la croissance se ressente dans vos assiettes. Ce qu'on ne vous a pas dit en Economie, et que nous devinons, c'est que la Côte d'Ivoire est aussi en campagne pour la certification américaine de l'aéroport d'Abidjan. De fait, vendredi dernier, l'ambassadeur des Usa a donné un coup de pousse à cette campagne en visitant l'aéroport. Lui qui reconnait ne pas être un expert, s'est tout de même dit "satisfait" de la sécurité et de la sûreté. Merci excellence. Mais n'empêche, il a précisé qu'un expert viendra contrôler le dispositif. En début de semaine, ce sont 20 milliards d'investissement koweïtien qui ont été annoncés pour aider notre aéroport à se normaliser. Quelle coïncidence! Venons-en à la politique nationale. Le dégel d'avoirs, la libération de prisonniers proches de l'ancien pouvoir et le retour au bercail de la cadette de Laurent Gbagbo, n' empêche pas au Fpi de poursuivre ses palabres internes. Affi est toujours contesté. Ce qui amène l'Onu a descendre dans l'arène, en suggérant le dialogue. Affi a donc entamé les pourparlers. Mais comme dans tout bon début de négociation, les parties se sont séparées en queue de poisson. Haa j'oubliais les appels ! La presse s'est surtout penché sur celui de Daoukro. Jeannot Haoussou est sorti de l'antre du cadre permanent du dialogue pour demander aux Pdcistes opposés de se ressaisir. La libération du cmdt Tracteur, le procès de la crise post-électorale ont, entre autres, alimenté les quotidiens ivoiriens. Bonjour lundi. C'était la revue hebdo façon De Laure. Vivez, vivez, ne vous laissez pas abattre par les turpitudes de la vie! Bonne semaine les amis!

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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 19:23
L’infirmier Ngbesso Arsène Martial vaccinant une pétitionnaire dans le village de  Lomibo.(photo: Nesmon De Laure)
L’infirmier Ngbesso Arsène Martial vaccinant une pétitionnaire dans le village de Lomibo.(photo: Nesmon De Laure)

A l’occasion de la campagne de vaccination contre la méningite, nous avons passé la journée du 16 décembre en compagnie de Ngbesso Arsène Martial. Il est infirmier et chef du centre de santé rural de Kongodekro, à Bouaké.

Le chant des coqs anime Lomibo, village situé à 11 km de Bouaké ce mardi 16 décembre. Des femmes pilent le foutou igname. Les tout-petits s’amusent sous le regard bienveillant des vieillards. Les chèvres errent çà et là. C’est l’ambiance qui accueille NGbesso Arsène Martial, infirmier, chef du centre de santé rural de Kongodekro. L’hôpital est situé à 5 km de Bouaké, sur l’axe Djébonoua-Bouaké. Lomibo est l’un des treize villages que dessert Kongodekro. C’est un hôpital du district sanitaire de Bouaké-sud. Au cinquième jour de la campagne de vaccination contre la méningite, Martial, comme le tutoient les villageois, est venu s’assurer que tout se déroule comme prévu. A peine il atteint la place publique à moto que tous accourent à sa rencontre. «Bah mo ho ! Nan mo ho !» lance le jeune infirmier pour saluer dans la langue locale, le baoulé, notamment. «N’gna anti oh» répond la population en chœur pour lui souhaiter la bienvenue. C’est sous l’ombre des arbres de la place publique que l’équipe de vaccination prend ses quartiers. Les jeunes femmes et les enfants dominent dans la queue. Pour recevoir le précieux traitement préventif, il faut être âgé d’un à vingt-neuf ans. C’est la cible la plus exposée à la méningite. Konan Ndri Sylvestre, agent vaccinateur, trouvé sur les lieux, dresse un point positif de la mi- journée. Après vérification, Martial est heureux de constater qu’il n’y a pas de rupture de matériel. Il prend quelques minutes pour échanger avec ses patients. Au fait, dans ce village d’environ 300 âmes, tout le monde connaît l’infirmier. Et lui aussi reconnaît ses patients. «Te rappelles-tu de la date de ton prochain rendez-vous ?», Martial interpelle ainsi une femme enceinte suivie au centre de santé rural. Cette dernière hésite avant de répondre: «C’est le 28 décembre». Ouassam Bernard, un doyen du village, félicite Martial pour son engouement au travail. «On ne sait pas quand la maladie peut surgir. C’est donc important de prendre des précautions pour nos enfants.» Toutes ces conversations se déroulent en baoulé. Et pourtant le jeune fonctionnaire, originaire du Sud, est de l’ethnie Abbey. Mais depuis qu’il est affecté à Kongodekro, il s’intègre aisément. «Je suis à mon premier poste depuis sept ans maintenant. Avec la population, les rapports sont bons», se réjouit-il. Fini l’étape de Lomibo, cap est mis sur Tanokro, un village voisin. Le parcours se fait à pieds. Avec le reporter de Nord Sud Quotidien, Martial emprunte un sentier qui lui semble familier. Chemin faisant, il indique se plaire dans la bourgade. L’histoire de Martial, c’est celle des rares fonctionnaires qui acceptent, sans sourciller, de se mettre au service des populations rurales. Là où d’autres font des mains et des pieds pour être affectés soit à Abidjan soit dans une ville avec plus de commodités. «Les zones rurales font partie intégrante de la Côte d’Ivoire. Et il y a des populations qui y vivent. Notre sacerdoce est d’être partout où se trouvent des populations pour assurer leur prise en charge sanitaire», est-il conscient. «Chacun a son ambition certes, mais il faut savoir qu’il fait aussi bon vivre à l’intérieur», encourage-t-il, les fonctionnaires hésitants. Il y fait vraiment bon vivre. L’air est pur dans cette savane arborée. Quelques minutes passées sur la route et nous voici à Tanokro. L’accueil y est aussi vibrant ! Le triptyque «Bah mo ho ! Nan mo ho! N’gna anti oh» reprend. Martial est le chouchou des femmes. Il a fait accoucher la plupart d’entre elles. Il connaît leurs enfants. Les mères le portent dans leurs coeurs. Partout où nous passons, elles sont les premières à le héler. Après les civilités, place au travail. Martial vérifie le matériel de vaccination. Il lit les fiches de notation du jour. Au cinquième jour de la vaccination, Tanokro fait déjà le plein. Les retardataires sont deux jeunes partis pour les travaux champêtres. Kacou-Bi Tibé Hermann, vaccinateur principal est sûr que ces derniers seront présents le lendemain. Dibi Affoué Marthe, une cinquantenaire, native de Tanokro, voit d’un bon œil la campagne contre la méningite. «Nous sommes déjà habitués à l’infirmier. S’il vient nous sensibiliser sur l’importance d’une action, nous ne pouvons qu’adhérer. Nous sommes dans un endroit où l’harmattan frappe comme vous le constatez. L’Etat fait bien de préserver nos populations», est-elle favorable. Elle a raison. Bouaké fait partie des sept régions retenues pour la couverture vaccinale contre la méningite du 11 au 21 décembre. Ces régions sont choisies en raison des risques constatés à l’issue d’une enquête de santé. Après Tanokro, nous rebroussons chemin et regagnons à moto la place publique de Lomibo. Ici, on tient à nous offrir du vin de palme (bandji) pour nous souhaiter un bon retour. C’est une boisson traditionnelle prisée dans la région. Sorti de Lomibo à moto, Martial conduit l’engin jusqu’à Kpokahankro, la maison blanche. Il s’agit de l’un des villages sous sa coupole, situé en bordure de route, toujours sur l’axe Djébonoua-Bouaké. Pour la petite histoire, Kpokahankro a été baptisée la maison blanche par les transporteurs. «Les premières maisons sont peintes en blanc et elles se trouvent juste à l’entrée du village, à un carrefour. Ces maisons blanches sont devenues le repère des transporteurs pour descendre les passagers», explique Yéboué Kouamé, agent de santé communautaire. Dans ce hameau de 300 habitants, il n’y a personne à vacciner aujourd’hui. La couverture est assurée à 100%. «Les enfants ont été vaccinés à l’école les premiers jours. Ici, nous avons juste rattrapé les plus grands. Tout s’est bien passé», commente Yéboué Kouamé. Au total, Kongodekro revendique, après quatre jours de vaccination, plus de 3000 cibles atteintes. Martial revient sur la stratégie de mobilisation dans sa zone. «Nous avons averti les agents de santé communautaire. A leur tour ils relaient l’information dans les villages. Malgré cela, nous repartons sur le terrain pour nous assurer que tout va bien, en tant que vaccinateur mais aussi en tant que superviseur», indique notre compagnon du jour. Ce doit être un stress permanent. «Non», rétorque l’infirmier. «C’est surtout l’envie de bien faire. L’objectif, c’est le résultat. Nous faisons de notre mieux pour ne pas avoir à gérer un cas de méningite.» Sacré Martial !

Nesmon De Laure, envoyée spéciale

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