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12 janvier 2015 1 12 /01 /janvier /2015 13:27
Diarra Bassekou admet un laxisme du côté malien.(photo: Nesmon De Laure)
Diarra Bassekou admet un laxisme du côté malien.(photo: Nesmon De Laure)

Quelles actions sont menées pour contrer la traite des enfants du côté malien?

La traite des enfants maliens a changé de visage. Il y a trop de laxisme du coté malien aussi et le bureau a toujours dénoncé cela. On a fait des séminaires à Bouaké, à Sikasso mais ça ne diminue pas. On s’est rendu compte qu’il y a des transporteurs qui vont jusqu’en campagne dans les zones de Bandiagara, de Gon. Ils vont dans les petits villages de Bankass pour dire aux parents qu’ils peuvent envoyer les enfants travailler à Abidjan, parce qu’il y est facile d’avoir de l’argent. Il y a dix- huit enfants qui ont été pris il y a 6 mois de cela par la brigade des mœurs, on nous a appelés, on y est allés. Cela est récent. Ils ont confisqué le car et arrêté des convoyeurs, c’était au niveau de la préfecture de police d’Abidjan.

Ne pensez-vous pas qu’il faille développer de nouvelles stratégies de lutte?

Il faudrait qu’on instaure aux frontières une carte aux enfants qui les autorise à venir chez leurs parents. Une autorisation parentale est nécessaire avant de traverser la frontière. Cette autorisation doit préciser la destination finale des enfants, les noms des personnes chez qui ils viennent doivent être mentionnés. Ça c’est notre programme parce que quand la brigade des mineurs nous appelle pour récupérer les enfants, on n’a pas de lieu où les mettre. On est obligés de demander aux transporteurs de payer leur transport retour au Mali. Ils descendent souvent à Yamoussoukro et reviennent. Deux ou trois fois, le consul a délégué des personnes pour accompagner ces enfants jusqu’au sous-préfet de Bankass, dans la zone de Bandiagara, dans le monde Dogon, mais on les retrouve après à Abidjan.

L’Etat malien envisage-t-il la reconversion des trafiquants ?

Je demanderais aux autorités maliennes de mettre en place une politique qui pourrait maintenir les enfants à la maison. La Côte d’Ivoire lutte beaucoup contre la traite. Et la Première dame ivoirienne en a fait son cheval de bataille. Tous les enfants qui viennent sont maltraités à un degré moindre. Souvent elles sont battues. Il y a même une qui est morte dans nos mains, il y a de cela 6 mois. On ne connaissait même pas ses parents. Finalement c’est à Zégoua, à la frontière du Mali, qu’on les a retrouvés. Personne ne savait qu’elle était ici.

Entretien réalisé par Nesmon De Laure

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12 janvier 2015 1 12 /01 /janvier /2015 13:21
Le prefet de Ouangolo préconise un document de voyage pour les enfants.(photo: Nesmon De Laure)
Le prefet de Ouangolo préconise un document de voyage pour les enfants.(photo: Nesmon De Laure)

N’êtes-vous pas animé par un sentiment d’échec quand la traite des enfants perdure dans votre zone?

Au niveau local, nous avons élaboré un plan de lutte contre la pire forme du travail des enfants. Nous menons de la sensibilisation auprès des maîtres coraniques. Un séminaire d’information et de formation a été organisé pour que les populations s’approprient la lutte. Il fallait chercher à savoir qui est un enfant, ce que c’est les pires formes de travail et aussi le travail dangereux. Nous avons spécifiquement expliqué aux maîtres coraniques qu’on n’a pas besoin de mettre des enfants dans la rue pour mendier. Avec les enfants talibés, nous avons mis en place un mécanisme de prise en charge. Dès qu’ils sont malades, ils se rendent à l’hôpital. Entre autres actions, des consignes ont été données pour qu’ils bénéficient d’une prise en charge totale et gratuite. Lorsqu’aller à l’école deviendra une obligation prescrite par la loi, cela nous permettra de mettre ces enfants obligatoirement dans une école. Mais nous sommes encore heurtés aux courants de pensée au niveau religieux.

Comment comptez-vous surmonter cette difficulté ?

Il faut rassurer les parents, leur dire que leurs enfants peuvent continuer d’apprendre le Coran tout en étant inscrits à l’école classique.

Qu’est-ce qui est fait pour maîtriser le flux des enfants bouviers ?

Les enfants sont affectés à ce qui leur est dévolu comme travail champêtre. Dans l’entendement de certains peuples, les enfants jouent avec les animaux. Pour eux, ce n’est pas une situation de travail d’enfants. Mais nous avons expliqué aux chefs de village qu’il y a danger. On ne peut pas présumer l’instant auquel un animal deviendra dangereux. La solution est d’aboutir à la mécanisation de l’agriculture. Ainsi, la main-d’œuvre agricole sera moindre et le danger, évité.

Dans quelles conditions s’effectue le rapatriement des victimes ?

Nous ne sommes pas pour l’idée d’un centre de transit comme certaines personnes nous l’avaient proposé. D’abord, c’est une charge, ensuite on risque de se retrouver dans la situation de Lampedusa. Nous préférons régler ces questions au niveau communautaire. Lorsque nous appréhendons des victimes burkinabè, nous approchons la communauté burkinabé, nous appelons les autorités et les transporteurs qui les ont fait venir, se débrouillent pour les ramener au pays. Ce n’est pas la solution idéale. Il faut plutôt un document de voyage pour les enfants. Ce document va permettre la traçabilité de leur parcours. Une fois que nous l’auront réussi, beaucoup d’enfants seront sauvés. Nous avons souhaité qu’on nous affecte des éducateurs spécialisés. La procédure est en cours.

Comment réagissent vos pairs du Mali et du Burkina Faso ?

En Côte d’Ivoire, la volonté politique pour résoudre la traite transfrontalière des enfants est affirmée et affichée. Nous continuons de faire des propositions au gouvernement. On peut dire que nous sommes avancés dans la lutte car nous continuons de traquer les esclavagistes. Ils changent de stratégies en usant de motos mais nous ne baissons pas les bras. La lutte doit être nationale et pas seulement locale. Nous avons pris un arrêté pour interdire les taxi-motos sur notre territoire. Du côté du Burkina Faso, les gens réagissent positivement. Mais les conducteurs de motos maliens ne sont pas contents parce que la pratique leur permet de gagner de l’argent. Nous les comprenons. Mais nous devons aussi assurer la sécurité. C’est à partir des taxis-motos que des ex-combattants ivoiriens partaient se faire enrôler pour combattre du côté des djihadistes au Nord- Mali.

Entretien réalisé à Ouangolodougou par Nesmon De Laure

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12 janvier 2015 1 12 /01 /janvier /2015 13:04
Des enfants bouviers à Diawala (photo: Nesmon De Laure)
Des enfants bouviers à Diawala (photo: Nesmon De Laure)

La traite transfrontalière des enfants au Nord de la Côte d’Ivoire bénéficie de réseaux bien ficelés tant au Mali qu’au Burkina Faso. Le phénomène perdure malgré la sensibilisation.

Ibrahim, quatre ans, est un enfant burkinabé, bouvier à Diawala. C’est une localité du département de Ouangolodougou, circonscription frontalière au Burkina Faso et au Mali. Ce bambin conduit les bœufs pour les aider à se nourrir d’herbes vertes. Ce jeudi de septembre, il est accompagné d’un jeune garçon d’environ sept ans. Nous sommes à deux semaines après la rentrée officielle des classes dans le pays.

Avril-mai, les mois de grands trafics à moto

Pendant que nos deux amis s’occupent à garder les bœufs dans la broussaille, à la merci des serpents et autres animaux sauvages, d’autres enfants de leurs âges suivent des cours, à l’école primaire publique, à quelques pas de là. Le plus âgé s’appelle Adamo. «Je voulais juste connaître Abidjan et rentrer au pays parce qu’on m’a dit que c’est une belle ville. J’ai donc effectué le voyage avec mon oncle qui était en vacances à Bobo». Une fois dans le pays d’Houphouet Boigny, Adamo ne verra point Abidjan. Il est commis à la surveillance de bêtes. «Quand je tombe malade, je continue de travailler», relève-t-il. Pour savoir qui les envoie, il faut se rendre au village de la communauté Burkinabé installé depuis belle lurette dans la contrée. Un homme qui se présente comme le père de famille évoque des raisons coutumières. «Les enfants doivent travailler. Nous sommes ici pour travailler. C’est comme cela qu’on nous a tous élevé», croit-il avoir raison. Travailler, peu importe le type de travail. Au marché ou en face de l’église catholique, il est courant de rencontrer également les enfants talibés en train de mendier. Sans prendre le petit déjeuner, ils sont envoyés par les maîtres coraniques aux abords des routes. A Diawala, ces enfants dorment coincés à plusieurs dans une même case. Pour le maître coranique, il s’agit de leur apprendre les difficultés de la vie. Quel abus ! Comme d’autres enfants, ces petits peuhls rejoignent le Nord de la Côte d’Ivoire par la frontière malienne. Moins de trois kilomètres séparent les villes frontalières que sont Zegoua du côté malien et Pogo du côté ivoirien. Parfois, les particuliers vont négocier directement avec la main-d’œuvre. C’est par ce canal que Ali, un jeune malien a rejoint une plantation de coton à Diawala. «J’ai entendu qu’il y a du travail bien payé ici. Je travaille dans une plantation de coton et une autre de maïs. Je suis passé à moto à la frontière avec mon boss et nous n’avons pas eu de problème même si je n’avais pas de papiers», explique-t-il depuis les champs de coton où nous l’avons retrouvé. Son patron qui fait office de traducteur, assure qu’il bénéficie d’un bon traitement. La barrière linguistique ne nous permet pas de le vérifier. Le manœuvre ne parle que Malinké. Et le soi-disant patron veille au grain. La traite des enfants migrants a la peau dure. Malgré les campagnes de sensibilisation, la pratique résiste. Le nombre des victimes a triplé en trois ans pour ce qui est de la frontière Côte d’Ivoire-Burkina Faso. Officiellement les chiffres passent de 588 cas en 2010 à 1895 en 2012. Si on ne sent pas ses effets à Abidjan à l’œil nu, ce n’est pas le cas pour le Nord du pays. Cette année, 66 enfants victimes de la traite ont été identifiés par l’Association nationale de l’aide à l’enfance en danger (Anaed). C’est une Ong basée à Korhogo. L’année dernière, ce sont 273 enfants venus du Mali et du Burkina Faso dont l’âge vacille entre 13 et 14 ans qui ont été pris en charge par la structure non gouvernementale. Ceci, dans le cadre du projet «protection des enfants en mobilité contre l’exploitation, la négligence, les violences et les abus», exécuté en collaboration avec l’Ong internationale Save the children. C’est une réalité palpable. À partir du mois de mars les enfants viennent eux-mêmes à pied. Ils se dirigent vers les champs de coton. Ils font le défrichage, le labour et la semence. Quand le patron n’est pas honnête, les enfants sont rejetés. On refuse de leur reverser leur salaire. On leur donne des miettes au détriment de leur vie. Un désastre que vit au quotidien Fatou Ouattara, présidente de la fédération de 22 associations de femmes spécialisées dans le maraîcher et la culture du riz et du maïs à Diawala. Nous l’avons interrogée le 23 septembre à son bureau à la mairie de la ville.

Cinq minutes pour livrer les enfants

«Les enfants migrants vont aux champs avec les bœufs. Ils se dirigent de plus en plus vers les sites de l’orpaillage clandestin. Là-bas, ils peuvent gagner jusqu’à cent mille francs Cfa par jour», témoigne-t-elle. En tant que femme leader dans la localité, elle participe à des réunions au sujet de la traite des enfants. Elle cite la période d’avril à mai comme étant celle des grandes transactions à moto. Les marigots étant secs, la route est propice pour la circulation des motos. Que ne feront pas les esclavagistes pour bénéficier d’une main-d’œuvre abondante à moindre coût ? C’est aux frontières terrestres que se passe le transit. En venant du Burkina Faso, avec la complicité des chauffeurs, les enfants descendent au niveau du pont où se trouve l’ex-direction des douanes de l’Ouest, à la sortie de la ville de Banfora. Des conducteurs de taxi-moto, préalablement contactés, attendent. De retour du Burkina Faso par un car banalisé, nous assistons à une passe d’enfants à cet endroit précis, le 29 septembre. Ils sont quatre jeunes hommes, la trentaine, à surgir de la brousse par l’engin à deux roues. Le convoyeur du car en provenance de Bobo Dioulasso part à leur rencontre. Il leur remet des billets de banque collectés dans le véhicule après le dernier barrage des forces de sécurité du pays des hommes intègres. Une dizaine de passagers sans documents de voyage ont été priés de reverser chacun 2000 FCfa au convoyeur. Parmi eux, cinq enfants dont l’âge varie entre douze et quinze ans. Ce sont deux filles et trois garçons. Dehors, les jeunes gens à moto s’assurent auprès du routier que le compte est bon. L’un d’eux porte des sandales bon marché. Son pantalon jean et son tee-shirt délavés lui donnent l’allure d’un planteur en route pour les champs. C’est lui qui attire l’attention, tellement il s’impatiente. Il écrase sa cigarette puis lance: «Faites vite, on va partir». Après cinq minutes d’escale, on peut les voir démarrer en trombe par la piste d’où ils ont surgi. Une vingtaine de minutes plus tard, nos voyageurs rejoignent l’engin, à pied. Les taxi-motos ont disparu. Nous sommes maintenant de l’autre côté de la frontière. C'est-à-dire en Côte d’Ivoire. Les taxi-motos, comme on nomme ces passeurs d’enfants, viennent d’accomplir leur besogne, sans sourciller. Pour susciter une réaction, nous chahutons le chauffeur du car et son convoyeur sur le sujet. Ils argumentent qu’il fallait gagner du temps. «Si on ne faisait pas appel aux taxi-motos, on allait durer à la frontière à cause du contrôle. Le voyage est long. Il faut qu’on arrive à destination avant la tombée du soir», justifie le conducteur. Les passagers sans documents et nos cinq enfants échappent ainsi au contrôle régulier. Sont-ils à jour de leurs vaccins ? Détiennent-ils une carte d’identité ou un passeport ? Viennent-ils pour réellement voir de la famille ou pour être abusés ? Les forces de sécurité à la frontière ne le sauront pas de si tôt. Intriguée par la scène étonnante pour une non-habituée, nous tentons particulièrement la conversation avec l’homme qui accompagne les gosses. Il se présente à nous comme étant un membre de la famille. Pourquoi les a-t-il fait descendre au niveau du pont ? Malgré le fait qu’il ignore notre véritable identité, notre interlocuteur est moins volubile. «Ils n’ont pas de papiers. En plus, ils ne viennent pas pour longtemps.» A son dire, ils viennent, pour certains, rendre visite à la famille expatriée. Quant aux filles, elles viendraient pour faire du commerce à Yopougon, une commune d’Abidjan. Une version qui tranche avec celle des enfants avec qui nous avions échangé depuis la gare de Bobo Dioulasso. Il y a quatre heures d’horloge, en attendant que le car se remplisse, l’un des garçons, appelons-le Alain, nous avait clairement signifié le motif de son voyage. «Je vais pour travailler l’or et gagner beaucoup d’argent.» Gagner beaucoup d’argent en Côte d’Ivoire est le rêve de nombreux jeunes Burkinabè. L’orpaillage clandestin et le travail dans les plantations de coton et de cacao aiguisent les appétits. Malheureusement, dans bien des cas, ils sont soumis aux pires formes de travail. Et au final, ils ne sont quasiment pas payés contrairement aux promesses. Les victimes restent marquées jusqu’à l’âge adulte. Les témoignages ne manquent pas. Deux jours avant le voyage retour en car banalisé, nous séjournons dans la deuxième ville burkinabé.

Les fillettes «Dogon», les plus exploitées

Notre contact sur place a facilité des rendez-vous avec des anciens enfants travailleurs migrants. C’est donc ce 27 septembre que nous arrivons à Kodeni, secteur 19. A moto, il est plus facile de se faufiler dans les ruelles de ce quartier précaire de Bobo Dioulasso. Il est dix heures et déjà, le soleil brûle comme du feu. C’est à ce moment-là que votre reporter franchit le seuil d’une maison en terre battue. C’est dans cette demeure de deux pièces que vit Sawadogo Seydou, un père de famille remonté contre la traite des enfants. Victime à l’âge de quinze ans, il supporte difficilement les stigmates de ce passé douloureux. Au secteur 19, son histoire est connue de tous. Un groupe d’amis l’entoure, quand il ressasse sa mésaventure. «Je travaillais tous les jours y compris le dimanche. Je dormais dans une pièce sans porte et sur du sable puisqu’elle n’était pas cimentée. La nuit, les insectes me piquaient car je n’avais pas de couverture.» Et ce n’est pas tout. Tout le long de l’année, il ne variait quasiment pas de repas. «Je mangeais du kabato (pâte à base de semoule de maïs) sauf les jours de fête pendant lesquels j’avais le privilège de goûter au riz». Notre témoin subissait ces méchancetés avec six autres enfants du même âge. A ceux là, on avait promis soixante quinze mille F par année. Comme Seydou, ils n’ont pas perçu leur dû. Pour rejoindre son pays, Seydou a dû fuir ses bourreaux, qu’ils indexent comme étant ses compatriotes. Une fois à Bobo, ses coreligionnaires se cotisent pour rembourser les frais de voyage au transporteur. Seydou travaillait dans un campement à la lisière de Daloa, une ville du Centre-Ouest de la Côte d’Ivoire. «Avec du recul, je me rends compte que ce n’est rien, soixante quinze mille francs par année.» Aujourd’hui, il déconseille aux enfants de se jeter dans les griffes de réseaux suspects. Mais son appel sera-t-il entendu ? Le rêve de se faire de l’argent en Côte d’Ivoire ne se brise pas. Daouda Sankara, chef de famille habitant lui aussi le secteur 19 est fier de son neveu, manœuvre dans une plantation à Abengourou. «Les échos qui nous parviennent sont positifs. Il ne se plaint pas des conditions de travail. Après la récolte, nous recevons un peu d’argent. Le montant varie entre 50 et 75 mille FCfa», explique-t-il. A l’en croire, cet argent aide la famille à assurer les frais de l’éducation et la santé des autres enfants restés sur place. Tout le monde n’a pas la chance de ce neveu. Les victimes de la traite subissent les desiderata de réseaux bien organisés. Des personnes sur place au Burkina Faso ou au Mali recrutent les enfants, sans toujours en informer les parents. Ils ont des contacts avec d’autres personnes en Côte d’Ivoire à qui ils réfèrent les enfants pour l’acheminement. «C’est dans les gares que les enfants sont déversés puis récupérés par les esclavagistes», témoigne Diarra Bassekou, secrétaire permanent du Conseil des Maliens de Côte d’Ivoire. Rentrée du périple nordiste, nous le rencontrons à l’immeuble le Mali, au Plateau, le centre des affaires de la capitale ivoirienne, début octobre. Arguant la réserve diplomatique, il refuse de dire plus sur les méthodes des esclavagistes maliens. Toutefois, une source nous indiquera qu’un avis de recherche est émis par le ministère des Affaires étrangères du Mali. Une originaire de ce pays frontalier, d’ethnie Dogon, résident à Daloa, serait la cible de cette recherche. «C’est elle qui s’entend avec les transporteurs pour faire venir les fillettes et les place comme filles de maison. Elle s’enrichit sur leur dos. L’affaire est sue des autorités. Elle sait qu’on la recherche donc elle se cache en ce moment», précisera notre informateur. Nous apprenons que les enfants maliens victimes de la traite sont à 80% d’ethnie Dogon. En effet, selon l’ambassade malienne, une forte colonie dogon séjourne en Côte d’Ivoire. «Les Dogons prenaient aussi leurs frères pour venir travailler ici dans l’orpaillage. C’est le phénomène des jeunes filles qui est nouveau», éclaire M. Bassekou. A l’en croire, l’âge des victimes varie entre 12 et 18 ans.

Devant l’ampleur du fléau, un groupe de jeunes de l’ethnie s’organise. L’association opère au niveau des gares. Elle aide les gendarmes à détecter les enfants mineurs dans les cars. Les membres extraient ces enfants des véhicules de transport, les gardent chez eux et appellent la brigade des mineurs. «Ceux qui ont des parents rentrent chez eux et ceux qui n’en ont pas, les transporteurs paient leur transport pour les faire retourner», informe également le secrétaire permanent du conseil des Maliens. Mais rien ne prouve que les fillettes retournent vraiment sur le lieu d’embarquement. D’ailleurs, certaines sont maintes fois appréhendées après la tentative de les ramener chez elles. Ce qui pose le problème de la gestion du flux migratoire. Les taxis-motos disent à qui veut l’entendre, qu’il s’agit de leur gagne-pain. L’association des motos-taxis de Sikasso (Mali), appelée Soutra moto, a étayé cette thèse au cours d’un atelier de sensibilisation organisé à leur intention à Zégoua, l’année dernière.

Les transporteurs, les forces de l’ordre et un ministre indexés

Selon les témoignages, à partir de ce business malsain, les conducteurs de taxi-motos ont pu se bâtir des maisons. De lourds soupçons pèsent également sur les transporteurs, indexés eux aussi comme complices de la traite. Le sabotage de la lutte contre le fléau pourrait venir d’eux. Souvenez-vous que c’est de connivence avec le chauffeur et son convoyeur que cinq enfants ont rejoint les taxi-motos à quelques kilomètres du barrage des forces de l’ordre ivoiriennes, après le Burkina Faso. Une à deux fois par mois, ce sont des cars remplis d’enfants qui procèdent à ce type de transactions. «Il arrive que des transporteurs soient complices. Ils descendent les passagers en cours de route et les rattrapent après la frontière. Mais chez nous, ce n’est pas possible. Nous avons même reçu une note de service qui nous met en garde contre la traite», indique Sawadogo Boukari, l’adjoint du chef de gare de Sito à Ouangolodougou, interrogé au cours du séjour dans la localité. Il reconnaît les soupçons qui pèsent sur sa corporation. «Souvent, on intercepte nos cars, on nous dit que les enfants qui viennent n’ont pas leurs parents dans le véhicule. Ils sont alors assimilés aux enfants que les gens vont chercher pour travailler dans les plantations. Des fois nous intervenons pour témoigner en faveur ou non du client selon les infos que nous avons. Certains arrivent à justifier qu’il s’agit de leurs enfants, ceux qui ne sont pas convaincants sont retournés», ajoute-t-il. Ouattara Zana Seydou, chef de gare de Sama transport, toujours à Ouangolodougou est du même avis. Seulement, il minimise l’action des transporteurs. Pour lui, il faut chercher les complices ailleurs. Autrement dit, les transporteurs ne sont pas le seul maillon faible de la chaîne. En effet, il est reproché aux forces de l’ordre de ne pas réagir promptement. «Les taxi-motos ne sont pas contrôlés. Et pourtant on devrait vérifier s’ils possèdent des documents qui autorisent la moto d’être en circulation. On ne sait même pas si les motos sont dédouanées, si elles ont une assurance, si le conducteur ne l’a pas volée. Les gens faufilent la frontière sans sourciller. Le conducteur met un enfant devant et deux derrière et il passe la frontière», témoigne Tuo Oumar, chef de projet à l’Association nationale d’aide à l’enfance en difficulté (Anaed). Le travailleur humanitaire nous l’a révélé à Korhogo le 30 septembre dernier, toujours au Nord de la Côte d’Ivoire. Tuo Oumar atteste avoir vu lui-même des motos passer à la frontière avec des enfants. Il n’a pas tort. Sous le couvert de l’anonymat, un agent des douanes à Pogo, la frontière malienne, avec qui nous avons échangé auparavant, confie qu’il voit effectivement passer les taxis- motos avec les enfants. «Nous n’avons pas de mandat pour agir. On ne peut qu’assister impuissants», avoue-t-il. En réalité, le rôle de la Douane est de ne contrôler que les marchandises. Il appartient à la gendarmerie et à la police localisées au poste avancé, soit à quelque deux kilomètres du poste de la Douane, de contrôler les usagers dans le car. C’est à eux de distinguer les enfants des personnes âgées et d’interpeller les fautifs. Malheureusement, l’équipe en service au poste avancé lors de notre passage à Pogo s’est refusée à tout commentaire. «C’est vrai qu’on nous accuse de laxisme mais nous n’avons pas d’autorisation pour parler à la presse», a coupé net un policier en tenue. Nous sommes donc retournés, dans la même journée, au bureau des Douanes où le deuxième responsable accepte d’échanger avec nous. Il s’agit de Anoh Ehui Richard, par ailleurs, chef de brigade des Douanes de Pogo. Il insiste pour dire que le contrôle des enfants ne relève pas de sa structure. Toutefois, il admet une collaboration entre les corps. «Nous travaillons toujours en collaboration. Si quelque chose leur échappe, nous pouvons rattraper. S’il s’agit des véhicules de transport, il est facile d’intercepter parce que les cars respectent la sommation halte douane. Les agents font un contrôle visible de la marchandise et aussi des personnes suspectes. Un enfant ne peut pas monter dans le car sans un parent à côté. Dans ce cas, nous interpellons la gendarmerie et la police. C’est à eux de gérer la procédure», tient à clarifier le chef de la brigade. «On indexe les forces de l’ordre par ignorance. Certaines personnes font correctement le travail. Dans toute corporation, il y a des brebis galeuses», reconnaît-il. La traite est une mauvaise pratique. Et sa traque est encore difficile. En Côte d’Ivoire, il n’y a pas de vide juridique en matière de protection des enfants. Mais c’est l’application des lois qui pose problème. En avril 2013, un mini-car venant de la zone de Mankono, au Nord-Ouest du pays, a été intercepté par la gendarmerie. A son bord, il y avait 46 enfants dont 19 garçons. «Pendant l’audition des enfants, la gendarmerie a reçu un coup de fil d’un haut placé de l’administration judiciaire. Ce dernier a demandé qu’on libère les enfants parce qu’il subissait lui aussi une pression d’un ministre de la République alors qu’il s’agissait d’un véritable cas de traite», dénonce un travailleur humanitaire de l’Anaed. A l’en croire, le ministre en cause avait des proches parmi les adultes qui transportaient les enfants. C’est bien dommage. La traite des enfants est examinée dans le contexte des migrations internationales, transfrontalières et internes explique l’Unicef. Selon l’organisation, nombreuses sont les raisons qui poussent les individus à migrer. «Certains partent en quête de meilleures opportunités, d’autres cherchent la sécurité, veulent échapper à la guerre, aux persécutions, à la violence, à la pauvreté etc.», indique un rapport de l’organisation sur la migration des femmes et des enfants dans l’espace Cedeao. Une fois sur place, les enfants se rendent compte que la réalité n’a rien à voir avec ce qu’on leur avait promis. Ils sont exploités, ils ne bénéficient pas de soins en cas de maladie. Certains même en meurent. Aucun papier n’atteste de leur présence chez un individu. Nous sommes tous interpelés.

Ces initiatives contre la traite à accentuer

La traite transfrontalière a toujours existé. Mais l’implication de la Première dame, Dominique Ouattara, va faire que la lutte sera organisée. Un comité gouvernemental chapeauté par les ministres et un comité technique géré par le cabinet de l’épouse du chef de l’Etat est mis en place. Il dégage un plan stratégique de lutte. Les séances de formation se multiplient. Les travailleurs sociaux, le corps préfectoral, la police criminelle et les brigades de gendarmerie sont, entre autres, sensibilisées. Cependant cette mise en œuvre du plan stratégique est sabotée par l’action de trafiquants véreux. Ces derniers n’hésitent pas à changer de stratégies au fil des jours. Pour contrer le phénomène, une rigueur s’impose aux entrées de la Côte d’Ivoire. Les acteurs rencontrés sur le terrain recommandent l’instauration d’un document spécifique de voyage pour les enfants. Ce document devra favoriser la traçabilité de l’enfant depuis son foyer d’origine jusqu’à sa destination finale. Ce sera un premier pas pour s’assurer qu’il sera à l’abri de l’exploitation. De fait, au nom de la libre circulation, on ne peut pas empêcher un enfant de traverser la frontière. Toutefois, il faut veiller à ce que cette migration se fasse en toute sécurité.

Nesmon De Laure, envoyée spéciale

(Article publié le 21octobre 2014 dans Nord Sud Quotidien et consacré Prix sectoriel Ebony de la lutte contre la traite des enfants du Ramedeci - Bureau International du Travail le 10 janvier 2015 à Yamoussoukro)

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22 décembre 2014 1 22 /12 /décembre /2014 17:03
Entretien avec Difu Richard le 15 septembre 2014 à Marcory, Abidjan, Côte d'Ivoire. (photo NZ)

Entretien avec Difu Richard le 15 septembre 2014 à Marcory, Abidjan, Côte d'Ivoire. (photo NZ)

Les personnes de petite taille, désignées le plus souvent sous le vocable de « nains » évoluent dans divers secteurs socio-économique en Côte d'Ivoire. Elles glanent des lauriers avec des fortunes diverses. Nous sommes allée à leur rencontre.

Quand vous les croisez dans la rue, vous vous mettez à rire, si vous ne fuyez pas. A tort, l’opinion croit que les personnes de petite taille sont des sous-hommes. Des parias ou encore des sorciers. Que de préjugés. L' handicap de la taille n’empêche pas d’être un citoyen normal et ambitieux. Les belles histoires ne manquent pas.

Difu Richard, champion d’Afrique…

Il est midi et le soleil rayonne sur la pelouse du stade Robert Champroux de Marcory ce 15 septembre. Les footballeurs du Sewé Sport de San Pedro viennent de boucler leur entrainement. A l’angle droit, Difu Richard, un jeune athlète âgé de 23 ans est paré d’un maillot aux couleurs nationales. Il mesure 1,30 m. Javelot en main, il s’amuse à lancer et lancer encore. Tenez vous bien, Richard est champion d’Afrique de sa catégorie et troisième sur le plan mondial. Mais pour lui, ce n’est pas encore le sommet. Son ambition est de se qualifier pour les jeux olympiques de Rio en 2016. Ce qui explique sa motivation à l’entrainement, même si le coach n’est pas présente ce jour. C’est tout sourire qu’il marque un arrêt pour raconter sa « success story ». « J’ai arrêté l’école en première par faute de moyens financiers. Un jour, une femme m’interpelle dans la rue pour m’informer qu’au niveau de l’handisport, on a besoin de personne de petite taille en athlétisme. Après un petit moment de réflexion, j’ai rejoins le coach Djoman Emilie ». Il ne lâchera plus le coach avec qui il s’entraine depuis deux ans maintenant. « J’étais content parce que je sentais que cette rencontre allait changer ma vie. J’entendais que dans le sport, il y a beaucoup d’opportunités. » Mais sa famille n’y croit pas trop. Pour elle, en dehors du football, il est difficile d’émerger à partir du sport en Côte d’Ivoire. Ses proches disent même de son aventure qu’elle est « une perte de temps ». Des mots qui ne découragent pas Richard. Malgré les clichés, il a foi en la réussite, dur comme fer. Rien ne l’arrête. Le 16 juin dernier, en meeting mondial à Tunis, il ramène deux médailles d’or à la Côte d’Ivoire. A l’aéroport, il ne bénéficie pas de l’honneur de la Nation. Peu de médias font échos de ses performances. Mais notre jeune athlète se réjouit des accolades de ses parents. Ses proches changent de regard et le soutiennent désormais. Si Richard s’est tourné vers le sport au détriment d’une formation qualifiante dans l’entreprise, c’est parce qu’il y voit une voie de reconversion digne. « J’aurais pu apprendre un métier et m’insérer dans le privé. Mais il est souvent difficile pour les chefs d’entreprises de nous embaucher à cause de notre petite taille », regrette le jeune homme. L’embûche ne s’arrête pas à l’entreprise. Difu ne se rappelle plus le nombre de fois qu’il a été piétiné dans le bus en se rendant à l’entrainement : « les gens marchent sur nous dans le bus, sans faire exprès. Je ne leur en veux pas. C’est parce que les véhicules de transport ne sont pas adaptés pour nous, mais nous n’avons pas le choix. » Kimi Edwige, secrétaire permanente de l’Association ivoirienne des sports paralympiques salue la motivation de Difu malgré les écueils. « Avec lui, nous n’avons pas eu de difficulté d’adaptation. Dès le premier jour, il n’a jamais arrêté. Il est motivé et conscient de ce qu’il fait. Ce qui n’est pas toujours le cas avec les autres athlètes. Nous avons enregistré des absences dans leur rang », clame-t-elle. Difu fait partie des trois athlètes de petite taille de l’association. « Il faut les intégrer et saluer les efforts qu’ils font pour se surpasser car en chacun de nous il y a un handicap », prône la bonne dame. «L’image de la personne handicapée est très souvent associée à la mendicité. Il faut encourager ceux qui se battent. Si nous avons choisi de faire le sport, sachez que ce n’est pas facile. Mais nous y mettons du cœur. Nous avons besoin de structures de sport adaptées pour personnes handicapées », plaide pour sa part le champion paralympique.

Djenabou Kangouté, un rendement salutaire au travail

En dehors du sport, quelques personnes de petite taille parviennent à s’insérer dans l’administration. Même si elles se comptent du bout des doigts. Djenabou Kangouté est l’une d’elles. Agée de 32 ans, elle mesure 1,20 m. Secrétaire comptable à la banque du trésor au Plateau, elle possède un Brevet de technicien supérieur (Bts) en finances comptabilité. Nous avons choisi l’heure de la pause pour échanger avec elle le 17 septembre dernier à son bureau situé au premier étage de l’immeuble. Sympathique, avenante et jolie, elle est heureuse de nous recevoir, comme si elle attendait ce moment : « merci de vous intéresser à nous. Ce n’est pas toujours évident qu’on parle de nous quand il ne s’agit pas de nous ridiculiser », annonce-t-elle, comme pour caricaturer l’image extérieure de la personne de petite taille. Une image que Djenabou a le pouvoir de surmonter. Elle est bien née. Bien entourée. Sa famille l’adore. Au travail, elle est le chouchou de ses collègues. Tout le monde la salue au passage. Certains la taquinent même pendant qu’elle répond aux questions du reporter. D’où puise-t-elle cette joie de vivre ? « Je suis la seule dans ma famille à être de cette taille. J’ai même posé la question à ma mère pour savoir qu’est ce qui a occasionné mon handicap mais elle m’a dit que c’est la volonté de Dieu et que je dois prendre la vie du bon côté », répond la jeune fille. C’est en 2006 qu’elle intègre la Fonction publique à la faveur du recrutement des personnes handicapées. Elle débute au service financier du Centre national de transfusion sanguine. « J’ai commencé avec le Bt ensuite j’ai fais le Bts et je compte aller encore de l’avant. » Notre interlocutrice se réjouit de la bonne ambiance au travail et surtout la compréhension de ses supérieurs. « C’est difficile de travailler avec les personnes de petite taille parce que nous sommes tout le temps fatigué après avoir accompli une petite tâche. Si le chef de service ne comprend pas, il peut se fâcher. J’ai la chance d’avoir une responsable qui me comprend », argumente Mlle Kangouté. Le chef de service en question se nomme Anick Opeli. Interrogée, elle dit être satisfaite du rendement de sa collaboratrice. « C’est une collaboratrice comme tous les autres. Je ne vois pas de différence. Je suis contente de son rendement », félicite la responsable. En dehors de son parcours professionnel, Djenabou Kangouté est aussi la détentrice de l’écharpe de première dauphine du concours de beauté sous-régional des personnes de petite taille. « Quand je suis allée à Bamako en 2012, j’ai été la première dauphine du concours miss des personnes de petite taille. On devrait me recevoir comme les autres miss qui vendent positivement l’image de la Côte d’Ivoire mais cela ne s’est pas fait. J’ai échangé par téléphone avec la deuxième dauphine et elle m’a dit que les autorités de son pays l’ont accueilli à l’aéroport. » Djenabou n’est pas déçue pour autant. Elle décide de mettre en place une association des personnes de sa catégorie. Il s’agit de l’Association des personnes de petite taille de Côte d’Ivoire (Apptci). Elle entre en contact avec Djamassé Raoul alias Américain et ensemble, ils montent le projet en cours de finalisation. Américain n’est plus à présenter. Il est une figure emblématique des personnes de petite taille dans le pays. C’est dans les années 90 qu’il vient au devant de la scène par la musique. Ses mélodies bercent l’opinion qui l’adopte. Si Américain est adulé et respecté, c’est aussi grâce à son bagage intellectuel. Diplômé en physique nucléaire, il est professeur de lycée option physique-chimie avec le rang A4. Il est affecté au service communication du Centre national des matériels scientifiques (Cnms) à Cocody et gagne bien sa vie.

Djamassé Raoul alias Américain, l’icône incontournable

Il est chargé de promouvoir le centre qui dispose des matériels de sciences physiques et de sciences de la vie et de la terre pour les lycées et collèges. Américain nous reçoit à son bureau à la veille de la fête de la Tabaski. L’artiste chanteur est installé au rez-de chaussée pour éviter les escaliers. Dans la pièce, l’homme occupe un meuble taillé sur mesure. Une petite caisse est posée sous son siège pour lui permettre de monter et de s’asseoir facilement. Assis à son aise, il est à l’abri des lourdeurs que peuvent ressentir les personnes de petite taille dans un environnement non adapté. « Ici on a créé un monde meilleur pour moi », mentionne-t-il avec son brin d’humour habituel. Il est courant de rencontrer des hommes de petite taille qui s’identifient à lui. Comment vit-il cette position ? Il répond avec modestie : « on voit Américain, mais il y a aussi d’autres personnes qui s’en sortent. Nous avons des bacheliers, des étudiants, des coiffeuses. Nous commençons à nous intégrer, ce qui n’était pas le cas avant. Mais pour réussir l’intégration, nous devons nous organiser ». Sur son bureau, on aperçoit une chemise contenant les statuts et règlements de l’Apptci. Américain affirme qu’il est respecté parce qu’il inspire le respect. « On me respecte parce que j’ai un niveau intellectuel élevé, mais les autres, ce n’est pas toujours évident. A Yopougon et à Koumassi, les personnes de petite taille dansent dans les bars et on les prend comme des bouffons. Quand je vois cela, j’ai mal. » Pour Américain, les personnes de petite taille ne sont pas là pour faire rire les gens ou pour inspirer la pitié. « Je ne suis pas d’accord. Il y a mieux à faire.» Américain a peut-être raison. Victimes de préjugés, certaines personnes de petite taille se résignent. Soit elles s’offrent en personnage burlesque pour assumer leur pitance quotidienne. Soit elles vivent recluses, cachées du monde extérieur de peur d’être écrasées. Nous nous en rendons compte cet après midi du 17 septembre. Yacouba Koné, président de l'Organisation ivoirienne des démocrates handicapés (Oidh) nous a arrangé un rendez-vous avec une élève en classe de première dans la commune d’Abobo. Mais à notre arrivée, la jeune fille n’a pas daigné se présenter. « Lorsque l’heure du rendez-vous approchait, elle est repartie à la maison. Elle s’est rétractée parce qu’elle ne veut pas qu’on parle d’elle dans les journaux. Elle a peur du regard des autres parce que les gens ont tendance à rire devant les nains. On les prend pour des bouffons », justifiera Jeannot Okoué Ogoua, chargé des affaires sociales de l’association. « Ces personnes sont pour la plupart victimes d’un complexe d’infériorité. Elles ont des problèmes pour s’assumer. Elles peuvent travailler comme tout le monde mais il y a des travaux qu’elles ne sont pas en mesure d’effectuer. Donc leur insertion devient plus difficile que pour le paralytique », ajoute le président Koné. Il nous apprend que la difficulté d’insertion est aussi liée à la non scolarisation du fait des préjugés. « Les gens les voient comme des sorciers. C’est l’un des problèmes fondamentaux. Du coup, les parents rechignent à les scolariser. » Un argument que développe également Américain : « Quand un enfant est ainsi dans une famille, la mère est mal vue dans notre société. Les parents n’acceptent pas toujours de le scolariser. On le taxe de génie, de diable. Quand on l’exclue, il fonce droit dans l’échec social. Il se transforme en mendiant», dénonce Djamassé Raoul. Même quand elles sont scolarisées, la question de l’emploi demeure. Le Collectif des handicapés diplômés sans emploi (Cohdise) dirigé par David Konan revendique une trentaine de personnes de petite taille. « Elles rencontrent en général les mêmes problèmes d’insertion que les autres types de handicap, mais singulièrement du fait de leur petite taille, elles sont infantilisées peu importe leur âge et surtout leur potentialité qui à n’en point douter est énorme », nous révèle le porte-parole du collectif dans un échange par mail le jeudi 18 septembre. A l’en croire, le peu qui réussit à s’insérer se retrouve en général dans le secteur informel. M. Konan cite, entre autres, l’artisanat, le commerce, l’élevage, l’agriculture. Deux jours auparavant, notre équipe a interviewé Konan Anne Cécile, secrétaire de la Fédération des associations des personnes handicapées au siège de la structure au Plateau. Elle est par ailleurs, la présidente de l’Union des femmes handicapées. Comme le précédent intervenant, elle admet le caractère particulier de ce type de handicap. « Ces personnes rencontrent des difficultés que nous ne rencontrons pas. On défend aux personnes handicapées d’enseigner en général mais quand il s’agit des handicapées de la taille, c’est encore grave. Au niveau du primaire, les handicapés moteurs n’enseignent pas mais dans le secondaire, ils sont admis. Par contre les nains sont refusés aussi bien dans le primaire que dans le secondaire. Pour un monde de travail qui est déjà réduit, vous comprenez que c’est difficile. Surtout lorsqu’il s’agit de domaine où ils peuvent faire valoir leur compétence», constate-t-elle amère. « Il ne faudrait pas que lorsqu’un individu est de petite taille, il soit marginalisé d’office. En tant que citoyen ordinaire, ce sont des gens qui ont de la valeur intrinsèque, de la connaissance, du savoir-faire. Il faudrait qu’on sache les utiliser pour que ce pan de la société contribue au développement », recommande pour sa part, Dr Guillaume Djè Bi Tchan, psychologue, spécialiste de la génétique différentielle. Il a fait cette sortie au cours d’un entretien à l’université Félix Houphouet Boigny de Cocody, le 17 septembre également. Lors du dernier recensement général de la population (en 1998), les personnes de petite taille n’ont pas été prises en compte. Il est aujourd’hui difficile de situer leur nombre exact. C’est pourquoi l’association en gestation compte identifier cette catégorie de personnes sur le territoire national. Et aussi recueillir les problèmes qu’elle rencontre pour mieux orienter ses actions.

L’exemple malien

Le premier samedi des mois, les adhérents se retrouvent à Adjamé. Ils apprennent à surmonter les préjugés et s’assumer. Mais surtout, c’est la question de l’insertion socio-professionnelle qui domine les débats. L’ initiative est encouragée au niveau international. Karidjatou Marie, présidente de l’Association africaine des personnes de petite taille et par ailleurs présidente de l’Association malienne des hommes de petite taille est venue coacher ses pairs le 21 février dernier à Abidjan. Pour la petite histoire, le Mali est pionnier dans la prise en charge spécifique des personnes de petite taille dans la sous-région. C’est sous l’impulsion de Logbo Touré, l’ancienne première dame que le sujet est pris à bras-le-corps. Karidjatou Marie est même employée au Palais présidentiel de son pays. En Côte d’Ivoire, l’insertion spécifique des personnes de petite taille n’est pas encore sur la table des grands débats. Elles sont prises en compte dans la politique globale des personnes handicapées. C’est ce que dit en substance Victorien Krouwélé Dosso, directeur de la Protection des personnes handicapées avec qui nous avons également échangé : « Les personnes de petite taille sont vues comme des handicapées et cela ne date pas de très longtemps. Ici en Côte d’Ivoire, il n’y a pas de politique spécifique et définie concernant les personnes handicapées. Nous avons une politique générale, dans laquelle nous avons les différents types d’handicaps habituels, à savoir : les handicapés moteurs, les handicapés sensoriels, les handicapés auditifs et intellectuels.» Cependant, ajoute-il, la notion de l’handicap étant évolutive, certains phénomènes peuvent conduire à une classification. Pour défendre la cause de ses semblables au sommet de l’Etat, Djenabou Kangouté, l’initiatrice de l’association ivoirienne rêve en secret de rencontrer la Première Dame, Dominique Ouattara. Qui dit que ce qui a marché à Bamako, ne peut pas marcher à Abidjan ?

Nesmon De Laure

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7 novembre 2014 5 07 /11 /novembre /2014 13:46

L’affaire Awa Fadiga avait conduit à la fermeture des urgences du Centre hospitalier universitaire (CHU) de Cocody, le 1er mai dernier. Les malades sont désormais conduits aux urgences du CHU de Treichville. Ce qui cause des débordements.

C’est la galère aux urgences médicales du Centre hospitalier universitaire (CHU) de Treichville. Quand vous franchissez le seuil du bâtiment, une odeur nauséabonde vous accueille. Malgré le cache-nez qu’ils portent, les accompagnateurs de malades se plaignent eux aussi des urgences malodorantes. Est-ce l’odeur de sueur des individus présents dans l’enceinte exigüe qui crée cette gêne ? En tout cas, il est quasiment impossible de se frayer un chemin dans les couloirs de ce service. Le lieu grouille de monde. La climatisation ne marche pas depuis belle lurette. La sueur dégouline sur les visages livides des hommes en blouse blanche. Les patients sont couchés à même le sol. C’est dans cette position qu’ils subissent la perfusion pour la plupart ce mercredi 29 octobre. «Il n’y a pas de places ailleurs. Nous n’avons pas d’argent pour aller dans les cliniques privées. Nous sommes obligés d’accepter cette position», lance, résignée, l’épouse d’un malade étendu sur une natte. En réalité, la quarantaine de lits destinés à la mise en observation ne suffisent plus pour le flux de malades. Il en est de même pour les médicaments. Les étagères de la pharmacie interne sont vides. Même les seringues sont achetées dehors, dans les officines privées.

26 décès en un jour !

Depuis le 1er mai, les urgences médicales de Treichville sont surchagées. C’est à cette date qu’il a été décidé de fermer les urgences médicales du CHU de Cocody. Une décision prise à la suite de l’affaire Awa Fadiga, le mannequin décédé dans ledit hôpital. Depuis lors, les malades convergent vers les urgences de Treichville. L’hôpital est débordé. Ce qui expose les usagers aux infections nosocomiales. Il s’agit des infections contractées lors d’un séjour dans un hôpital. «Les germes se promènent dans l’air, c’est ce qui explique ces odeurs», justifie un médecin qui a requis l’anonymat. Un major des urgences est même décédé, il y a environ deux semaines, rapporte-t-on. Ses collègues pensent qu’il a chopé l’infection au sein même de l’hôpital. «On se dit que sa mort peut avoir un rapport avec les odeurs. Il a pu prendre une odeur nosocomiale et en mourir», croit pour sa part Fofana Ahmed, porte-parole de la coordination des syndicats du CHU de Treichville. Il insiste sur les risques sanitaires et les difficultés dans la prise en charge. «La semaine dernière (du lundi 27 au vendredi 31 octobre, Ndlr), en 24 heures, il y a eu 26 décès aux urgences. C’est vraiment sérieux», révèle-t-il. Par ailleurs, nous apprenons sur place, que n’en pouvant plus, des médecins simulent des malaises pour bénéficier d’arrêt maladie. D’autres, par contre, tombent effectivement malades. La conséquence est que les patients sont souvent abandonnés à leur sort. «Pour un service qui doit recevoir une trentaine de malades, il en reçoit près de 150», dénonce notre interlocuteur. Il énumère que le médecin doit faire les visites du matin jusqu’au soir. Du coup, il développe des lombalgies et autres maux. «C’est vraiment difficile. Arrivé à un certain moment, on fait la consultation et on suit les cas urgents parce qu’il faut le faire. Par conséquent, on n’est plus efficaces», admet Fofana Ahmed. «C’est une honte. Franchement, j’ai honte pour mon pays», se dit déçu un parent de malade venu de Tiébissou, 285 km au nord d’Abidjan. Ce dernier doit encore attendre une heure avant de rencontrer son cousin en salle d’observation. Arrêté de l’autre côté de la grille, à l’entrée principale, il se plaint de la limitation des horaires de visite. «Si on ne limite pas les heures, ce sera un enfer ici. Il y a déjà assez de malades. S’il doit avoir du monde autour d’un seul malade, imaginez ce que ça peut être», justifie en revanche un vigile. Comme l’homme venu de Tiébissou, de nombreux visiteurs s’impatientent. S’ils savaient ce qui se passait à l’intérieur, ils auraient compris ce dispositif.

Que devient la réhabilitation des urgences ?

Nous avons posé la question au service de communication du ministère de la Santé. Joint par téléphone, puis par courrier électronique, mercredi 29 octobre dernier, le responsable dudit service a promis de nous mettre en contact avec une personne ressource en vain. Toutefois, ce que l’on sait, c’est qu’en mai dernier, le gouvernement a affirmé avoir débloqué trois milliards pour la réhabilitation des trois CHU d’Abidjan. «Il y aura à peu près 1,5 milliard qui sera affecté au CHU de Treichville, 1,5 milliard également pour le CHU de Yopougon et 1,8 milliard pour Cocody. Cela permettrait de changer la donne», promettait le Premier ministre, Kablan Duncan, devant la vétusté et le sous-équipement des structures sanitaires. C’était au sortir d’une visite aux urgences chirurgicales et médicales du CHU de Treichville. A cette occasion, le chef du gouvernement a annoncé que 196 millions ont été dégagés pour la réhabilitation des urgences. «Je sais que cela semble théorique, mais ça ce traduit sur le terrain par une série de travaux qui ont débuté et qui vont s'accélérer», a-t-il commenté. Six mois après, les résultats sont attendus.

Nesmon De Laure

Un patient sous perfusion à même le sol (photo: Nesmon De Laure)

Un patient sous perfusion à même le sol (photo: Nesmon De Laure)

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28 octobre 2014 2 28 /10 /octobre /2014 20:37

" Nous n'avons pas la certitude qu'il soit entré en Côte d'Ivoire"

Dr Daouda Coulibaly, chef du service de Surveillance épidémiologique à l’Institut national d’hygiène publique (Inhp) et point focal de la surveillance contre la fièvre Ebola en Côte d’Ivoire fait le point de la situation après l’annonce de la présence d’un infirmier guinéen potentiellement contaminé sur le sol ivoirien.

Quelle est la suite des recherches au sujet de l’infirmier Guinéen qui serait entré en Côte d’Ivoire ?

Nous n’avons pas de nouvelles informations jusqu’à présent. On ne l’a pas encore retrouvé.

Les recherches se poursuivent-elles?

Oui. Si on le retrouve, on va le mettre sous surveillance. Cependant, nous n’avons pas la certitude que l’infirmier guinéen soit entré en Côte d’Ivoire en passant par Man. On dit qu’il a pris la direction de la Côte d’Ivoire. Est-il réellement entré dans le pays? Où est-il ? En tous cas il n’a pas encore été signalé par la communauté ou quelqu’un d’autre.

Un allègement des mesures de la surveillance comme l’ouverture des frontières aériennes est de mise. Est-ce valable pour les accolades ?

Nous allons continuer à sensibiliser la population pour ne pas qu’elle se serre la main parce que la mesure est en vigueur. Ne pas se faire des accolades, ne pas se serrer les mains, sont des mesures préventives, donc il faut continuer à faire passer ce message. Nous n’allons pas attendre d’être dans la flambée épidémique pour avoir les bonnes pratiques. Celui qui vient vous voir, il n’est pas écrit sur son front qu’il a de la fièvre et qu’il vient de la Guinée. Si vous ne faites pas attention, vous pouvez contracter la maladie. Vous avez vu au Mali, la petite fille qui était déjà malade et qui a quitté la Guinée. Depuis le voyage, elle était contagieuse. Donc si des personnes sont entrées en contact avec elle, se sont des personnes à risque pendant 21 jours.

Quelle est la nuance entre les expressions, ‘’sujet contact’’, ‘’cas suspect’’ et ‘’cas alerte’’, employées dans la surveillance Ebola ?

Le sujet contact, comme son nom l’indique, est une personne qui a eu un contact avec un malade de fièvre Ebola. Contact veut dire qu’il a touché, soigné, salué, embrassé ou fait des accolades avec la personne malade. Le suspect, c’est celui qui présente des signes évocateurs de la fièvre Ebola, c’est-à-dire une fièvre, des maux de tête, une diarrhée suivie de vomissement et de saignement, et qui, en plus de tout cela, a eu un contact avec un cas avéré. Le cas alerte, c’est ce que vous appelez les rumeurs, c'est-à-dire quelqu’un qui a une fièvre ou qui est décédé brusquement.

A quel moment parle-t-on alors de cas suspect ?

Si on retrouve la notion de contact ou de séjour dans une localité affectée chez un individu, il devient suspect. On doit lui faire un prélèvement et aller analyser au laboratoire. Si le laboratoire dit que c’est positif, maintenant on peut confirmer. L’individu qu’on recherche actuellement est un contact. On n’est pas contagieux quand on ne présente pas les signes.

Quel conseil particulier adressez-vous à la population ?

On demande à la population d’informer le centre de santé le plus proche si elle a des informations sur des cas. On demande aussi à la personne incriminée de se présenter dans le centre de santé rapidement parce que cela lui donne plus de chance de guérison, et aussi des chances de ne contaminer personne.

Entretien réalisé par Nesmon De Laure

crédit photo: droit reservé

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10 octobre 2014 5 10 /10 /octobre /2014 14:11

Trois experts américains ont animé une conférence de presse par vidéo projection sur la réponse de leur pays face à la menace Ebola, mercredi dernier. Notre équipe y a participé depuis une salle de conférence de l'ambassade américaine à Abidjan.

On en sait un peu plus sur le déploiement de l’armée américaine en vue de combattre l’Ebola dans la sous-région. Steven Hummer, commandant adjoint des opérations militaires d’Africom a expliqué l’agenda de cette opération, mercredi dernier, au cours d’une conférence de presse par vidéo projection depuis les Etats-Unis d’Amérique. «L’Ebola menace la sécurité en Afrique. La menace est internationale parce que la sécurité durable est de notre intérêt à tous. L’armée a les capacités uniques dont ont besoin les Etats pour faire face à l’Ebola», a-t-on, entre autres, recueilli dans l’une des salles de conférence de l’ambassade américaine à Abidjan. Steven Hummer a détaillé qu’une base intermédiaire sera installée à Dakar au Sénégal. Un centre de formation pour les personnels de santé sera créé à Monrovia, la capitale libérienne. «Nous sommes en train de convoyer du personnel pour développer le centre. (…) Nous allons envoyer le nombre de personnes nécessaires à Monrovia pour la mission», a-t-il indiqué. Il a aussi précisé qu’une fois le centre occupé par le personnel de santé local, les ingénieurs retourneront aux Usa. Et le contingent sera réduit de ses hommes au fur et à mesure. Nancy Lindborg, administrateur adjoint de l’Usaid pour la démocratie, les conflits et l’aide humanitaire et co-conférencière est revenue sur l’expérience vécue lors de son passage au Liberia. «J’ai expérimenté les difficultés vécues par les enfants malades. Nous savons que ce sont eux qui souffrent le plus», a-t-elle partagé avant de préconiser une communication de proximité auprès des communautés pour atténuer la stigmatisation. Donald Lu, coordonnateur adjoint pour la réponse au virus Ebola dans le département d’Etat américain, a, quant à lui, exposé sur les fonds mis à disposition par les Etats-Unis pour la lutte dans les pays touchés ou menacés. Il a lancé un appel pour que la chaîne de solidarité s’agrandisse.

Nesmon De Laure

Ebola/ L'Amérique explique le rôle de son armée
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31 juillet 2014 4 31 /07 /juillet /2014 15:21

Spécialiste en Hépato-gastro-entérologie, l’ancienne ministre de la Santé et de la Lutte contre le Sida, Pr Thérèse N’Dri Yoman est candidate au poste de directeur régional de l’Organisation mondiale de la santé (Oms) pour l’Afrique. L’élection se tiendra en septembre, à la 64ème session du comité régional au Benin.

Professeur, on constate que vous voyagez beaucoup ces jours-ci. Comment se passe votre campagne ?

Comme vous le constatez, nous voyageons dans le cadre de la campagne pour faire du lobbying et surtout profiter des grands rassemblements où on trouve les chefs d’Etat et les ministres en charge de la Santé et des Affaires étrangères pour poursuivre le lobbying.

Comment réagissent vos interlocuteurs pour l’instant ?

Dans tous les cas, comme il s’agit d’élection et qu’il y a plusieurs candidatures, nous essayons de mettre toutes les chances de notre côté. Nous obtenons des soutiens au fur et à mesure que la campagne avance et nous ferons le bilan à un moment donné pour voir quels sont les pays qui ont effectivement donné leur parole et leur soutien à la Côte d’Ivoire.

Vous avez suggéré une candidature unique pour la sous région ouest africaine et cela a été parfois diversement interprété. Doutez-vous de vos capacités ?

Ce n’est pas la Côte d’Ivoire qui demande une candidature unique. Il s’agit d’une compétition africaine qui concerne quarante-sept pays d’Afrique, et nous avons un candidat issu d’un pays de l’Afrique centrale, et une candidate issue d’un pays de l’Afrique australe et en Afrique de l’Ouest, nous sommes trois candidates pour le même poste. Nous partons affaiblis par rapport aux autres régions, si un rapprochement n’est pas fait. Dans tous les cas, lorsqu’on décide de se porter candidat à un tel poste, c’est qu’on remplit les critères exigés. A ce niveau, nous n’avons pas d’inquiétudes. Sinon, dans toute élection, il peut avoir le jeu des alliances. Au niveau continental, il s’est trouvé que la Cote d’ Ivoire se soit mobilisée pour d’autres candidats de la Sous-région à certaines consultations de haut niveau. En ce qui nous concerne, nous poursuivons le lobbying pour avoir le soutien du plus grand nombre d’Etats membres.

Quels sont les problèmes de santé auxquels vous comptez vous attaquer, une fois élue ?

Les questions qui nous préoccupent énormément concernent la mortalité maternelle et infantile. Malgré les énormes progrès en matière de politique de santé en faveur de la femme, l’Afrique est toujours handicapée pour ce qui est de la mortalité maternelle. La Côte d’Ivoire est par exemple à 600 décès pour 100 mille naissances vivantes alors que les pays occidentaux sont à peine à 1% de décès maternel. La santé de la femme est préoccupante car nous n’arrivons pas à la gérer convenablement parce que nous avons une faiblesse en infrastructure. En Afrique, nous avons également un groupe de maladies appelées les maladies tropicales négligées. Ce sont des maladies telles que l’onchocercose, la trypanosomiase, le pian et autres. Ces maladies suscitent généralement très peu d’intérêt. Cependant, vue la solidarité mondiale qui existe autour des questions de santé, certains pays occidentaux soutiennent la lutte contre ces maladies en offrant même gracieusement des médicaments. Nous pensons que l’Afrique doit faire l’effort de se débarrasser de ces maladies-là, parce que cela est possible. En outre, Il faut noter une autre préoccupation en matière de maladie. Il s’agit de la forte expansion des maladies chroniques non transmissibles comme le diabète, l’hypertension artérielle, les cancers, notamment ceux du poumon, du foie, etc. pour lesquelles, les mesures préventives peuvent permettre de réduire les risques de survenue. Pour toutes ces raisons, et pour espérer réduire de façon notable ce fardeau de la maladie, il nous parait important de mettre à la disposition des populations africaines, ce que nous avons acquis comme connaissances et expériences dans la gestion de santé.

Les problèmes de santé ayant des spécificités d’une partie à une autre du continent, comment aborderez-vous les différentes régions africaines ?

L’Afrique de l’Ouest par exemple est non seulement touchée par les maladies que nous venons de citer, mais il se trouve qu’elle est une zone de conflit pour certains pays et de post-conflit pour d’autres. Ce qui a causé beaucoup de destructions des infrastructures sanitaires avec une désorganisation des systèmes de santé. Il faut compter aussi avec le déplacement de la population soignante et la fuite des cerveaux. En collaboration avec l’Organisation ouest africaine de la santé (OOAS), nous devrons mettre en commun les ressources disponibles pour pouvoir aborder au mieux ces questions.

En Afrique centrale par contre, on dénombre beaucoup de maladies tropicales négligées comme des filarioses assez spécifiques (loase et leishmaniose) qu’il faudrait aborder avec détermination. En Afrique australe, où se trouvent de nombreux pays miniers, ils sont confrontés à des pathologies pulmonaires, cutanées, en rapport avec l’environnement et l’exploitation minière. C’est donc la cartographie des pathologies des différentes sous-régions que nous allons exploiter. Mais ce qui est important, c’est d’aller vers les autorités sanitaires de ces pays pour toucher du doigt les problèmes qui les préoccupent réellement.

Les Chefs d’Etat africains ont du mal à faire respecter leur engagement d’octroyer 15% de leur budget national à la santé. Quelle stratégie prévoyez-vous pour mieux financer la santé ?

Effectivement, quel que soit le pays d’Afrique, le financement de la santé constitue la pierre angulaire. Il en est de même pour tout système de santé dans le monde. Or, la plupart des pays de la région sont des pays en voie de développement. Cependant, il existe aussi potentialités financières dans ces pays. Lorsque vous prenez la région ouest-africaine, certains pays ont des richesses minières, forestière ou en rapport avec les cultures de rente etc. d’autres pays de l’Afrique centrale sont riche en pétrole. Les ressources tirées de l’exploitation de ces produits peuvent être un réinvestie dans la santé. On note une volonté politique des décideurs à améliorer le financement de la santé. A nous de faire le plaidoyer convaincant et bien documenté en vers les Chefs d’Etat. C’est une promesse qu’ils ont faite il y a plus d’une dizaine d’années. Il est temps d’en faire une réalité en passant aux actes. C’est possible de le leur dire avec la manière. Ils comprendront. Cependant, il faut insister sur une bonne utilisation des ressources allouées à la santé en Afrique. L’effort qui est déjà consenti par chaque Etat, par les partenaires, doit se concrétiser sur le terrain. Quand on a l’impression qu’on met de l’argent quelque part et qu’on n’obtient pas les résultats escomptés, ce n’est pas encourageant.

Apparemment, vous maitrisez les questions de santé en Afrique, ce qui peut être le cas pour vos concurrents. Qu’est ce qui doit faire la différence en votre faveur ?

Nos atouts s’appuient d’abord sur notre formation. Nous pensons avoir suivi une formation complète en médecine et dans notre spécialité, l’ Hépato-gastro-entérologie. Nous avons mené des actions de lutte contre la maladie dans ce domaine. En effet, nous avons une expérience de gestion des grands problèmes liés aux maladies digestives. Depuis 1992, nous avons fait beaucoup pour en Côte d’Ivoire en matière de sensibilisation et de connaissance des maladies digestives comme les ulcères, la cirrhose, la lutte contre les Hépatites virales, les cancers du foie. De plus, lorsque l’épidémie du VIH/Sida s’est déclarée et que la Côte d’Ivoire s’est engagée dans la lutte, nous nous y sommes aussi engagées avec la recherche. Par la suite, nous avons créé une Ong de prise en charge des personnes vivant avec le VIH/Sida dénommée Aconda-VS- Côte d’Ivoire qui suit aujourd’hui près de 25 mille patients.

Quelles sont le perspectives de l’Ong aujourd’hui ?

Les perspectives sont bonnes, puisque nous comptons transformer l’Ong en un cabinet de consultance et mieux nous positionner au plan international. Aconda a développé d’autres compétences en dehors de la gestion de la maladie, elle a l’expérience de la programmation et de la décentralisation. Des sites de prise en charge ont été progressivement installés sur l’ensemble du territoire. Aconda capitalise aussi une expérience en gestion financière puisque plusieurs partenaires financiers et techniques nous soutiennent. Actuellement, Aconda est impliquée dans la prise en charge des patients dans le cadre du projet OCAL (organisation du projet corridor Abidjan-Lagos. En dehors de cette expérience, nous avons occupé de hautes fonctions académique, administrative et gouvernementale, posé des actes de santé publique de hautes portée social ; Acteur de terrain, nous avons géré de grands problèmes de santé comme la mortalité maternelle et le Vih/Sida, la mortalité infantile, le paludisme etc. Nous avons eu à élaborer des documents stratégiques de politique de santé, créer et piloter des programmes nationaux de santé etc. et mener des reformes tant au plan académique qu’au niveau du ministère de la santé.

Vos travaux de recherches sur le VIH ont abouti à des recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) sur la prescription d’un médicament. Vous misez certainement sur vos publications pour soutenir votre candidature…

Effectivement, les travaux que vous citez ont abouti à une recommandation de l’OMS pour la prescription du Cotrimoxazole aux stades précoces du VIH. En effet, au début de l’épidémie, les antirétroviraux étaient peu disponibles en Afrique. Quand il y en avait, ils étaient très chers et les africains n’arrivaient pas à se traiter alors que les affections opportunistes étaient très répandues et souvent mortelles. Si vous vous rappelez, les diarrhées et les toux chroniques emportaient rapidement les malades. Nous avons fait des travaux de recherche sur l’administration d’un médicament classique déjà prescrit , le Cotrimoxazole ou Bactrim ; les résultats ont démontré qu’en prescrivant très tôt cette molécule aux patients, on pouvait éviter l’évolution vers des stades plus graves, et la mortalité précoce . En Côte d’Ivoire, un consensus s’est fait autour des résultats de ces travaux puis ce médicament a été recommandé en Afrique. L’OMS a par la suite a adopté cette recommandation. C’est un travail important qui a modifié de façon significative le pronostic vital du Vih/Sida. Nous sommes aussi à l’ origine de l’intégration du vaccin contre l’hépatite virale B dans le programme élargi de vaccination. Suite aux recommandations mondiales, nous avons fait un plaidoyer qui a permis d’inscrire ce vaccin dans le PEV. Ce sont là quelques acquis de terrain.

Votre profil personnel semble attrayant pour le poste de directeur à l’Oms Afrique. Mais le système sanitaire ivoirien n’est-il pas un handicap, vu que certains compatriotes partent se soigner en Afrique du Nord ou ailleurs ?

Il faut rappeler que La Côte d’Ivoire est aussi un pays moteur dans la sous-région. Chaque fois qu’elle en a eu l’occasion, elle a posé des actes en vue de l’amélioration de son système sanitaire. Nous avons eu très tôt l’Institut de cardiologie d’Abidjan, au niveau du privé, la polyclinique Sainte Anne Marie de renommée régionale voire internationale. Malheureusement, nous avons eu également une période de flottement. Mais aujourd’hui, avec la relance du système de santé, la Côte d’Ivoire présente un bon profil. On sait que nul n’échappe à des difficultés liées à des crises. Il faut surtout savoir se relever. C’est ce qui est en cours.

Nous avons eu à gérer le système sanitaire et nous pouvons vous dire que le pays est sur la bonne voie. La Côte d’Ivoire œuvre pour la couverture maladie universelle et la réforme de la pharmacie de la santé publique. Ce sont des avancées notables. Nous venons également d’ouvrir l’hôpital général d’Adjamé, c’est dire combien nous faisons des progrès par rapport à l’accessibilité aux soins.

Malgré ce tableau, un candidat ivoirien a déjà échoué pour le même poste. N’avez-vous pas d’appréhension par rapport à ce passé ?

Quand on va à des élections, il y a des craintes, mais il y a aussi beaucoup d’espoirs. Aujourd’hui, la dynamique qui se crée autour de notre candidature est un élément positif. Le compatriote dont vous parlez avait des atouts et cela fait plus de dix ans. Nous n’avons peut-être pas su nous mobiliser autour de sa candidature. Pour une telle élection, la mobilisation nationale est très importante. C’est le pays qu’on doit positionner et non la personne. C’est donc très important pour moi de bénéficier du soutien du Chef de l’Etat et du gouvernement de la Cote d’Ivoire. Je profite de votre tribune pour leur traduire ma profonde gratitude.

Sur les cinq postulants, on dénombre quatre femmes. Quelle est votre lecture de la pléthore de candidatures féminines ?

Avec la promotion qui est faite autour des candidatures féminines au niveau des Nations Unies, il y a une forte probabilité que la gagnante soit une femme. Je pars moins avec des a priori concernant le genre. Nous avons les mêmes compétences que les hommes. Nous ne partons donc pas handicapées par le profil ou le genre c’est même un autre atout pourrai-je dire.

Quel message particulier adressez-vos aux ministres de la santé d’Afrique qui sont aussi électeurs ?

Aux ministres de la santé d’Afrique, je souhaite que ma candidature retienne leur attention car je pense avoir l’expérience et les compétences requises pour diriger la Région sanitaire de l’OMS. Je suis un cadre de la santé qui a toujours œuvré dans le sens de l’amélioration de la santé des populations et du renforcement des systèmes de santé et des capacités des ressources humaines tant au plan national que régional. J’espère pouvoir bénéficier de leur suffrage au moment des élections au mois de septembre 214.

Interview réalisée par Nesmon De Laure

Prof N’Dri Yoman : « La mobilisation nationale est très importante » (Photo NZ)

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21 juillet 2014 1 21 /07 /juillet /2014 20:24

L’éradication du ver de Guinée en Côte d’Ivoire est salutaire. Mais le pays doit demeurer vigilant au sujet des autres Maladies tropicales négligées (Mtn) dont les taux de prévalence interpellent.

Quand vous voyez des personnes qui urinent du sang, il peut s’agir de la phase active de la bilharziose. C’est une maladie provoquée par les bilharzies. «Ce sont des vers parasites du système circulatoire de l’homme qui provoquent une émission de sang par les voies urinaires», signale Dr Romance Dissiéka. Elle est assistant des programmes à Helen Keller international et spécifiquement chargée des questions liées aux Maladies tropicales négligées (Mtn). Nous l’avons rencontrée à son bureau aux Deux-Plateaux, jeudi 10 juillet. Elle explique que le mode de contamination est simple. Ces vers passent par les pores ou par une ouverture quelconque lorsque l’individu est au contact d’une eau contaminée. «Une personne infectée, qui a le parasite dans son corps, va déféquer au bord de l’eau, donc lorsque quelqu’un d’autre vient nager dans cette eau, elle s’infecte à partir des larves déposées. Cette maladie se développe dans les communautés démunies qui n’ont pas accès à l’eau potable ou à un assainissement satisfaisant», argumente-t-elle.

Eléphantiasis, Akoupé détient la palme

Le médecin indique que la bilharziose fait partie des Mtn. «Il s’agit d’un groupe de maladies infectieuses, endémiques dans un certain nombre de pays en développement. Elles sont généralement associées à l’humidité, on parle de tropicale. Elles font partie de l’ensemble des pathologies qui concernent essentiellement des parasites, dans 90% des cas», précise-t-elle. A l’en croire, l’expression négligée vient du fait que ces maladies ont connu dans le passé une insistance thérapeutique. «Il y a eu un acharnement et un tapage dans la lutte contre ces maladies. Elles sont arrivées à un seuil d’élimination où elles n’existaient pratiquement plus. On a baissé les bras. La communauté internationale est restée statique. Et elles sont à présent en train de réapparaître en force», constate Dr Dissiéka. Devant cette situation, pour attirer l’attention populaire, l’Organisation mondiale de la santé (Oms) a regroupé ces affections dans le vocable Maladies tropicales négligées. Selon les chiffres officiels de l’année en cours, en Côte d’Ivoire, 80 districts sanitaires sur 82 sont endémiques de la bilharziose, encore appelée schistosomiase. La plus forte prévalence est enregistrée dans le district de Zouan-hounien avec 68,92%. Tanda et Nassian sont les zones qui font exception. En dehors de la bilharziose, on note, entre autres, l’éléphantiasis, l’onchocercose et les vers intestinaux pour ne citer que ces cas. Selon les mêmes statistiques, sur les 82 districts sanitaires que compte le pays, la filariose lymphatique, plus connue sous le nom d’éléphantiasis est endémique dans 61. Ceci, pour une population à risque de 17.443 064 soit 70.92% de la population générale. L’éléphantiasis provoque un épaississement de la peau et des tissus sous cutanés. C’est la première maladie transmise par des insectes à être découverte. La région d’Akoupé dans l’Agnéby-Tiassa arrache le plus grand taux de prévalence, soit 53,33%. L’onchocercose ou maladie des rivières causée par la piqûre de la mouche simulie, est une cause majeure de cécité dans les pays africains. Les cas existent en Côte d’Ivoire dans 57 districts sanitaires. Par contre, tout le pays est endémique en ce qui concerne les vers intestinaux ou les géohelminthiases. Sakassou enregistre 22,67%, soit le taux le plus élevé.

Les informations recueillies indiquent que ces maladies touchent toutes les tranches d’âge. Selon un médecin du programme de lutte contre la schistosomiase, les géohelminthiases et la filariose lymphatique, qui a requis l’anonymat, «les modes de transmission des Mtn sont de deux ordres. Les transmissions par vecteur, et les transmissions directes. Les vecteurs sont les insectes. On parle de transmission directe lorsqu’elle se fait par les pores ou par une ouverture quelconque sur la peau.» Ainsi, l’onchocercose est due à une mouche qu’on appelle la simulie. Elle vit aux abords des cours d’eau qui ont un débit rapide. Quant à la filariose lymphatique, il s’agit du même moustique qui donne le paludisme, c'est-à-dire l’anophèle. Ces maladies sont négligées alors que la prise en charge n’est pas coûteuse. «Avec moins de 500 FCfa, on peut traiter une personne. Nous venons de faire un plan d’actions pour le traitement de 55 districts et prise en charge qui va coûter, 0,38 FCfa par habitant. Ce qui est pratiquement rien en comparaison des autres maladies qui connaissent un tapage médiatique», analyse la spécialiste à Helen Keller.

Un traitement pourtant moins coûteux

Elle ajoute que les médicaments sont donnés gratuitement par des firmes pharmaceutiques. Et que des traitements permettent de prévenir l’évolution de certaines affections. Toutefois, ces affections sont pour la plupart invalidantes. «Lorsqu’un individu est au stade de l’éléphantiasis, on ne peut plus rien faire. Il est en de même avec l’onchocercose ou cécité des rivières», révèle Dr Dissiéka. L’OMS commente que les Mtn ont des conséquences néfastes sur la santé et le développement socio-économique de nombreuses communautés dans les pays en développement, notamment les pays à faible revenu. Ce sont des maladies affectant presque exclusivement la population pauvre et impuissante, vivant dans les régions rurales et les quartiers défavorisés. Dans le monde, il existe beaucoup de Mtn. Mais l’OMS a retenu dix maladies. Parmi celles-ci, la filariose lymphatique vient en tête du classement en Côte d’Ivoire. Suivent la bilharziose, l’onchocercose, le trachome, la lèpre, l’ulcère de buruli, la trypanosomiase humaine africaine ou maladie du sommeil. Des Mtn sont traitées avec la prise des médicaments. C’est le cas par exemple pour les vers intestinaux, l’onchocercose. Une catégorie nécessite une prise en charge, comme l’ulcère de buruli et la lèpre. Certaines maladies sont curatives et d’autres ne le sont pas. D’où l’importance de la prévention.

Mode de prévention et d’éradication de ces maladies

Les spécialistes recommandent à la population de suivre les conseils d’usage en matière d’hygiène. Selon eux, il faut éviter le contact avec le vecteur. Ce qui sous-entend de se laver les mains après les selles, d’utiliser les latrines, de désherber les alentours de la maison et d’éviter les poches d’eau. «Les vers intestinaux, par exemple, sont transmis par le sol. On insiste donc sur le lavage des mains avant et après les repas. Il faut surtout sensibiliser les enfants. Car ce sont ceux-là qui jouent dans le sable et les flaques d’eau», persiste Dr Romance Dissiéka, assistant des programmes à Helen Keller international. Dans ce genre de maladie, l’accent est mis sur la prévention. Ceci, par l’administration de certains médicaments. C’est en ce sens que San Pedro, Soubré, Sassandra et Gueyo ont bénéficié en juin 2014 d’un traitement de masse. Il ressort des explications de la praticienne que les populations répondent favorablement. Toutefois, elle indique qu’il faut poursuivre la sensibilisation de proximité. «Il faut emmener les populations à véritablement prendre les médicaments qu’on leur donne. Car il s’agit d’un traitement intégré. Les deux médicaments qu’on leur procure agissent pour trois maladies», indique la spécialiste des maladies négligées. A ce titre, elle cite la filariose lymphatique, l’onchocercose et les vers intestinaux. L’éléphantiasis doit être traité chaque année pendant cinq ans au moins. Pour l’onchocercose, pendant dix ans, souligne-t-on. Pour la bilharziose, c’est en fonction du taux de prévalence, d’infection de la zone. Le traitement se fait pendant quatre ans. La réalisation de la cartographie de la bilharziose, par exemple, selon elle, a permis de débuter le traitement des enfants d’âge scolaire dans 12 districts en 2012, 16 en 2013 et 17 en 2014. Les moyens de lutte nécessitent aussi une intervention sur le vecteur et l’environnement. «Pour le vecteur, il y a ce qu’on appelle la recherche ontologique, collecter le taux de charge des parasites. Ensuite, il y a des produits qu’on utilise pour les éliminer. Pour le moustique, on parle d’insecticide. Cela fonctionne avec la mouche mais à des degrés supérieurs. Le mollusque, il faut le détruire dans son habitat, c'est-à-dire dans l’eau», note un médecin du programme de lutte contre la schistosomiase, les géohelminthiases et la filariose lymphatique qui a requis l’anonymat. Il souligne que pour détruire le mollusque, il faut un produit particulier à mettre dans l’eau. Ce qui peut rendre l’eau impropre à la consommation. «Il faut donc trouver un mécanisme pour traiter, détruire, tout en préservant la potabilité de l’eau. Les recherches se poursuivent», ajoute l’expert. Le Programme national de lutte contre la schistosomiase, les géohelminthiases et la filariose lymphatique existe depuis 2007. Aujourd’hui, il est de plus en plus question d’accroître la sensibilisation, tout en poursuivant les traitements de masse.

Nesmon De Laure

Les populations des quartiers précaires, les plus exposées.(photo Dr)

Les populations des quartiers précaires, les plus exposées.(photo Dr)

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21 juillet 2014 1 21 /07 /juillet /2014 20:01

Le baccalauréat est considéré comme le premier diplôme universitaire. L’obtention de ce sésame vous marque toute la vie. Et lorsque vous l’obtenez avec une bonne mention, cela peut encore influencer positivement votre avenir.

Les candidats admis au baccalauréat avec les meilleures mentions sont de coutume les premiers proclamés. Ce qui s’avère être un moment de fierté pour les nouveaux bacheliers et leur entourage. Cependant, une mention au bac ne sert pas qu’à faire plaisir aux parents. C’est un pan qui compte dans l’orientation du nouveau bachelier et qui constitue un indicateur crucial pour son avenir. « Pour aller dans certaines écoles prisées comme l’Institut national polytechnique Houphouet Boigny (Inphb), on tient compte de tout cela. La mention, c’est la valeur, la qualité, c’est la référence. Il n’y a pas lieu de bouder son plaisir », indique l’inspecteur Kouakoussui Kouakou Jean-Baptiste, chargé de la pédagogie au ministère de l’Education nationale. Interrogé vendredi dernier au Plateau, il explique que de nombreux bacheliers sont freinés dans leur ambition d’intégrer cette prestigieuse institution faute de mention honorable.

Ne pas se contenter des 200 points

« Si l’Inphb veut retenir 50 personnes, on prend les 50 meilleures notes. Et cela se fait par la prise en compte des mentions. C’est le même procédé pour avoir une bourse », développe-t-il. Chaque année, des bourses sont également octroyées aux meilleurs pour l’étranger. C’est donc un avantage à capitaliser. Plus tard, lorsque l’individu postule pour un recrutement au plan national ou international, son baccalauréat obtenu avec une bonne mention est toujours déterminant, peu importe l’antériorité. C’est l’avis de l’inspecteur. Pour lui, il ne faut pas se contenter de réussir au bac avec 200 points, soit avec la mention « Passable ». Pour le spécialiste, ceux qui s’en contentent n’ont pas la culture de la valeur. Toutefois, il se trouve que certains candidats admis avec la mention « Bien » ou « Très Bien », sont orientés dans des universités publiques communes. Le collaborateur de la ministre Kandia Camara l’explique par l’absence de démarche. « Il faut que ces bacheliers postulent pour les établissements prestigieux. S’ils ne font pas de demande, ce n’est pas évident qu’on parte les chercher chez eux », conseille-t-il. La mention au bac est tellement importante que certains parents trempent souvent dans la tricherie pour l’obtenir. C’est ce que dénonce Mahassane Coulibaly, coordonnateur de la Coordination des enseignants du second degré de Côte d’Ivoire (Cesci), joint hier par téléphone. « La fraude aux examens fait perdre la valeur à la mention. Ce qui fait que la mention ne suffit plus. C’est la mise en rapport des moyennes obtenues en classe et à l’examen qui doit primer », analyse l’enseignant. M. Coulibaly préconise d’obtenir une meilleure mention en classe et aussi à l’examen avant de se prévaloir méritant.

Pour cette session 2014, sur un taux de délibération de 91,35% des candidats présents, on note un taux d’admission au baccalauréat de 36,23%, toutes séries confondues. L’année dernière, le taux de réussite était de 33,62 %. Pour célébrer une mention « Bien » et plus, il faut obtenir à partir de 240 points sur 400. Il y a donc des raisons d’appuyer sur l’accélérateur le jour des épreuves certes, mais surtout le long de l’année scolaire.

Nesmon De Laure

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